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Publié le dimanche 29 novembre 2009 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Un peu plus d’un an

C’était il y a un peu plus d’un an. Est-ce que je savais déjà ? J’étais pressée, je voulais avancer, vite, sans attendre. J’étais allée à la rencontre d’un fantôme, je voulais enfin le connaître, j’avais peur de ne pas avoir le temps. Déjà. J’avais peur, je ne savais pas de quoi, je ne savais pas pourquoi. Depuis plusieurs mois déjà, je me préservais de tout danger, réel ou non. Je n’osais plus partir avec ma moto, je m’étonnais de me voir toujours plus prudente en toutes choses. Je ne savais pas alors combien ma peur était à la fois vaine et légitime.

J’ai trouvé mon fantôme à l’ombre d’un donjon, royale prison.

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Le donjon de Vincennes.

J’ai découvert son histoire, j’ai retracé sa vie, j’ai arpenté les rues de cette ville où il fut si puissant, découvrant parfois entre deux murs de discrètes échappées vers de petits mondes insoupçonnés.

J’ai parcouru le grand boulevard où il avait son domicile, qui débouchait sur ce pont où une allégorique France renaissante saluait une vieille dame vêtue, pour quelques jours encore, pour quelques nuits de lumière, de la parure bleue d’une Europe indifférente.

Pont Bir-Hakeim

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La France renaissante, statue de Holger Wederkinch (1886-1959), sur le pont Bir-Hakeim à Paris.

J’ai parcouru cette ville avec la crainte lancinante de gâcher une chance, de m’égarer dans un labyrinthe de regrets, de ne pas pouvoir revenir, sous l’œil impassible de citadins assez sages pour se contenter de humer l’air du temps.

Je voulais engranger les souvenirs, accumuler les informations, séance tenante, harcelée par un compte à rebours mystérieux qui me poussait sans me laisser aucun répit et dont j’ignorais le mécanisme. Le corps, cette machine qui nous habite et nous gouverne, n’est qu’un chronomètre qui commande lui-même son propre interrupteur. Mon corps lançait en moi son lancinant tic-tac annonciateur : « Dépêche-toi, dépêche-toi, dépêche-toi. »

J’ai voulu le faire taire en interrompant ma course, l’espace de quelques minutes, devant l’intimité volée à la faveur d’une fenêtre éclairée de ce compositeur qui n’avait voulu écouter que « l’orage, le vent, le train, les animaux, souvenirs sonores de son enfance ».

Je suis rentrée chez moi sans savoir si un jour je reviendrai. Sans savoir si je le pourrai. J’avais peur, incessamment, je ne vivais que comme une errante sur un chemin trop étroit, trop abrupt, dans un paysage tourmenté qu’écrasait une infranchissable falaise de doute. Dans la vitre du train qui filait sous la pluie, Thomas More côtoyait l’espoir, le fol espoir qui soudain, dans la nuit, avait embrasé le monde, saluant l’avènement d’un homme noir qui, à lui seul, avait le pouvoir de faire rêver toute une planète.

C’était il y a un peu plus d’un an. Aujourd’hui, ma peur a un nom. Elle n’en est que plus puissante.

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Image extraite de l'article "Chagrin d'école"