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Publié le mardi 18 janvier 2005 dans la rubrique :

Nature et animaux

Pterigophichthys pardalis

Je vous présente le premier habitant de mon grand aquarium. « Mister Plec » est le roi du bac, où il a atteint une taille très respectable. Souvent vendu sous le nom lamentable de « laveur de vitres », ce poisson mérite bien plus que la destinée de « femme de ménage » qu’on lui réserve... à tort.

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Mister Plec agite sa cuirasse de 30 centimètres pour savourer une tranche de courgette entre deux eaux : le meeki file se mettre à l’abri, et le jeune H. nicaraguensis comprendra bientôt pourquoi, quand il recevra un énergique coup de nageoire caudale... (photo Dominique Bardel)

Hélas, il existe certains poissons que de nombreux aquariophiles débutants n’achètent que pour leur rôle « utilitaire ». Au hit-parade des « nettoyeurs » et autres « suceurs de vitres », les Corydoras et les plecos [1] tiennent la vedette. C’est d’autant plus dommage que ces poissons ne nettoient rien du tout, et que les conditions de vie qui leur sont proposées sont souvent déplorables. Sous la dénomination « pléco », on trouve un grand nombre de Loricariidés dont la principale caractéristique, outre la cuirasse osseuse qui les protège, réside dans leur bouche en forme de ventouse. Originaire d’Amérique du Sud, et notamment du Brésil, Hypostomus plecostomus est le genre représentatif de cette famille, et figure depuis très longtemps dans les bacs de vente. L’un de ses cousins, Pterigophichthys pardalis, est tout aussi répandu. D’ailleurs, j’ai longtemps cru que j’avais bien un Plecostomus dans mon aquarium, et la confusion est largement entretenue dans les ouvrages dont les photos sont mal légendées, ainsi que dans les commerces aquariophiles où tout ce petit monde est vendu sous le vocable « pleco ».

La maintenance

Pterygoplichthys pardalis, comme tous ses cousins, est proposé à la vente alors qu’il ne mesure que quelques centimètres. Disponible pour trois francs six sous, il fait partie de l’ « équipement de base » de tout aquarium nouvellement acheté, au même titre que la pompe, le thermomètre et l’éclairage. En effet, on le destine encore trop souvent à brouter les algues poussant sur les vitres et les éléments du décor. C’est ainsi que l’on voit, au bout de quelques mois, les clients mécontents ramenant chez l’animalier un bestiau furieux se débattant dans un sac en plastique, de toute la force de ses dix ou quinze centimètres. « Il démolit tout l’aquarium », « et puis en plus j’ai quand même plein d’algues », « vous m’aviez pas dit qu’il allait devenir si gros »... Les récriminations pleuvent, et l’aquariophile mécontent est définitivement fâché avec les Loricariidés. Je passe sous silence les foules silencieuses de plecos qui finissent, plus radicalement, dans les toilettes. Fort heureusement, au fil des années, les vendeurs dans les magasins aquariophiles ont pris conscience de leur devoir d’information, et préviennent le plus souvent leurs clients de ce qui les attend. Mais quand un acheteur a décidé d’acquérir un poisson, il est difficile de lui faire entendre raison.

Il n’est pourtant pas difficile d’offrir de bonnes conditions de vie au pleco. Le plus dur, en fait, est de lui proposer un aquarium à sa taille : tout le monde n’a pas les finances ou la place pour installer un aquarium de deux mètres de long - un format en-dessous duquel il vaut mieux oublier de maintenir les Loricaridés. Dans un volume inférieur, à condition de ne pas descendre sous la barre des 300 litres, le pleco sera limité dans sa croissance, mais mènera une vie à peu près acceptable. Dans un aquarium de 100 litres, il grandira jusqu’à atteindre douze ou quinze centimètres, et, selon les espèces (certaines sont plus « remuantes » que d’autres), il restera prostré dans son coin, incapable de trouver la place pour se tourner, ou entreprendra de « faire le ménage »... mais pas comme l’avait espéré l’aquariophile. J’ai lu et entendu les témoignages de propriétaires de plecos dont les poissons avaient littéralement détruit le décor, et avaient tué les autres occupants du bac.

Les paramètres de l’eau ne constituent pas un point essentiel dans la maintenance de Pterygoplichthys pardalis ; son origine brésilienne laisse deviner cependant qu’il préfère une eau douce et légèrement acide, à une température avoisinant les 25°C. Le bac peut être planté, puisque le pleco, s’il dispose de la place nécessaire à son épanouissement, sait se déplacer en évitant soigneusement les obstacles, et ne risque donc pas de déterrer les plantes placées sur son chemin. Des cavernes aménagées dans des amoncellements de pierres et de racines lui offriront l’abri où il passera le plus clair de son temps diurne, en observant les alentours. Seule une filtration très puissante est indispensable : il s’agit d’un gros poisson, dont le métabolisme produit un résultat à l’échelle de l’animal... En outre, le pleco vit habituellement dans des rivières à courant rapide, où il se maintient en place en ancrant sa bouche-ventouse sur les pierres. Ce ne sont pas quelques remous dans l’aquarium qui vont le secouer.

