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Publié le mardi 18 septembre 2001 dans la rubrique :

Mon press-book

Souvenirs de vacances

Le Cantal est une destination touristique prisée des amateurs de pêche et de randonnée. Les collectivités font de gros efforts financiers pour promouvoir le tourisme. Mais, à l’issue de chaque été, le constat est le même : le touriste n’est pas venu aussi nombreux qu’on l’aurait espéré.

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Du haut du rocher des aigles à Rocamadour, prendre le temps de poser son sac pour s’adosser au panorama (photo Dominique Bardel).

Bien chers tous,

Je vous écris du Cantal où je passe de très bonnes vacances. Je suis très contente parce qu’il ne fait jamais chaud plus de trois jours d’affilée. Comme ça, je ne risque pas d’attraper des coups de soleil.

Vous devez bien m’envier, vous qui ne pouvez pas sortir à cause de la chaleur.

Ici, les gens sont très gentils. Mais il n’y en a pas beaucoup qui parlent français, car ce sont tous des touristes qui viennent de pays froids et pluvieux. Comme la Belgique, la Hollande ou l’Angleterre. Ils roulent très doucement sur les routes et m’évitent de me faire photographier par le bel appareil tout neuf qui a l’air de beaucoup amuser les gendarmes : ils sont tout le temps en train de regarder dedans.

Chaque semaine, je lis un très bon journal qui s’appelle l’Union : il paraît qu’on peut leur écrire, alors voilà, c’est fait ( [1]).

Sinon, je vais bien, je vais parfois aux champignons. Heureusement que Mamie m’a obligée à emporter des bottes, parce qu’avec mes tongs je n’aurais pas pu aller me promener dans les jolis chemins où coulent en chantant de frais ruisseaux. Je vais aussi voir les fêtes patronales, il y en a plein partout, mais les feux d’artifice sont souvent annulés à cause de la pluie.

Mais ce n’est pas grave. Je reste dans mon gîte où je peux lire tranquille. Comme le téléphone portable ne passe pas, et que l’antenne de la télé ne reçoit ni Arte, ni M6, je ne risque pas d’être distraite. D’ailleurs, je viens de terminer "Le Parfum" de Patrick Süskind. C’est l’histoire d’un apprenti-parfumeur au XVIIIe siècle, qui en a tellement marre de l’humanité qu’il s’en va dans le coin le plus reculé et désert de toute la France. C’est comme ça qu’il arrive au Plomb du Cantal où il passe sept ans de pur bonheur. Mais, à la fin, il ne se supporte plus, alors il s’en va. Patrick Süskind est un écrivain allemand vraiment talentueux.

L’année prochaine, j’espère que vous viendrez avec moi dans ce beau pays où on mange très très bien, même que j’ai dû changer de taille de pantalon. Cela n’a pas beaucoup d’importance, vu qu’on ne peut pas se mettre en maillot de bain grâce à la saine fraîcheur qui garde l’herbe toujours verte.

Le Parfum (extrait)

(...) Son nez le conduisit ainsi dans des contrées de plus en plus reculées, l’éloignant de plus en plus des hommes et le tirant de plus en plus puissamment vers le pôle magnétique de la plus grande solitude possible.

Ce pôle, le point qui dans tout le royaume était le plus loin des hommes, se trouvait dans le Massif Central, en Auvergne, à cinq journées de marche environ au sud de Clermont, au sommet d’un volcan de deux mille mètres appelé le Plomb du Cantal.

La montagne était constituée d’un gigantesque cône de pierre grise comme du plomb, et elle était entourée d’un plateau interminable et aride, où ne poussaient que des mousses grises et des buissons gris, d’où émergeaient ici et là des pointes de rochers bruns comme des dents gâtées, et quelques arbres calcinés par les incendies. Même au grand jour, la région était si désespérément inhospitalière que le berger le plus pauvre de cette province déjà pauvre n’y aurait pas amené paître ses bêtes. Et la nuit, alors, à la lumière blafarde de la lune, elle paraissait à ce point déserte et déshéritée qu’elle ne semblait plus être de ce monde. Même Lebrun, le bandit auvergnat recherché de toutes parts, avait préféré gagner les Cévennes pour s’y faire capturer et écarteler, plutôt que de se cacher au Plomb du Cantal, où sûrement personne ne l’aurait cherché ni trouvé, mais où, tout aussi sûrement, il serait mort de cette interminable solitude, ce qui lui parut pire encore. À des lieues à la ronde ne vivait ni un être humain ni un animal à sang chaud qui fût digne de ce nom, juste quelques chauves-souris, quelques insectes et des vipères. Depuis des dizaines d’années, personne n’avait gravi le sommet.

Patrick Süskind - Le Parfum, roman. Traduit de l’allemand par Bernard Lortholary. Ed. Fayard, 1986.

Notes

[1] Note aux internautes : référence à une nouveauté mise en place dans L’Union quelques jours auparavant : le Courrier des lecteurs.

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Image extraite de l'article "Auch secrète"