Le jardin de DB

Vous êtes ici : Accueil du site > > Musique > Lettre aux musiciens qui n’écoutent

Menu de navigation

Masquer la bannière
Afficher la bannière
 
 

Aux utilisateurs d'Internet Explorer 6,
Votre navigateur ne vous permet pas de bénéficier pleinement des fonctionnalités proposées par ce site. Si vous en avez la possibilité, je vous invite à télécharger gratuitement la dernière version d'Internet Explorer, ou mieux, Mozilla Firefox.

Publié le mercredi 9 février 2000 dans la rubrique :

Musique

Humeur

Lettre aux musiciens qui n’écoutent que de la vraie musique

Le petit monde de la musique : coup de colère

Ça m’est arrivé une fois, une seule. Cinq ans après, je ne regrette pas ; pourtant, je l’ai payé cher, ce coup de sang. Il ne faut pas offenser ceux qui vous sollicitent pourtant sans relâche pour que vous, la journaliste qu’ils aiment tant, rendiez compte de leur travail - ce que vous faites d’ailleurs avec un zèle que personne ne conteste. On m’a accusée d’avoir pris la grosse tête : on me félicitait tellement, d’habitude. Mais, rien à faire, je ne regrette pas.

Depuis quand n’avait-on pas eu un concerto à Saint-Etienne ? Ne cherchons pas, ça fait un bail. Eh bien, le 30 janvier, le public est venu en masse pour écouter le Concerto pour piano n° 27 de Mozart. Un très beau concert, où se sont illustrés les tout jeunes artistes de l’ensemble Musica.

J’ose poser la question : lorsqu’un groupe de rap tente son premier galop dans une maison de quartier, on voit dans l’assistance, pour le moins, le directeur de ladite maison, un élu ou deux, ou son représentant, ceux que l’on appelle les “acteurs culturels”, et tout ce monde se félicite de voir la jeunesse s’investir dans une activité de création artistique. On a droit au discours sur la valeur de la culture pour les nouvelles générations, etc. Et c’est tout à fait normal, louable et digne du plus grand intérêt. Alors pourquoi, en dépit du travail réalisé, les jeunes musiciens classiques de l’ensemble Musica ont-ils été littéralement snobés par le petit monde musical de Saint-Etienne ?

Mais, surtout, pas de culpabilité. Dormez tranquilles, vous les musiciens que je croise à tous les concerts - sauf à celui-ci. L’église Saint-Roch était bondée, d’un vrai public, alors que vous, avouez-le, il vous arrive de n’avoir pour auditeurs que la famille et les amis. Lesquels sont, pour la plupart, des collègues de bureau. Pardon, de pupitre. Ne culpabilisez pas, personne (à part moi) ne s’est plaint ouvertement de votre absence. Mais, au moins, ayez un petit regret : vous avez raté quelque chose.

Une première partie constituée de pièces baroques, dont on retiendra une très belle Sonate pour flûte et harpe de Veracini, et de convainquants extraits des Vêpres de Saint-Ignace de Zipoli. Et, surtout, après l’entracte, ce Concerto de Mozart, où vous, les pros, ceux pour qui vos collègues se déplacent, n’auriez pas fait mieux. Un excellent pianiste (Pascal Guillot), une très belle direction d’orchestre (assurée par Philippe Péatier), et des musiciens enthousiastes, contents d’être là, respectueux du soliste (ce qui n’est pas si fréquent).

Et alors ? Vous aviez du monde à la maison ? Un autre concert, peut-être ? Mauvaise excuse, ce jour-là, Musica était seul à offrir de la très belle musique au public. Peut-être étiez-vous grippés, c’est la saison. Un peu fatigués, on peut comprendre, c’était dimanche. Alors, vous n’alliez pas risquer la bronchite pour des gamins qui sont bien gentils, mais bon, pas encore musiciens. Pour cela, il faudrait peut-être qu’ils soient profs au conservatoire, ou inscrits au programme de l’Esplanade ou de l’EOC, enfin bref, qu’ils aient été labellisés comme un poulet de grain. Là vous seriez venus. Ne dites pas non, je vais aussi à ces concerts-là. Mais c’est à l’église Saint-Roch que j’ai eu le plus grand plaisir musical, figurez-vous, pour cette saison, malgré l’acoustique douteuse du lieu.

Cela ne doit pas vous étonner. Vous devez bien vous douter de quoi ces jeunes sont capables. Ils viennent, eux, à vos concerts. Beaucoup sont vos élèves. Quelques-uns font votre billetterie, bonnes poires (c’est moi qui l’affirme). Vous êtes leur référence. Ce qu’ils savent si bien faire, c’est vous qui le leur avez appris. Et cela ne vous intéresse pas ?

Je ne sais pas ce que ces étudiants en pensent. Au fond, qu’importe. Mais pour ma part, quand je vous verrai au prochain concert, je me demanderai si vous êtes venus pour la musique, ou seulement pour être vus.

Recommander : 
 

À vous d'écrire

 

Dans la même rubrique

Au hasard

Des articles...
Une photo...

Cliquez sur cette image pour accéder à l'article dans lequel elle est publiée.

Image extraite de l'article "7 000"