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Publié le lundi 23 novembre 2009 dans la rubrique :

Marguerite Gonon : la mémoire du Forez

Marguerite Gonon

Une femme romanesque (2)

Consultez le bloc « Dans la même rubrique » à droite de votre écran pour retrouver les textes relatifs à Marguerite Gonon publiés sur ce site.

La fondatrice

Dès lors, Marguerite Gonon ne semble plus avoir qu’un seul objectif, forger cette image qui lui survit encore, mais que les souvenirs libérés griffent de coups d’ongles de plus en plus francs. L’image de l’« ambassadrice du Forez », qui ternit peu à peu, et tombe sous l’éloquence des haussements d’épaules, ceux des historiens qui ont partagé son travail, des chercheurs qui explorent aujourd’hui d’autres voies que celles qu’elle avait défrichées. Et surtout des résistants, qui n’ont pas supporté qu’elle crève l’écran avec sa version d’une époque que tous ont vécue en tremblant.

L’ambassadrice, cependant, est bien réelle. On la trouve fondant la Liger (groupement des sociétés savantes de la Loire) en compagnie d’Éliane Viallard, aujourd’hui directrice des Archives départementales de la Loire. Elle sort du sommeil l’association des Amis du musée Feurs, créée en 1930 par Georges Guichard, frère de Geoffroy, misanthrope qui créa une fondation dans le but de financer les recherches du comte de Neufbourg et de son équipe autour des Chartes du Forez. Elle participe à la naissance des Amis de Néronde, et guide leurs recherches historiques. Elle siège, toujours avec Éliane Viallard, au comité scientifique du festival d’histoire de Montbrison, anime le projet d’Université pour tous, se penche sur le berceau du Centre d’études foréziennes. Partout où l’histoire du Forez reprend vie, où la mémoire des aïeux s’agite, où les traditions se demandent où elles sont nées, Marguerite Gonon intervient, conseille, encadre, dirige.

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Feurs au début du XXe siècle : la place du marché porte aujourd’hui le nom de Georges Guichard. Ph. © coll. Le Petit Forézien.

Dans toutes ces instances, qui sont aujourd’hui les plus solides points d’ancrage de la mémoire du Forez, avec la noble société de la Diana (où elle joua également un rôle très actif), Marguerite Gonon a imprimé sa trace. Avec toujours « une grande disponibilité, beaucoup de gentillesse... et de fermeté ». Chacun de nos interlocuteurs exprime en ces termes l’action de l’historienne. Mais quelques-uns commencent à oser dire que la fermeté se muait parfois en autorité, sèche, froide, voire déplacée.

La silhouette devient alors une statue de pierre : Marguerite ne supporte pas d’autres théories que les siennes. L’Histoire devient son histoire, elle l’écrit et la raconte comme elle la vit en son for intérieur. Ses recherches, basées sur l’étude des testaments, la confrontent, sans répit, à la mort. Le Moyen-Âge de Marguerite Gonon est celui des successions, des inventaires, des legs et des partages. Il est celui du deuil. Et l’historienne face à la mort tente peut-être de l’apprivoiser. L’une de ses disciples, Marie-Thérèse Lorcin, professeur émérite à l’université de Lyon II, écrit dans le numéro spécial de Village de Forez consacré à Marguerite Gonon : « (...) elle préférait montrer ce qui, chez les testateurs du Moyen Âge, s’accordait avec sa propre manière de faire face à la mort. » Aux épidémies, aux calamités qui s’abattaient sans relâche sur le petit peuple des paysans, Marguerite Gonon préférait les biens, aussi maigres soient-ils, qu’ils laissaient à leur mort, et l’union des familles qui conservaient, quoi qu’il arrive, ces petits patrimoines qui étaient toute leur histoire.

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Les vieilles rues de Saint-Galmier portent encore les traces de ce Moyen Âge si cher à Marguerite Gonon. Ph. © Culture Loire.

