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11 commentaires

Publié le vendredi 22 août 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Rédaction de rentrée

Des vacances de rêve (5/5)

Voici, enfin, le dénouement de ce récit qui vous a tenus en haleine, pantelants devant vos écrans. L’attente insoutenable arrive à son terme. Que va-t-il se passer ? Qui va tuer qui ? Mais que fait la police ? Et Dieu dans tout ça ? Qu’est-ce qu’on mange ?

Le début du récit est ICI

« Les salauds ! Ils ont sifflé toutes les bières ! » Ton homme est devant le frigo ouvert. Les deux bouteilles d’eau sont intactes. Les deux packs de bière sont sur le rayon du bas. Vides. Ils ont aussi bu toute la bouteille de jus d’orange. Vraiment, Marie-Honorine, ce n’est pas le moment de te laisser gagner par ce fou rire qui te coupe la respiration. Te voilà fraîche, maintenant. Va prendre une douche, ça vaudra mieux.

-o-o-o-

La dalle de béton est coulée sur la terrasse. Ce matin, tu as demandé à Alfredo d’arrondir le nez des marches de l’escalier. « Toujours comme cha ye fais, Madame. » Très bien. Ce soir, les marches ont et garderont le nez carré. Tu estimes la hauteur de la « petite marche » : la hauteur d’un boisseau de pilier, tu avais vu juste dès le départ. Tant pis. On fera un escalier pour descendre sur la terrasse. Augusto ne vient plus, il s’est fâché avec son collègue. Désormais, il passe son temps sur la terrasse de ton bistrot, pauvre Marie-Honorine, tu n’as plus d’autre ressource que de t’enfermer avec ton chien qui pue dans ton bureau envahi à son tour par une épaisse poussière. Tu erres au hasard sur Internet, tu te contentes de soupirer quand le maçon coupe le courant sans te prévenir. Tu attends le soir dans la touffeur, sans café, sans silence, sans solitude. Tu somnoles dans ton fauteuil, tes yeux brûlent à cause de la poussière.

Alfredo a élargi la porte vendredi. Cette fois, il a mis une vieille couverture sur le parquet. L’une de ses faces est couverte de ciment séché. L’imbécile a mis la face sale et rugueuse contre le bois. Tu n’as pas racheté de bière, tu n’as pas remis d’eau dans le réfrigérateur. Dans le ruisseau qui traverse ton jardin, à l’ombre d’un gros pommier, tu as trouvé un carton de bières trempant au frais. Les canettes sont éparses dans l’herbe, parmi les pommes tombées trop tôt, malades d’un mauvais printemps et d’une chaleur soudaine. Elles côtoient les paquets de cigarettes vides et les vieux briquets.

Ton homme a payé le maçon, retenant une partie de la somme jusqu’en septembre : il reste à poser la porte, meuler le nez des marches (mais tu n’y crois pas, Marie-Honorine), il faut remplacer les planches d’échafaudage. Ton petit stock de gravier et de sable a été englouti par la bétonnière, et tu n’as plus rien pour faire une gâchée de ciment. Ton escabeau est bon pour la déchetterie, ton petit arbre inconnu est mort, la table du grand-père est brisée et ton plancher est ravagé.

-o-o-o-

Il te reste cinq jours de vacances. Tu passes encore une nuit blanche à te demander pourquoi même tes aspirations les plus simples ne peuvent jamais être assouvies. Tu voulais juste refaire la pièce du fond et arracher des ronces. Tu voulais juste repeindre la porte d’entrée. Tu voulais juste enfin passer trois semaines à t’adonner à des tâches simples et saines, tu ne voulais pas aller sur Mars, tu ne voulais pas refaire le monde. Au petit jour, tu entends la pluie tomber sur ta porte que tu as enfin posée sur ses tréteaux sous le catalpa. Tu écoutes le vent s’engouffrer furieusement dans le hall. Par le trou béant du salon, la poussière et la pluie entrent en tourbillonnant sur ton plancher et se déposent sur le canapé que tu viens de lessiver. Il te reste cinq jours de vacances et il pleut, la maison est ouverte à tous les vents sans que tu puisses te protéger des courants d’air qui la parcourent en tous sens, ta vieille chienne s’étouffe dans son sommeil et tu comprends que son cœur fatigué va bientôt s’arrêter.

