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Publié le jeudi 24 juillet 2003 dans la rubrique :

Le p’tit journal du Cantal

Élitisme ?

Tout ce que j’ai dit, je le retire. À propos de la culture générale, de l’ouverture d’esprit, du partage avec le plus grand nombre d’un "tronc commun" de connaissances, etc. Tout ça, je le regrette et je déclare aujourd’hui que je revendique mon étroitesse culturelle. Ou du moins, qu’elle peut être -en partie- justifiée. Voilà : si je ne connais pas Flavie, c’est aussi un peu parce que je n’en ai pas les moyens.

Allez, je vous explique les raisons de ce revirement soudain. Hier, j’ai eu une journée pourrie. Ratée, gâchée. Une horrible journée, une journée pour rien, un véritable gâchis. Vingt-quatre heures de ma vie foutues en l’air. Un désastre. Et en plus cette journée m’a plongée dans une colère amère, pas la grosse rogne qui soulage, non, un énervement agaçant et impuissant qui vous donne juste envie d’être désagréable avec tout le monde. Rassurez-vous, je me suis bien défoulée, et deux ou trois automobilistes croisés au hasard de ma route ont vigoureusement été traités de connards, de derrière ma vitre hermétiquement close. Une piétonne a également eu droit au sobriquet de "grosse pouf".

Hier, je suis allée me balader, un peu au hasard, et j’ai atterri à Decazeville. Une bourgade sans intérêt, où le "Géant" local n’a même pas de cafétéria. Là, j’ai acheté les deux quotidiens régionaux. J’ai d’ailleurs trouvé que "Midi Libre" était rudement bien foutu. Ils ont de la veine, les Aveyronnais. Ils sont à peine plus nombreux que les Cantaliens, mais ils vivent sous un superbe climat et ils bénéficient d’une presse locale de qualité. C’est donc en feuilletant ces quotidiens que je suis tombée en arrêt : Elton John en concert, le soir-même, à Montauban.

Apprenez que je n’ai pas d’idole, que je ne suis fan de personne, mais que quelques très rares artistes n’auraient pas grand chose à faire pour me transformer en groupie déchaînée : Freddy Mercury (le pauvre, il ne peut plus faire grand chose), William Sheller et Elton John. Pas celui qui fait de la soupe pour la radio des ménagères de moins de 50 ans, mais le musicien, l’artiste incomparable de "Goodbye yellow brickroad", de "Single man", de "Captain Fantastic"... Et à une heure de voiture d’ici, tout près, dans quelques heures, il donnera un concert au jardin des plantes de Montauban, sans musiciens, juste avec son piano, pendant plus de deux heures et demie ! Je saute comme une furie dans ma voiture et je file au pays d’Ingres.

J’imagine déjà le papier que je vais pondre le soir, enfin à mon retour, pour le P’tit Journal estival du Cantal. J’ai déjà une idée de titre, genre "Total bonheur" ou quelque chose du genre, tous mes réflexes d’ex-journaliste culturelle remontent à la surface, comme ça, sans effort. Je fais le trajet la tête dans un nuage. Je déboule, haletante, à l’office du tourisme pour acheter mes deux places (je ne m’assois que sur un seul siège, mais je ne vais quand même pas laisser l’homme de ma vie attendre dans la voiture). Et je quitte tout aussi vite l’office de tourisme, sans mes billets pour le bonheur. Débourser plus de 1 000 francs, deux fois 79 euros, pour un concert, désolée, mais je ne peux pas.

J’ai distraitement fait une petite visite de Montauban, où les rues sentent très mauvais, où la cathédrale n’est pas très belle (à l’extérieur, elle est carrément tarte), puis je suis retournée lentement à Aurillac. J’ai vaguement fait quelques photos de Figeac by night, c’est joli Figeac. Et je me suis promis de rester aujourd’hui chez moi, je vais peut-être ranger mon bureau, tiens, il en a bien besoin.

518 francs et des poussières pour écouter un mec chanter tout seul avec son piano, accompagné parfois d’une nappe de synthé en play-back. Ce mec a beau être Elton John, ça me fait dresser les cheveux sur la tête. Je suis révoltée. Il est vrai que, d’ordinaire, je n’assiste qu’à des concerts "élitistes". On me l’a assez dit, quand j’étais au Progrès, puis à Culture Loire, que je ne m’adressais qu’à un public restreint, privilégié. À une élite, donc. La culture populaire, je ne m’y suis que rarement frottée, généralement dans les petits cafés théâtre où je suis assez fière d’avoir assisté aux débuts de quelques stars d’aujourd’hui : Sellig, La Baronne, Mickey 3D... Mais la vraie grosse culture populaire, celle qui s’adresse aux masses, à ceux qui n’appartiennent pas à "l’élite", ce n’était pas mon rayon. Il faut dire que les concerts de variété au Palais des spectacles étaient la chasse gardée d’une autre pigiste. Chacun son terrain. Pour moi, donc, c’était la culture des classes privilégiées, voire snobs. N’ayons pas peur des mots.