C’est ce nouveau regard sur le Moyen Âge qui présida aux travaux de toutes les associations, de tous les groupes de recherches, de tous les étudiants à qui l’ambassadrice du Forez consacra plus que son temps, toute sa vie. Fondatrice de l’histoire du Forez, mère absolue de sa mémoire, elle a accouché de centaines d’enfants spirituels qui ont suivi sa trace, jusqu’à trouver la leur. Après avoir lu jusqu’à l’usure les Chartes du Forez, après avoir épuisé toutes les ressources de ses recherches sur les testaments, ils ferment les portes des vieilles bibliothèques et posent leur propre ouvrage sur des rayons neufs. Car l’histoire, désormais, n’est plus celle de Marguerite Gonon. Aujourd’hui, chercheurs, universitaires, historiens sont presqu’unanimes quant à son travail : une méthodologie discutable, des lacunes inexplicables, des extrapolations fantaisistes émaillent l’ensemble de son œuvre. Mais elle l’a menée jusqu’à son terme, jusqu’au dernier testament, jusqu’à la dernière page des Chartes. Et personne, avant elle et depuis, ne l’a jamais fait.

Femme de parole

La fréquentation de l’intimité des familles du Moyen Âge lui faisait écrire : « Vivre avec ces hommes et ces femmes n’est pas ennuyeux un seul instant car, à travers leurs occupations, leurs préoccupations, leurs ruses (...) ils redeviennent si proches qu’ils sont aussi vivants que leurs arrière-petits- enfants d’aujourd’hui ». C’est par sa parole qu’ils prenaient vie pour les auditeurs de ses nombreuses conférences. Marguerite, inlassablement, racontait son Forez au Moyen Âge, dans les amphithéâtres, les salles des fêtes ou les bistrots. Il lui suffisait d’une chaise et d’un public pour raconter, avec autant d’érudition que de fantaisie, la vie des paysans de Poncins ou des marchands de Feurs. Insensiblement, la fantaisie prenait le pas sur l’érudition. Pour finalement aboutir à des scènes navrantes où, parmi le public crédule, l’historien éclairé décelait l’erreur, l’approximation, voire l’affabulation.

« Elle connaissait si bien son domaine qu’elle pouvait se fier à sa mémoire, et conter le Moyen Âge sans l’aide d’aucune note », raconte Claude Brandon. « Mais, à la fin de sa vie, sa mémoire lui jouait parfois des tours. Et, probablement, Marguerite ne pouvait l’admettre. Alors elle raccommodait, souvent avec beaucoup d’adresse et d’à-propos, mais parfois, malheureusement, elle se trompait. Surtout lorsqu’elle évoquait des périodes qu’elle connaissait moins bien que le Moyen Âge, où son érudition était sans faille. » L’âge avait raison de l’esprit, mais l’esprit était toujours là, pétillant et alerte. Alors Marguerite s’appuyait sur ces belles séances de récit comme sur une canne, pour continuer à transmettre ce qu’elle savait, et enchaînait conférences et participations. Il n’est pas un bourg, de Saint-Etienne à Roanne, qui ne l’ait accueillie pour l’une de ces évasions dans la mémoire du Forez. Tant pis pour les inexactitudes, la vieille dame racontait aux enfants, aux paysans, aux clients du bistrot un passé qu’ils reconnaissaient, celui de leurs parents, celui des souvenirs cueillis dans les cours de ferme. Et ils partaient avec la certitude de mieux comprendre qui ils étaient. C’était toute la force de Marguerite Gonon, son arme, la clé de son pouvoir : sa parole, le don qu’elle avait de fasciner et de convaincre un passant curieux tout comme un passionné d’histoire locale. La maîtresse femme tenait son monde au creux de sa voix.

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Marguerite Gonon (à gauche) conversant avec Durafour, l’abbé Gardette et la « marquise » de Poncins, en septembre 1935. Ph. © coll. Jean Gonon.