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Dussek : Sonatine en Mi bémol majeur (Rondo)
Elle est têtue, Marie-Honorine. Elle l’a trouvée, sa partoche, sur ce site.

Le 9 septembre tu iras chercher ta porte chez le menuisier, mais tu la poseras probablement toi-même avec ton homme ; tu as déjà fait des choses plus compliquées, Marie-Honorine. Tu as acheté la peinture pour la porte d’entrée, mais il est trop tard, les nuits sont trop froides, il faut refermer le hall. Range ton pot de peinture, essaie de ne pas perdre tes pinceaux d’ici l’été prochain, dans un an, dans longtemps, dans un temps infini d’ennui. Cet hiver, tu pourras quand même arracher les ronces et tu feras un grand feu, Marie-Honorine, tu danseras tout autour et tu invoqueras une puissance supérieure qui exterminera tous les maçons de l’univers, ceux du Portugal et ceux de l’enfer aussi.

Dussek : Sonatine en Mi bémol majeur (Rondo)
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Vos réactions

 
Des vacances de rêve (5/5)
22 août 2008 20:29, par Ardalia

Ah lalalala ! Tché boldel... Pauvre Marie-Honorine ! La prochaine fois, s’il y a, elle achètera du plastique ou une bâche qu’elle obligera les gars à scotcher par terre et elle tournicotera autour des ouvriers, à jouer les emmerdeuses avec une sale tronche d’inspecteur des travaux finis. Sinon, je propose mon aide pour poser la porte. j’apporte même mon niveau s’y faut. Courage Marie-Honorine ! Et tiens bon pour les nez, nom d’une pipe !

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 11:37, par brendufat

Ma pov’ belette... Tous ces pagnots de vogue, ces grands faramelans qui t’adobent ta jolie maison, ça fait peine.

Ardalia a raison, un prestataire ça se surveille - c’est dur d’être patron ! :)

La porte sera proprement posée, c’est certain. Courage !

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 14:24, par DB du Jardin

Brendu —> Moi, j’aurais écrit « beulette » (puisque c’est le féminin de beulet), mais bon... J’ai lu ta phrase à l’homme de Marie-Honorine et il avait le regard tout humide de nostalgie, dis donc ! ;-) Son père lui disait qu’il ressemblait à un pagnot quand il avait les cheveux très longs en 68 (couvrant les oreilles, c’était un vrai rebelle !).

Normalement, tous les hourdis ont retrouvé leur « h ». C’est vraiment n’importe quoi, l’hortaugrafe dans ce site. Limite SMS, hein ?

Ardalia —> Marie-Honorine et son homme se sont relayés pour faire les inspecteurs à sale tronche. C’était épuisant. Et puis Alfredo il aimait pas ça du tout : « Ah mais Madame, vous challez pas m’engueuler tous les zours, quand même ! »

Brendu (bis) —> Le pire, quand même, c’est quand ils ont dégamaluché la table et estrapané le petit arbre.

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 14:42, par brendufat

C’est vrai que ’belette’ prête à confusion. Mais, au masculin, j’en tenais pour ’belet’, forme locale, diminutive et affectueuse de beau.

La solution par la beulette supprime le doute et l’étymologie : on n’a rien sans rien, m’ame Dominique... :-)

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 14:52, par DB du Jardin

C’est trop dur. Je n’y arrive plus. Je ne suis plus à la hauteur, il faut bien l’admettre. Je trébuche d’erreur en erreur. J’ai pas franc envie de me pendre, mais c’est pas loin.

Qui est le conard qui a écrit « beulet » jadis dans un truc que je sais plus le titre ? Hein ? C’est qui ? Alors que le grand, l’immense, l’éternel Marius Bailly nous avait pourtant bien expliqué comment qu’y fallait y écrire ?

Tout ça, aussi, c’est la faute à ces maçons qui m’ont teeellement, mais teeellement fatiguée.

Pffff...

