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10 commentaires

Publié le dimanche 3 janvier 2010 dans la rubrique :

Petits riens sur tout

Trois mois

Une blogueuse parisienne éprouve les mêmes difficultés que moi : elle ne parvient pas à écrire certains mots. C’est étrange comme des personnes, qui aiment tant les mots, en ont si peur. Elle a inventé un terme pour désigner le médecin spécialiste qui la suit : elle parle de son « crabologue ». C’est sa façon de nommer l’innommable, de lui ôter son pouvoir terrifiant, peut-être de refuser la réalité que ce mot désigne. La refuser, non la nier.

Mon crabologue souffle le chaud et le froid. À l’issue du sixième traitement, les résultats du scanner de contrôle sont très bons. L’animal et toute sa nichée sont morts. Les torrents de poison que l’on a fait couler dans mes veines ont eu raison de ces monstres qui ont cessé de me ronger. Ils sont morts et moi je suis vivante.

Mais il reste encore une trace, imperceptible, l’ombre du fantôme d’une trace. On ne la voit que parce que l’on sait qu’il y avait, là, une « anomalie ». Le crabologue, lui aussi, évite l’emploi des mots qui font mal. Les « anomalies » désignent les essaims migrant en cohortes sournoises pour coloniser mon corps. Désormais, il n’y a plus que le soupçon du résidu d’une « anomalie ».

Alors, « par sécurité », on va poursuivre les traitements. On va faire deux cures supplémentaires, espacées d’un mois, pour que j’aie le temps de récupérer. Deux cures de trois jours, une trentaine de perfusions. Des semaines, encore et toujours, terribles et interminables, pendant lesquelles je n’existerai plus, réduite à une grande et unique douleur. La bête est morte, je suis vivante, mais je n’ai pas encore le droit de vivre. Je dois encore m’arc-bouter au fond de mon lit, au fond du vertige. Encore trois mois d’enfer.

Ensuite, on verra. On verra si la trace a abdiqué. Trois mois : voici mon horizon.

Et cependant, quel progrès ! Trois mois, c’était une échéance que je ne pouvais plus envisager. Comment ai-je pu survivre sans futur ?

Nous voici aujourd’hui croulant sous les vœux et les résolutions. Nous nous souhaitons mutuellement le meilleur pour l’année à venir. Et je suis là, sidérée, moi qui accorde si peu d’importance aux dates. Je vis en 2010. Je me suis trop longtemps convaincue que ce ne serait pas possible. Je ne sais pas si je vivrai encore en 2011. Mais dans trois mois, je serai là. Je me souhaite le meilleur pour les trois mois suivants. Et je crois que, cette année, je vais fêter mon anniversaire, pour faire un bras d’honneur au mal et à ses soldats.

En fait, non. Je ne le fêterai pas. Ce jour-là, je serai branchée au cathéter qui distillera son élixir toxique, pour tuer la trace. Cet anniversaire-là est sûrement le plus important de toute ma vie, mais j’aurai mieux à faire que de le célébrer.

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Fragment de platine brut. Photo prise sur le site Universalis.fr

Le platine est un métal précieux, de couleur gris-blanc, résistant à la corrosion. Les noces de platine couronnent soixante-dix ans de mariage. Le platine est le métal de la vie. On l’utilise en orfèvrerie, et pour tuer les anomalies. Le platine est un poison terrible qui m’a sauvé la vie.

Je n’en sais pas beaucoup plus sur ce métal auquel je dois tant. Je n’en sais pas davantage sur ma maladie. Je suis un cas rare. Je ne peux me comparer à aucune statistique. Je sais seulement qu’en France, un seul cas comme le mien apparaît tous les deux ans. Mon crabologue doit certainement noter avec le plus grand soin la substance d’un article qu’il publiera plus tard dans une grande revue scientifique. Il doit penser que je suis un cadeau extraordinaire pour sa carrière. Tous les crabologues de France devront attendre l’année prochaine pour espérer accueillir dans leurs services un cas comparable au mien.

Je sais aussi que j’ai une chance sur cinq de survivre. Un survivant tous les dix ans. J’entrerai peut-être dans cette élite dans cinq ans, lorsque tout risque de récidive aura disparu. Dans cinq ans ? Nouveau vertige. Cinq ans, c’est comme la distance qui sépare deux galaxies, c’est comme l’âge de l’univers, c’est comme le gros lot du Loto : c’est inconcevable. Vertigineux. Terrifiant.

Pour l’instant, je ne peux me projeter que dans trois mois. Trois mois de vide avant que, peut-être, j’ose tout doucement penser au futur.

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Vos réactions

 
Trois mois
3 janvier 2010 18:18

Bon, alors je te souhaite un très bon trimestre, plein d’amour et de belles découvertes sur toi et le reste du monde ! C’est tout de même fâcheux, ces deux cures qui s’annoncent, y z’auraient pu trouver un truc moins doul... cauch... affr... enfin, moins, quoi, zut ! De quoi te souhaiter bon courage, pour de très nombreux demains qui gazouillent. La grosse bise.

Trois mois
3 janvier 2010 18:27, par DB du Jardin

Voui mais... C’est qui qu’a écrit ?

Trois mois
3 janvier 2010 21:52, par Julien

Grosse pensée pour toi en ce début de trimestre... tous mes vœux pour les 3 mois qui viennent, et pour les 30 ans qui suivent. Bises, Julien.

Trois mois
4 janvier 2010 01:43, par Pomme

J’ai un cassoulet à manger avec toi, DB, depuis au moins un lustre, et je suis très loin. Pour venir en France, c’est à la nage ou en montgolfière, donc, commence à le faire mijoter...

Bisous et plein de choses

Pomme_pétillante_pour_DB_qui_fait_jamais_rien_comme_les_autres_et_c’est_pour_ça_qu’on_l’aime

rare...
4 janvier 2010 12:34, par CaroBee

Bien sûr que tu es un cas rare !! et c’est pour ça qu’on t’aime !

A très bientôt

Trois mois
4 janvier 2010 12:45, par DB du Jardin

Disons que là, je ne suis pas contente du tout d’être un cas rare ! Qui dit maladie rare dit traitements à tâtons, manque de recul et d’expérience... Les toubibs et moi voyageons à vue, en plein inconnu, et ça fout les jetons, quand même.

Quant au cassoulet et autres bonnes bouffes prévues avec les zuns ou les zautres, vous inquiétez pas : je ne risque pas d’oublier ! ;-)

Trois mois
5 janvier 2010 13:57, par Ardalia

C’était moi le premier commentaire. En effet, j’ai essayé de poster en oubliant de m’identifier mais ça m’a été demandé en rouge et je me suis exécutée. Comprends pas.

un mois= 36500 jours, non ?
6 janvier 2010 02:49, par brendufat (toujours aussi subtil)

Bonnes années 2010q1, 2010q2, 2010q3, 2010q4, 2011, 2012 (prout les mayas), 2013, 2014, 2015, 2016...

— 

flûte je fatigue, appelons la technique à la rescousse :

for (i=2017 ;i<=beaucoup ;i++) wish(’Bonne année ’,i) ;

- (turn ze manivelle to run ze loop)


Comment ça « irrécupérable » ? ? ?

Trois mois
9 janvier 2010 16:57, par valh

...J’ai toujours su que tu étais un « cas ». Tous mes voeux pour ces trois mois, trente mois, et trois cent mois à venir !

Trois mois
9 février 2010 21:56, par Vieux motard

Bon courage pour ces trois mois qui passent :-/

 

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