Alors maintenant j’aimerais beaucoup qu’on m’explique un truc : comment ai-je pu, l’an dernier à Rocamadour, écouter la harpiste Marielle Nordmann, puis la merveilleuse soprano Patricia Petibon, pour même pas 200 francs par concert ? Deux immenses pointures, devant un public de 150 personnes au maximum. Rien que des "privilégiés". Comment ai-je pu, pendant des années, assister à des opéras, avec pour chaque représentation des moyens techniques, un orchestre au grand complet, un ou deux chœurs, des costumes, deux ou trois décors, cinq ou six chanteurs solistes, et tout ça pour un maximum de 250 francs ? Comment ai-je pu écouter une multitude de concerts symphoniques pour des sommes variant entre 50 et 80 francs ?

Par quelle magie ai-je bénéficié de spectacles "élitistes" pour des sommes tout à fait modiques, au regard des moyens mis en œuvre, et ai-je dû reculer devant le prix d’un concert "populaire" donné par un type tout seul jouant du piano sur fond de bande magnétique ? Là, il y a quelque chose qui m’échappe. On nous parle de "démocratisation de la culture", de son accès au plus grand nombre, et à ce titre on arrive à baisser considérablement la quote-part incombant au spectateur pour le financement des saisons lyriques, symphoniques et théâtrales. Et je m’en réjouis. Et dans ce monde merveilleux de la culture pour tous, on demande à la "masse" de cracher dans le bassinet l’équivalent de presque 10% de son salaire mensuel. Et la masse le fait. Sans broncher.

Je regrette, sincèrement, profondément, mais j’ai le privilège de ne pas pouvoir me payer un concert d’Elton John en solo, à ciel ouvert, sur une chaise en plastique. Je n’ai pas les moyens de goûter à mon tour à la culture populaire. Tant pis, j’ai presque tous ses disques, je les écouterai en sachant que, pour la privilégiée que je suis, Elton John sera toujours un artiste inaccessible. Et puis d’abord je trouve que son adaptation de Candle in the wind est très moche.

En bref

LE CANTAL RESTERA UNE "ZONE BLANCHE"

Quand je pense que, pas plus tard qu’hier, je vous annonçais l’accession du village de Saint-Mamet à Internet par ondes radio, prélude probable à une couverture intégrale de tout le département en haut débit. Je profitais de l’occasion pour rappeler qu’un plan national de réduction des "zones blanches" en matière de téléphonie mobile permettrait probablement au département de bénéficier de prestations correctes. Eh bien non. Sur les 1 250 nouveaux relais programmés en France pour les deux prochaines années, combien y en aura-t-il dans le Cantal, département très fortement sous-équipé ? 200, 100, 50, 25 ? Non. 16. Dans le Cantal, qui compte environ 300 communes, 80 sont intégralement plongées dans une "zone d’ombre". Sur ces 80 communes, donc, 16 seront équipées d’un pylône d’ici 2005. Une nouvelle qui a, semble-t-il, fait piquer une très grosse colère au président du Conseil général. Lui d’ordinaire si flegmatique.

DE BIEN JOLIS CANARDS

La journée d’hier fut un beau fiasco, certes, mais elle m’a permis d’éplucher deux journaux diffusés sur le département de l’Aveyron. De toute évidence, la concurrence tire les titres vers le haut, et c’est tant mieux. Le "Midi libre", au format berlinois, est superbe. Et "La Dépêche du Midi" n’a rien à lui envier. Un vrai bonheur que de feuilleter ces deux journaux. Non que ceux des autres départements soient mauvais, loin de là ; mais la "cohabitation" dans un même lieu de deux grands titres conduit souvent à des dérives, à commencer par le "partage" des correspondants. Un écueil que, visiblement, les deux éditions aveyronnaises savent brillamment contourner.

ET DES PERLES SOMPTUEUSES

Cette même journée a également été l’occasion de quelques surprises liées à mes lectures... Ainsi, ce titre publié dans l’un des journaux cités ci-dessus : "Insuffisance de moyens : les élus font feu des quatre fers". Ce qui me conduit à me poser cette question : vaut-il mieux être SR et corriger éternellement les fautes de gens qui ne savent pas écrire, ou être rédacteur et voir ses papiers bouzillés par les SR ? Je connais la réponse : la perfection n’est pas de ce monde. Autres petits bonheurs de la journée : sur un écriteau sur le bord de la départementale entre Decazeville et Montauban, "A vendre maison + tairin". Et entre Montauban et Cahors, l’enseigne d’un grossiste : "Éts Bonnemort, vins, liqueurs et spiritueux".

L’image de la semaine

Il est pas beau mon village ?

Vous voyez, là, c’est Polminhac, une très jolie maison sur la place devant la fontaine (non, c’est pas chez moi !). En plein été. Une place déserte, personne à l’horizon. A Vic-sur-Cère, c’est à peine mieux. Quant à Aurillac, je n’ai pas osé vous montrer, c’est déprimant. Dans un département qui mise tout sur le tourisme, n’y a-t-il pas des questions à se poser ? (Photo Dominique Bardel)

Le lien de la semaine

Cette semaine, je pense aux gourmands. Aux fondus de fromage, à ceux qui, quand ils entendent le mot "Cantal", se mettent à saliver, et imaginent une belle tomme dorée, à la peau granuleuse à souhait, au parfum enivrant... Sur le site de l’interprofession fromagère du Cantal, ces gourmets qui ne pensent pas assez à leur taux de cholestérol pourront découvrir tous les secrets des deux AOC emblématiques du département : cantal et salers. Avec les photos somptueuses de Pierre Soissons, le photographe "officiel" du département.

Allez, visitez et prenez des kilos !

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Image extraite de l'article "La crise, cette bonne copine"