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3 commentaires

Publié le dimanche 22 novembre 2009 dans la rubrique :

Marguerite Gonon : la mémoire du Forez

Marguerite Gonon

Une femme romanesque (1)

Marguerite Gonon : un personnage hors du commun, une vie remplie d’histoires et de rencontres, une silhouette marchant dans le Forez... Marguerite Gonon, ce pourrait être l’héroïne d’un roman improbable, où elle jouerait le rôle de sa propre vie, ou de ce qu’elle voulait en montrer.

Consultez le bloc « Dans la même rubrique » à droite de votre écran pour retrouver les textes relatifs à Marguerite Gonon publiés sur ce site.

Le roman d’une femme, à l’époque où être femme, comme on l’entend aujourd’hui, n’allait pas de soi. Libre, indépendante et volontaire, apparemment maîtresse de son destin. Intelligente et respectée de tous. Pas pour sa beauté (elle n’était pas vraiment belle), mais pour sa vivacité, pour son esprit toujours en alerte, pour la supériorité de son jugement. Une forte femme, qui rendrait jalouses celles qui ne le sont pas. Marguerite Gonon, c’est cette image-là. Une image, un rôle, qui pourrait être tenu à l’écran par une sauvageonne au regard d’acier. Avec juste un coin de tendresse pour sa grand-mère, des flash-backs où l’on verrait l’enfant, futur chercheur au CNRS, apprenant le patois avec son aïeule dans une cour de ferme.

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© coll. J. Gonon

Tout au long de sa vie, il est probable que la plupart des gens qui ont croisé le chemin de Marguerite Gonon n’aient perçu que cette image. Ce qu’on appelle son charme, son charisme. Elle exerçait sur l’auditoire une fascination qui poussait la plupart à vouloir se faire aimer de cette force qu’on aurait crue indomptable. Une maîtresse femme. Ceux qui ne tombaient pas envoûtés la détestaient, pour les mêmes raisons. Séduisante pour les uns, exécrable selon les autres. Et, souvent, les autres, ce sont des femmes... Intelligentes, elles aussi, brillantes, souvent. Des rivales.

Le masque

Marguerite Gonon était-elle donc aussi forte, aussi impressionnante, aussi chaleureuse que l’image ? La silhouette était-elle bien la sienne ? À examiner son parcours, à relire ses témoignages portant sur la Résistance, à confronter les photographies aux récits de ceux qui l’ont connue, on se sent saisi d’un doute. Trop forte, trop érudite, trop accessible, trop humaine. Trop cruelle, souvent, lorsqu’elle choisissait, en public, d’assassiner par le verbe quiconque ne lui plaisait pas.

Le réalisateur Jean-Michel Barjol, qui a filmé Marguerite Gonon à l’occasion de trois émissions pour France 3, se souvient, admiratif : « Marguerite était une actrice-née. C’était une star. Elle n’a pas fait de cinéma, alors qu’elle possédait, d’instinct, tous les réflexes d’une comédienne. » Ne jouait-elle pas, sans relâche, sa propre vie ?

Derrière la volonté inébranlable, derrière la ténacité à toute épreuve, derrière cet entêtement extrême à poursuivre sa route, peut-être, n’y avait-il qu’une grande souffrance. On ne sait pas, on ne peut pas savoir. Mais reste le sentiment que le regard franc et lumineux tourné vers l’humble pêcheur au bord d’un étang n’est peut-être qu’un masque, celui d’une femme animée par l’amour du pouvoir exercé sur les autres. Avec la plus vieille des armes, la plus terrible aussi : la séduction.

« Elle possédait un immense talent de conteuse », s’accorde-t-on à dire de Marguerite Gonon. Ce don fait l’unanimité. Claude Brandon, professeur d’histoire et membre du bureau des Amis du musée de Feurs, relate l’une des ses dernières conférences : « C’était à la Maison de la commune de Feurs. Elle a tenu son auditoire en haleine... en lui parlant du temps. La pluie et le soleil, le vent, ces sujets anodins par lesquels on se salue dans la rue, ou qui meublent les conversations de veillées. Le temps qu’il fait : Marguerite Gonon savait en parler, sans que quiconque s’ennuie. C’était extraordinaire. »

Charmer un public, tenir les regards agrippés à ses paroles, apporter sans faillir les réponses à toutes les questions : c’était cette magie qui donnait à Marguerite Gonon la force, jusqu’au terme douloureux de sa vie, de continuer à parler, à écouter et à parler encore. Pour exister, toujours aussi brillante, toujours aussi vive, au regard des autres. Sa vie n’aura-t-elle été vécue que grâce à son public ?

