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4 commentaires

Publié le dimanche 13 mai 2007 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Soir de match à Saint-Étienne

J’espère qu’Uma me pardonnera ce piratage d’un message qu’elle a posté ce soir sur son blog. Elle y explique que, sans les regarder, elle peut suivre chaque match de l’OM, rien qu’en écoutant (ou en subissant) le voisinage.

Ça m’a rappelé mon enfance à Saint-Étienne, qui contrairement à Marseille est une VRAIE VILLE DE FOOT :lol : :lol : (et en plus je suis persuadée que c’est vrai...). Et en racontant comment moi-même, derrière le grillage de ma fenêtre, je suivais chaque match, je me suis rendue compte que c’était vraiment un bon souvenir. Alors je vous copie-colle le message que j’ai laissé chez Uma, si des fois y’aurait un extra-terrestre dans la Cabane qui n’irait pas chez elle...

Ça me rappelle le foot à Saint-Étienne quand j’étais gamine... Je ne m’intéressais pas du tout au foot, mais c’était la « grande époque » des Verts, quand ils gagnaient tout. Alors, sans que je sache comment, je connaissais les noms de tous les joueurs ; la ville baignait tellement dans le foot qu’il n’y avait aucun moyen d’y échapper.

Ma chambre donnait dans une cour intérieure, et bien sûr, chez moi, mes parents ne regardaient pas les matches. Mais je savais exactement ce qui se passait. Avant le match, les gens allaient au stade en chantant « Les-Verts » (flap flap flap, répondaient les claquements de mains), « Le-Bayern » (pof pof pof, enchaînaient les bras d’honneur). Et après c’était silence sur la ville. De ma chambre, j’avais l’impression qu’on pouvait toucher ce silence. J’avoue que c’était vraiment prégnant. Quant un but était marqué par les Verts, tout Saint-Étienne se mettait à hurler ; ça me donnait la chair de poule. Si c’était l’adversaire qui était menaçant, montait une clameur sourde et douloureuse... Et entre chaque action, ce silence palpable. À la fin du match, si les Verts avaient gagné, c’était le délire. Les supporters remontaient la Grand-Rue (où j’habitais) en chantant, et il y avaient les klaxons des voitures qui chantaient La Cucaracha ou Le Pont de la Rivière Kwaï... ;-) Si les Verts avaient perdu, la nuit était triste, les voitures passaient sans klaxonner et, au plus, on entendait quelques débuts de bagarres entre supporters éméchés. Il n’y avait pas la violence qui règne aujourd’hui.

Finalement, ces soirs de match, c’est un bon souvenir. Il y avait vraiment une émotion qui était partagée par toute la ville, mais je crois qu’il n’y a qu’à Saint-Étienne que l’on pouvait vivre ça avec cette intensité-là. Probablement parce que la famille Guichard, qui dirigeait Casino (les supermarchés), employait au moins un membre de chaque famille, et que tous les enfants stéphanois jouaient au foot en rêvant probablement d’aller courir un jour dans le « chaudron », le stade Geoffroy-Guichard. Il y avait un lien presque familial entre les Stéphanois, la famille Guichard, et l’équipe des Verts. C’était très spécial, et ça n’existait qu’ici. Alors quand il y avait un match, c’était vraiment très fort, et ça allait au-delà du foot. Moi, môme, j’étais très perméable à cette sorte de « communion » qui ne me concernait pas mais qui était tellement émouvante que personne doté d’un p’tit cœur ne pouvait l’ignorer.

Et puis bon, ça s’est perdu... Jusqu’à la Coupe du Monde 98. C’est la seule fois que j’ai suivi un match, j’étais sur la place Jean-Jaurès (dans l’appart’ d’une copine dont les fenêtres donnaient pile sur l’écran géant, juste au-dessus de la foule). Et ce fut l’un des moments les plus forts de ma vie. Freddy avait six ans à l’époque, et il s’en souvient très précisément. Je crois que pour lui, c’est aussi un souvenir qu’il gardera toute sa vie. Saint-Étienne s’est réveillée ce soir-là et a retrouvé tous ses réflexes, tous les gens s’aimaient, se souriaient, se parlaient, c’était phénoménal. Il fallait être là à ce moment-là pour vivre ça. Ça ne s’est pas passé comme ça dans les autres villes. Après le match, je crois que tous les habitants sont descendus dans la rue pour rejoindre la place Jean-Jaurès. C’était absolument indescriptible ; une marée humaine venant remplir la place qui pourtant semblait déjà pleine à craquer, et pas le début du commencement d’un geste agressif ou d’un éclat de voix... Juste des dizaines de milliers de gens qui voulaient partager quelque chose. Et le lendemain, le spectacle était vraiment surréaliste. La mairie avait décoré les places principales de la ville avec beaucoup de fleurs en pots, notamment d’énormes géraniums. Pendant toute la durée de la Coupe du monde, les fleurs n’ont pratiquement pas été abîmées. Déjà ça, c’était beau. Mais au lendemain de la finale, les gens ont emmené les fleurs chez eux. Ce n’était pas du tout du vandalisme, bien au contraire. On se serait crus dans une autre dimension. Les gens partaient tranquillement avec un pot de fleurs sous le bras, et les agents municipaux, les CRS, la police aidaient les personnes âgées à porter leurs fleurs... Certains avaient des petits chariots pour emmener les pots (les petits chariots que prennent les vieilles dames pour faire les courses). J’ai vu les gens se répartir les fleurs, s’aider à les emmener. Un spectacle incroyable. Ça a duré une heure, deux peut-être. Comme dans un rêve.

