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3 commentaires

Publié le mercredi 20 août 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Rédaction de rentrée

Des vacances de rêve (2/5)

Le début du récit est ICI

Le lendemain, tes maçons reprennent leur labeur. La fenêtre de la salle de bains est enfin posée, il ne faut surtout pas l’ouvrir pendant 24 heures. Les Portugais abandonnent momentanément l’abattage du mur du salon pour s’atteler à la construction de la terrasse qui dominera, bientôt, la petite cour dans son préau avec son pigeonnier. Ça t’embête, qu’ils commencent tout en même temps, comme ça. Ils sont à la fois dehors et dedans, ils font tourner la bétonnière pour les piles de la terrasse, ils recommencent à percer la future porte, ils s’invectivent sauvagement pour tout et rien et toi, toi qui voulais remettre à neuf ton couloir, tu vois bien que ce n’est pas possible, pas plus que de poncer ta porte.

Dans la précipitation provoquée par l’arrivée hâtive des artisans, tu as empilé dans la pièce du fond, dans ton bureau, dans le couloir, les meubles du salon. Tu n’as pas eu le temps de vider les deux bibliothèques, que tu as protégées tant bien que mal avec des couvertures, prise de court. Rends-toi à l’évidence, Marie-Honorine : tu ne peux pas faire les travaux auxquels tu étais si pressée de te livrer. Tu es toute seule dans cette maison dans laquelle tu te sens impuissante et inutile, et l’agacement commence à te gagner, avoue. Tu as le sentiment très vif de perdre ton temps. La première semaine de tes vacances est bientôt écoulée. Qu’as-tu fait ? Rien.

Il n’y a plus d’électricité dans la salle de bains. Pas plus que dans une moitié de la cuisine. Alfredo a coupé le fil montant du vide sanitaire et qui alimente une bonne partie de la maison. C’est vrai qu’il est mal placé, ce fil, mais bon, il est là, on le sait, on se méfie dans ces cas-là. Il faut réparer dans l’urgence, le frigo ne tourne plus, l’aquarium non plus. Et on ne verra rien dans les waters, ce soir. On trouve un domino et on rebranche provisoirement. Toutes les prises ne marchent pas, mais le frigo, les toilettes et l’aquarium sont à nouveau alimentés. On fera venir un électricien.

Tu fais contre mauvaise fortune bon cœur. Les maçons sont venus plus tôt, ils repartiront plus tôt. Samedi, ils auront terminé la porte et la terrasse. Ils iront au fond du terrain pour faire les piles d’un nouveau portail, puisque tu ne peux pas sortir ta voiture de la cour par la rue Basse, c’est trop dangereux à cause du poteau électrique, à gauche, qui bouche la vue. Plus que deux jours et les maçons seront de l’autre côté du jardin. Dehors, loin, avec leur bétonnière. Tu as remarqué qu’ils avaient cassé la première marche de ton escabeau, c’est vraiment embêtant, toi qui as peur sur une chaise, cet escabeau était idéal pour faire les vitres de tes hautes fenêtres. Ils auraient pu faire attention, quand même.

Tu as pris l’habitude de leur apporter une bière dans l’après-midi. Le reste du temps, ils acceptent l’eau fraîche que tu leur offres en abondance. Ils travaillent comme des bêtes de somme sous un soleil de plomb. Chacun espère qu’un orage viendra mettre fin à cette canicule, mais non. Le vent est brûlant, on dépasse les 35° tous les jours, on suffoque et les maçons portugais frappent, portent, tirent, érigent.