La première

Son premier auditeur, l’un des plus fidèles, se trouvait à Arthun. Le comte Guy de Neufbourg, héritier de l’une des plus anciennes familles du Forez. L’une des plus riches aussi. Un autre personnage hors normes, visionnaire pour les uns, original invétéré pour les autres. Richissime héritier d’une noblesse à cheval, épris de généalogie, agitateur public, fantaisiste bon teint et grand séducteur. Marguerite Gonon le rencontre alors qu’elle est jeune institutrice, il l’emploie comme secrétaire pour l’aider dans ses recherches historiques. C’est au comte de Neufbourg qu’elle doit sa carrière d’historienne. Il aura été son Pygmalion, et d’aucuns racontent qu’elle devint son égérie. Mais, ça, c’est leur histoire.

L’époux d’une princesse polonaise écrivit-il probablement des poèmes pour quelques fraîcheurs qui fleurissaient à Arthun - ou ailleurs. Qu’importe, celui qui distribuait, avec largesses, des pièces d’or à ses maîtresses ne confia le trésor de sa vie, l’Histoire, qu’à Marguerite Gonon. Elle fut la première, et l’une des rares femmes, à le seconder dans ses recherches, qui allaient rapidement aboutir à la rédaction des Chartes du Forez. Une somme colossale, un travail titanesque qui allait servir de base aux recherches de nombreux historiens. Qu’elle ait été teintée de romance, qu’importe : l’aventure des Chartes ouvrait alors la voie à de nouvelles pistes méthodologiques pour les médiévistes. Et elle ouvrait à Marguerite la porte, éminemment masculine, du Centre national de recherche scientifique. En 1945, le CNRS crée le département des Sciences humaines, où il accueille une femme parmi ses chercheurs. La première, elle est forézienne, elle a à peine plus de trente ans, et c’est Marguerite Gonon.

La passion du Forez

S’il est une chose que l’on ne peut mettre en cause, c’est le profond attachement de Marguerite Gonon pour le Forez. Dans tous ses actes, ses écrits, ses paroles, elle n’a poursuivi qu’un seul but : faire connaître et aimer sa province.

Le Forez, c’est cette région aux mille visages qui s’étend autour de Feurs : une plaine riche en terres fertiles, traversée par le fleuve Loire, généreuse en bois peuplés de gibier, limitée par les versants des montagnes alentours, petits sommets et hauts plateaux. De Pommiers à La Rochebaron, des Cornes d’Urfé à Saint-Bonnet-le-Château, le Forez est un petit pays. Rares sont ceux qui l’ont chanté, hormis Honoré d’Urfé, en un langage si ampoulé que son éloge n’a pas survécu au-delà des Montagnes du Matin... Le Forez n’a pas accouché d’un Lamartine ou d’un Stendhal. Mais il a eu Marguerite Gonon.

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À Saint-Thomas-la-Garde, comme dans de très nombreux villages du Forez, l’art roman est omniprésent. Photo © J.-L. Muller

Toute la vie de cette historienne a été consacrée au passé du Forez. Avec l’étude des Chartes, puis des testaments, avec le recueil des récits des “anciens”, derniers gardiens des traditions, elle a accumulé une somme de connaissances qu’elle transmettait, inlassablement, lors des innombrables conférences données dans les moindres villages. Quel que soit le regard que portent aujourd’hui les historiens sur son travail, on ne pourra jamais douter de la passion sincère qu’éprouvait Marguerite Gonon pour “son” Forez. Une province qu’elle connaissait si intimement, qu’elle s’était appropriée avec tant de ferveur, qu’il est bien possible qu’elle lui ait ôté, dans ses récits, ce qui pouvait la heurter... On ne voit pas toujours les défauts de ce qu’on aime.

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Vos réactions

 
Une femme romanesque (1)
23 novembre 2009 11:05, par brendufat (paisiblement chauvin)

Miam ! En voilà une session de rattrapage qu’elle est bonne ! :-)

Une femme romanesque (1)
23 novembre 2009 11:24, par DB du Jardin

Attends, c’est que le début... Il n’y aura pas quarante chapitres comme pour le général, certes, mais il y aura de quoi lire. Et la bonne femme vaut le détour.

Et puis ça me replonge dans l’époque de Culture Loire ; bon sang, que c’était bien...

Tu en avais entendu parler, je suppose, de Marguerite Gonon ?

Une femme romanesque (1)
24 novembre 2009 10:24, par brendufat (paisiblement chauvin)

Oui, mais je n’en savais rien de précis. Rattrapage, te dis-je !

 

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