File au logis, et plus vite que ça !
23 août 2008 15:57, par brendufat

Oh mais attends que ! Le belet, le piosou et la jarjille, c’est franc un bon début, mais on va faire parler la poudre : « Les trésors de Toutengaga » (Actes Graphiques éd.) par le Jacques Plaine et le Jean-Luc Epallle (avec trois l, c’est essqueprès qu’il écrit comme ça).

Avec ça on peut faire de la version *et du thème* parce qu’il y a une partie français-gaga. Et un classement par thèmes. Et des exemples, tels que « Ce Saddam Hussein, tu parles d’une jarjille... ». Lumineux, non ?

Ce qui pourrait, dans le cas présent, donner :

Va pas prendre la tône pour deux saccarauds, deux foumourats, deux groules de maçon qui font les boîmes quand t’es là et tâchent même pas moyen de te faire du travail de pimpant pour les escayés de la terrasse, même pas ! Six mois sous une benne, ça leur apprendrait au moins à piarder quand i faut au lieu de courler des packs de bière. Pour l’orthographe, c’est la même : te laisse pas agourrer par des tâte-minettes qu’on sait même pas s’i sont allés aux écoles. Allez, on se fait peter les miailles, pour la peine.

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 17:17, par DB du Jardin

Aaaaah ! Ce cher bon vieux Jeanluc Épallle ! Comment va-t-il ? L’ancien un peu belle gueule est-il devenu le vieux beau qu’il promettait de devenir ?

J’ai un peu peur, vois-tu, Brendu : tu as mal écrit son prénom.À moins qu’après une énième lubie il ait encore changé d’orthographe... J’espère qu’il ne va pas exiger un rectificatif avec parution en première page du Progrès. J’espère aussi qu’il ne me fera pas un procès. J’espère également qu’il ne m’enverra pas une nouvelle lettre d’insultes, comme la seule que j’aie jamais reçue à Culture Loire, d’ailleurs. Très belle, ordurière et grossière à souhait (et débile, surtout) ; je la conserve précieusement : que voilà un homme qui en avait, de la gueule, mais fort mal remplie, ma foi... M’accusant du bordel qui régnait joyeusement dans son pauvre Cafuron... Et de faire mon travail de journaliste. C’est vrai que moi je n’ai jamais écrit qu’il était célèbre et drôle et beau et irremplaçable...

Jeanluc Épallle ? Laisse-moi rire. Je préfère encore écrire avec trois fautes à chaque mot. Jacques Plaine, bon, il a vraiment compté dans la vie culturelle stéphanoise. Je ne m’inclinais pas assez bas devant ses nœuds pap’, il ne me voyait donc pas. Mais il a été vraiment utile et a fait de bonnes choses.

Ah ! Ça fait du bien, cette bonne vieille bouffée de souvenirs. :-))

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 17:31, par DB du Jardin

Oups ! J’avais oublié : très joli, ton titre, Brendu, très joli. Arrête de t’angoisser, je l’avais vu, bien sûr.

Là. Ça va mieux ? ;-) Et c’est toi qui as tapé « bartassaille » dans Gogole ?

Des vacances de rêve (5/5)
23 août 2008 17:52, par brendufat

Gaspature ! Le trait d’union !

De JLE je ne connais que la photo en quatrième du bouquin - ton portrait semble fidèle, peut-être légèrement adouci ?

Plaine est un vrai amoureux des livres, c’est tout de même l’essentiel pour un libraire...

Ps sur ton Ps : j’avais commencé de répondre avant ton rajout, mais me fiais à ton talent naturel pour savourer ce titre en effet brillantissime (le mot n’est-il pas un peu faible ?). En tout cas l’objectif est atteint : te sortir un moment des (ma)çonneries ;)

Oups !
23 août 2008 18:09, par brendufat

« Bartassailles » non c’est pas moi. Il y en a bien assez chez moi sans mettre Gargl dans le coup !

Des vacances de rêve (5/5)
1er septembre 2008 19:50, par Umanimo

Tes récits ont une autre saveur quand on connait les lieux et qu’on a vu « de visu » ce dont tu parles.

UMA_qui_a_eu_cet_honneur_et_qui_en_causera_dans_un_prochain billet_sur_son_blog

 

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