-o-o-o-

Augusto n’est pas venu ce matin : il a eu un malaise hier soir. Il arrive à deux heures et t’explique, Marie-Honorine, qu’il est allé à l’hôpital de Montauban dans la nuit, qu’il ne se sent pas bien. Tu ne comprends pas tout ce qu’il te raconte, mais tu décides de le ramener chez lui sur-le-champ. Il est d’une pâleur à faire peur, et il veut monter sur le toit du garage pour finir le faîtage ! Mais quand tu reviens et que tu expliques la chose à Alfredo, il lance sa pelle au loin, décapitant deux branches de l’hibiscus, et s’écrie : « Ah ! Il a encore trop bou ! Toujours lui pas venir, pas pochible faire confianche lui ! » Tu hausses les sourcils et tu vas te réfugier dans ton bureau, dernier abri où tu vis désormais toute la journée, parmi les chaises de la cuisine que tu tentes de préserver de l’épaisse poussière. Fenêtre fermée pour te protéger du bruit de la bétonnière, tu attends devant ton ordinateur, ton chien qui pue et qui ronfle est juste à côté de toi, et les heures sont longues, longues, longues. Il ne se passe rien sur Internet, tu ne sais pas quoi écrire, tu as fait deux fois le ménage en profondeur dans ton disque dur. Le seul endroit propre de ta maison. Il te reste encore le disque externe à ranger. Le maçon coupe le courant.

Combien de fois t’es-tu mise à pleurer de rage, depuis qu’ils sont là, avec leurs engueulades en portugais, leurs paquets de clopes vides qu’ils jettent n’importe où, les crachats qu’ils lancent à grand bruit pour débarrasser leurs bronches de la poussière de ciment ? Allez, Marie-Honorine, serre les dents. Retourne au bistrot, va te mettre à l’abri sur la terrasse, devant ton petit café, regarde passer les bateaux sur la route. Tu as souvent l’impression d’habiter Dieupentale-sur-Mer : sur de longs camions escortés par les motos des gendarmes, passent des convois de catamarans, de yachts et de voiliers. Tu as toujours voulu les photographier, mais jamais encore tu n’as pu le faire. Un de ces jours, tu en auras la possibilité, va, Marie-Honorine, sois patiente. Sur la terrasse du café, Augusto est attablé devant une bière. « Ah, on dirait que ça va mieux ! — Cha va un peu mieux, Madame, mais ye chuis encore un peu fatigué. Ch’il vous plaît, vous dites pas Alfredo ye chuis là ! »

Tu ne peux quand même pas passer tes journées au troquet. Tu rentres. Les piles de la terrasse sont terminées, ainsi que le linteau. Il ne reste plus qu’à poser les hourdis et à coffrer l’escalier qui descendra presque aux pieds du grand bananier. Il te semble que les piles sont basses. Le trou presque terminé de la future porte est bien plus haut. Tu t’inquiètes. « Normal, Madame. Après mettre dalle béton et après vous faire carrelache, chi petite marche pour chortir chour la terrache tant mieux : la plouie pas rentrer. » Ouais. Arrête, Marie-Honorine, c’est des professionnels, ils ont l’œil, pas toi.

-o-o-o-

Enfin le soir. Ils partent et tu vas être tranquille jusqu’à demain matin. Tu considères la couche de poussière sur ton parquet, si épaisse qu’il est impossible de voir les lames de bois. Comme tous les jours, tu laves à grande eau la table de la cuisine, le plan de travail, la cuisinière, l’évier. Tu rapatries les chaises. Tu sors de sa cachette la cafetière et la vieille casserole chemisée et tu bois ton premier café de la journée chez toi. Le douzième, si tu l’ajoutes à ceux que tu as bus au bistrot. Tu es fatiguée, Marie-Honorine, je t’assure, ça fait peur. Demain, prends ta moto et pars te balader. De toute façon ici tu peux rien faire, c’est foutu.

(À suivre)

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Vos réactions

 
Des vacances de rêve (2/5)
20 août 2008 09:16, par Ardalia

Tché oune boldel pas pochible...

Des vacances de rêve (2/5)
20 août 2008 09:58, par DB du Jardin

Et encore, c’est que le début... ;)

Des vacances de rêve (2/5)
20 août 2008 16:08, par brendufat

Ah les belles vacances ! As-tu lu « Une année en Provence » ?

 

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