Je ne pense pas que je reverrai un tel spectacle un jour. Et celui-là, je le dois au foot... Je trouve ça joli, et ce souvenir m’est vraiment très précieux.

Et donc c’est pour ça que ça fait 15 pages que je vous tanne... ;-)

DB_c’était_la_séquence_nostalgie.

DB_et_voilà_comment_on_rentabilise_ses_interventions_sur_le_net

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Soir de match à Saint-Étienne
 0:0, par Pomme

Ici au Costa Rica, le foot est la raison de vivre de nombreuses familles, on est « saprissista » ou « liguista », soit mauve, soit rouge et noir. Il n’est pas rare qu’un lundi matin, les fonctionnaires et autres travailleurs aux yeux cernés aillent au bureau en cravate très colorée aux couleurs du sourire qui illumine leur visage. Les femmes sont presque les plus acharnées et leurs hurlements hystériques dominent les cris de « GOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOL » des commentateurs radio. Dans les voitures, il n’est pas rare de voir des familles entières dans les voitures bondées, arborant les immenses drapeaux de chaque équipe, klaxonnant au rythme des cris d’enthousiasme.

... Je n’aime pas le foot, sauf au moment des matches, les rues se vident totalement, c’est l’idéal pour faire les courses, mais il faut bien surveiller les caissiers qui marquent distraitement les prix, l’oeil rivé sur la minuscule télé nichée au coin de la caisse enregistreuse.

La semaine dernière, le raz-de-marée humain à pris d’assaut les rues au sortir de l’ultime finale de la saison et au lieu de traverser la ville en 30 minutes, mon mari a mis 2h30...

En 98, quand la France a gagné, un défilé très petit et très bruyant d’une trentaine de voitures de Français a traversé la ville sous les yeux médusés des Costariciens médusés qui ne juraient que par le Brésil. On a eu ainsi notre petit quart d’heure de gloire ! ;-)

Soir de match à Saint-Étienne
14 mai 2007 23:07, par Umanimo

Pas de problème, il faut faire vivre les bons textes et ton message en est un.

UMA_je_pense_qu’il_y_a_peu_de_cabaneux_qui_viennent_chez_moi

Soir de match à Saint-Étienne - écho
4 mars 2008 23:08, par brendufat

J’ai des souvenirs d’enfance et jeunesse très proches... Je logeais dans le centre-ville, ma chambre donnait sur la Grand-Rue. La Grand-Rue, pour vous non-Stéphanois, c’est 8km en ligne droite.

Geoffroy-Guichard à un bout, ma fenêtre au milieu ... Après les 90 minutes de calme total dans la ville, la victoire (fréquente) descendait à grande vitesse et en silence (humour) - c’était en général au moment où j’apercevais enfin le bout d’une dissertation absconse ou d’une équation rétive. Gniiii !

Mais tant pis : Allez les Verts !

(et on parlera de l’OM quand ils auront rendu Carnus, Bosquier, Bereta et les autres, non mais alors ! :-D )

PS : tu penses vraiment tout ce que tu as mis dans ton p’tit billet en page d’accueil ? Chuis tout fondu, moi...vraiment !

Soir de match à Saint-Étienne
4 mars 2008 23:27, par DB du Jardin

Hé, les jardineux, tenez-vous droits, y’a Bredufat qui est là...

Moi aussi j’habitais la Grand’rue. J’étais pile entre la place du Peuple et les Nouvelles Galeries ; j’allais au collège à côté de ce grand magasin où j’allais traîner un peu en attendant l’ouverture des grilles. J’allais à l’école des Beaux Arts juste en face, mon père travaillait cours Victor-Hugo, au-dessus de « chez Vincent ». Aaaah, nostalgie... Et si tu parcours « Les Yeux secs », tu reconnaîtras le passage souterrain de la place du Peuple. Et la rue des Martyrs-de-Vingré... Bref.

Plus tard, j’ai travaillé au Progrès place Marengo. Le bassin à côté du kiosque à musique avait été transformé en gigantesque mare de bière à l’arrivée des supporters anglais lors de la Coupe du monde, c’était une horreur. Les « hooligans » à ce moment-là faisaient très peur, et chaque Anglais était suspect. Je me souviens de l’après-midi où se sont trouvés face à face les supporters italiens et les supporters anglais, juste devant le Progrès. Ils se sont toisés, et chaque groupe a entonné son hymne. Une centaine d’hommes s’affrontant par le chant, comme ça, sous le soleil devant le kiosque, je peux vous assurer que ça vous prend les tripes aussi sûrement que le Va pensiero de Verdi. Un moment magnifique. Et des nuées de CRS ont surgi de je ne sais où, matraques en main, alors que tout se passait si bien. Les supporters se sont dispersés, la magie n’a duré que quelques minutes.

Décidément, cette Coupe du monde, elle m’en a donné, des souvenirs...

Quant à ce que j’ai écrit sur ma page d’accueil : bah oui je le pensais ! Les habitués savent que je suis une vache pas commode mais qui aime bien partager ses coups de cœur. C’est vraiment très bien, chez toi... D’ailleurs, je la connais bien la peinture de la gare de Lyon : l’avantage quand on prend le train quand on est enfant, c’est qu’on regarde partout et qu’on voit plein de choses que les adultes ne voient plus. À mon avis, tu es un grand gamin fumeur de pipe.

Voilà voilà, et merci pour ta visite. Reviens quand tu veux !

DB_qui_a_bien_fait_de_mettre_des_fleurs_dans_son_jardin ;-)

 

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