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4 commentaires

Publié le lundi 21 juillet 2008 dans la rubrique :

Architecture

Le pont Gisclard de Bourret

La Première Clef d’Espagne

Il était une fois, perdu parmi les arbres, envahi par les ronces, pendu au-dessus de la Garonne comme s’il allait s’y noyer, un pauvre pont mourant d’abandon. Le joli pont de Bourret (prononcez « Bouraite », vous me ferez plaisir), en Tarn-et-Garonne, à quelques coups de rame de chez moi.

Il avait pourtant été beau, et même célèbre, issu d’une prestigieuse lignée. Pensez donc : ses fondations étaient celles du tout premier pont suspendu sur la Garonne, bâti entre 1833 et 1837. Il fallait payer péage pour le franchir, et son nom était « La Première Clef d’Espagne ». Bien sûr, l’Espagne était encore loin, mais quand on est le premier chef-d’œuvre de technologie enjambant le fleuve cathare, on ne lésine pas. CInquante ans plus tard, la Première Clef se montra si fatiguée que l’on décida de lui donner un fils.

Il le fallait beau, il le fallait moderne, il le fallait digne de son prédécesseur. L’ingénieur Albert Gisclard lui-même se pencha sur le berceau du nouveau-né, et lui offrit une dentelle de câbles, de tendeurs, de poulies et de traverses dont on chante encore aujourd’hui la gloire. Mais le créateur ne vit pas le résultat de ses efforts : il venait d’achever sa plus belle merveille, un pont fabuleux dans les Pyrénées, un défi que personne avant lui n’avait osé relever. Le pont de La Cassagne.

Le jour des derniers essais qui devaient valider la mise en service du prodigieux ouvrage et de toute la ligne de chemin de fer qui cumulait les superlatifs, tant elle était haute, tant la pente était forte, tant elle comportait d’innovations qui faisaient la fierté des Pyrénées toutes entières, le train dérailla et s’écrasa dans le ravin, entraînant dans la mort, parmi les cheminots, les ingénieurs et les élus d’alors, le génial commandant Gisclard. Le pont de Bourret était orphelin avant même d’être né.

Tous les « ponts Gisclard » possèdent les mêmes caractéristiques : un système de haubans métalliques qui révolutionna, alors, la construction des ponts suspendus. Les ponts Gisclard étaient bien plus forts, et pouvaient supporter sans jamais faiblir les trains les plus lourds. Tout était dans l’art de l’amarrage, des points d’ancrage, dans la maîtrise absolue des lois de la statique, c’est des trucs d’ingénieur, c’est formidable, je n’y comprends strictement rien, mais c’est si beau à regarder...

Bourret voulait son train, et obtint donc son pont Gisclard. En fait de train, il s’agissait d’un tramway. Tout le département était irrigué par un réseau à voie métrique qui permettait à un nombre conséquent de communes reculées d’accéder aux gares des chemins de fer nationaux. Bourret, au fond de sa vallée encaissée, eut donc la fierté d’avoir tout le confort moderne à domicile. Mais la guerre retarda la mise en service : le pont ne fut ouvert à la circulation qu’en 1924, dix ans après avoir été terminé.

Et puis le temps a passé. On a enlevé le train. Le pont, paraît-il, coûtait cher. On parlait de le démolir. Et on n’en parlait plus. Et on en parlait à nouveau. Jusqu’au jour funeste où, à quelques centaines de mètres en aval, fut ouvert un nouveau pont, large, plat, droit, triste, raide, efficace. Le pauvre pont Gisclard vivait ses derniers instants.

Mais heureusement, des gens l’aimaient. Ses piles ceintes de briques, ses fils de fer, ses grincements, sa rouille. Ils n’ont pas voulu laisser mourir le joli pont. Ils ont signé des pétitions, ils ont écrit, ils ont crié, exigé, et obtenu la grâce de leur pont. Depuis 1994, le pont Gisclard de Bourret est classé monument historique. Sa dentelle de fer lui sauva la vie.

Aujourd’hui, il est toujours abandonné. Un haut mur de lourdes pierres en interdit l’accès. Des panneaux annoncent qu’il est dangereux. Des tags aux couleurs vives répondent que la vie continue.

Le petit pont est tout seul au bout d’une route oubliée, il se laisse manger par la végétation qui grimpe à ses piles et ronge son tablier. Il attend, résigné mais toujours fier, que les hommes qui l’aimaient se souviennent enfin de lui.

C’est un si joli pont.

Voir en ligne
Le village de Bourret
Post-scriptum

Voir aussi sur le ouaibe :
Comité de défense du pont suspendu de Bourret

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Vos réactions

 
La Première Clef d’Espagne
23 juillet 2008 17:03, par Frédéric

A voir aussi le viaduc des Rochers Noirs à Lapleau (Corrèze), non loin du beau pays cantalou :-)

La Première Clef d’Espagne
23 juillet 2008 17:47, par DB du Jardin

Frédéric —> Vous m’cherchez, Monsieur, vous m’cherchez ! :)

Lapleau, j’y suis passée souvent, lors de mes évasions de la montagne maudite. Ce viaduc Gisclard est très impressionnant, et il vaut vraiment le coup d’œil. C’était toujours un grand moment quand je passais dessous avec ma p’tite moto. Mais jamais jamais jamais je n’y retournerai ! :-O

La Première Clef d’Espagne
21 juin 2010 22:44, par M.Wagner

Bonjour C’est bien d’utiliser mes images( cartes postales anciennes) Ce serait encore mieux de citer la source. Merci d’avance. Salutations cordiales M.Wagner


Voir en ligne : Les ponts et leurs représentations en philatélie

La Première Clef d’Espagne
22 juin 2010 17:16, par Pomme

Dominique ne pourra pas citer votre source. Elle nous a quitté pour visiter d’autres mondes le 5 mai dernier. Cordialement à vous

 

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