Une voix qui savait se montrer assassine. Co-fondateur de la revue d’histoire locale Village de Forez, ancien professeur d’histoire que Marguerite Gonon avait incité à présenter une thèse (c’était là l’une de ses occupations préférées : encourager les chercheurs en herbe qu’elle dénichait dans les associations locales), Claude Latta évoque, en plaisantant, l’humour assassin de la dame : « Je n’aurais pas aimé me trouver à la place de ceux qu’elle n’aimait pas. Elle avait le chic pour les clouer, en pleine réunion, sans qu’ils aient la moindre chance de lui échapper ». Claude Brandon, quant à elle, sourit : « Elle avait toujours les rieurs de son côté... Elle n’était pas toujours commode ! » Derrière l’indulgence de ceux qui l’aimaient, se profile à nouveau une silhouette sombre, raide, peut-être injuste. Celle d’une femme capable d’humilier sa victime en public. L’ombre d’une conteuse apportant joie ou colère par le seul pouvoir des mots. Un pouvoir absolu qui ne se discutait pas.

Village de Forez

C’est un cas assez exceptionnel pour être souligné : au centre social de Montbrison, bouillonne une équipe de rédacteurs qui publient, deux fois par an, une revue d’histoire locale : Village de Forez. Un nom inspiré du titre d’une exposition présentée au musée d’Allard, organisée par Marguerite Gonon : “Un Village nommé Forez”.

Créée en 1980, cette revue aborde des thèmes extrêmement variés, tous liés à l’histoire de Montbrison et de sa région. Outre les parutions semestrielles, le comité de rédaction réalise également des numéros “hors-série”, lorsqu’un sujet s’y prête, et mérite un espace rédactionnel plus vaste que celui que peut leur offrir la revue. Le numéro consacré à Marguerite Gonon, paru en avril 1997, en est un exemple. Tous les rédacteurs sont, par ailleurs, membres de la Diana : il s’agit avant tout de passionnés d’histoire, qui ont su tisser avec l’illustre société des relations de confiance aboutissant à une complémentarité amicale. Claude Latta, co-fondateur et directeur de publication de Village de Forez, explique : “Nous travaillons tous aussi dans le cadre de la Diana qui est, à Montbrison, la maison de l’Histoire. Certains, au sein de celle-ci, ont pu s’irriter de notre création et de notre développement : notre activité est, en fait, complémentaire. Nous publions aussi dans le Bulletin de la Diana, nous y amenons de nouveaux adhérents. Mais nous touchons aussi un autre public et nous publions sur des sujets que la Diana hésiterait peut-être à aborder, parce que trop contemporains. Le pluralisme est ainsi garant de la liberté.”

Près de 75 numéros de Village de Forez sont parus à ce jour, sans compter les hors-série. Une production qui constitue aujourd’hui une solide documentation pour ceux qui souhaitent en savoir plus sur l’histoire du Montbrisonnais. En janvier, la prochaine parution sera consacrée à Saint-Romain-le-Puy, et s’intéressera plus particulièrement à la culture transmise par les ouvriers italiens arrivés au début du siècle pour travailler à la verrerie... Une page d’histoire contemporaine pour un bourg qui n’intéresse généralement les historiens “que” pour son prieuré.

UA584ZDMYP8H

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Village de Forez
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Vos réactions

 
Une femme romanesque (2)
24 novembre 2009 10:32, par brendufat (lecteur studieux)

Le rattrapage continue... Suggestion : comme tout le monde ici n’est pas forézien, contrairement aux lecteurs de « Culture Loire », tu peux peut-être annoter la photo en indiquant rapidement qui étaient les personnages :

Durafour (Antoine), je le connais : ancien maire de StE et père de Durafour (Michel) ancien maire lui aussi et ancien ministre,

l’abbé Gardette : je connais ce nom-là mais ça ne va pas plus loin,

la marquise (joli chapeau, jolis sabots !) je découvre.

 

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