Pour ce qui est de la nourriture, j’ai un scoop : le pleco mange. Ce n’est pas évident pour tout le monde, puisque nombreux sont ceux qui estiment que Mister Plec trouve sa pitance dans les déchets laissés par les autres poissons, ou se nourrit des algues couvrant le décor. Mais non, le pleco est un poisson de bonne taille qui doit être bien nourri. Lorsqu’il est tout petit, on le voit effectivement s’activer sur les algues, mais sans grande efficacité. Et lorsqu’il grandit, il se détourne de cet « apéritif » pour s’intéresser à des nourritures plus conséquentes. Les comprimés de nourriture lyophilisée fabriqués spécialement pour les poissons de fond font l’affaire ; mais un pleco heureux est un pleco à qui l’on offre des feuilles de salade ou d’épinard blanchies (c’est à dire rapidement ébouillantées), des tranches de pomme de terre crue (Mister Plec a ses préférences : les pommes de terre à purée ou à gratin sont les meilleures), des petits pois... Et si on veut vraiment le combler, il suffit de lui proposer des rondelles de concombre ou de courgette, que l’on fera blanchir également afin de les faire couler au fond du bac. Le pleco se damnerait pour ces douceurs, et est prêt à toutes les acrobaties pour déguster ces mets de choix. Si sa nourriture, au lieu de reposer au fond du bac, flotte à la surface, il s’en moque : il nage sur le dos, si nécessaire, pour se régaler. Mais quand une bestiole de 30 cm fait le pitre pour casser la croûte, à grands renforts de coups de nageoires, les autres poissons sont un peu inquiets... et restent à bonne distance.

On le voit, il n’y a rien de compliqué à maintenir Mister Plec dans de bonnes conditions. Il n’a que deux exigences : de la place, et de la nourriture végétale. C’est tout [2].

La reproduction

Pendant longtemps, il a été impossible de reproduire les Loricariidés en aquarium. Avec la progression des techniques aquariophiles (et notamment l’accroissement de la taille des bacs), il est courant, aujourd’hui, d’observer des pontes. Mais, pour obtenir des alevins, il faut quand même être bien équipé... et posséder plusieurs sujets qui acceptent de cohabiter. Pterigophichthys pardalis ne présentant aucun dimorphisme sexuel, l’éleveur est donc contraint d’introduire dans un même bac plusieurs poissons, dans l’espoir d’avoir au bout du compte un mâle et une femelle. Puis il faut ôter les autres sujets, installer des tuyaux de PVC ou de bambou dans lesquels l’eau circule vivement... Bref, reproduire le pleco nécessite un équipement et des connaissances qui ne sont pas à la portée du premier venu. En tout cas, pas à la mienne. Mister Plec finira donc sa vie tout seul dans son bac, sans descendance. Comme la très grande majorité des représentants de son espèce vivant en captivité. Le mauvais côté de la chose, c’est qu’un grand nombre de ces animaux proviennent des rivières où ils sont pêchés afin d’être vendus. Quand on sait que, pour un poisson arrivant vivant dans l’aquarium du particulier, il y en a cent qui meurent lors de la pêche, du transport ou de l’acclimatation... C’est quand même un beau gâchis.

Le comportement

Pterygoplichthys pardalis est le « grand sage » de l’aquarium. Plus tranquille que lui, ça n’existe pas. Il vit sa vie, se baladant de pierre en pierre en ondulant avec la plus grande élégance, sans se préoccuper le moins du monde de ce qui se passe autour de lui. Les autres poissons peuvent s’écharper, mener des combats à mort, ou jouer les bulldozers pour aménager leur territoire, Mister Plec s’en fout. La seule chose qui le fait bouger, c’est une morsure sur le bout de sa queue, dernier argument qu’utilisent les autres occupants du bac pour qu’il cède la place. Le résultat, alors, ne se fait pas attendre : le pleco décolle comme une torpille dans un grand nuage de sable, ce qui fiche une peur bleue à tous les autres poissons de l’aquarium. Pendant un quart d’heure, tout le monde reste terré dans son coin.

S’il est à l’aise dans un aquarium spacieux, le pleco, bien que de mœurs plutôt nocturnes, fait souvent de petites incursions dans l’aquarium en plein jour ; il n’est pas rare qu’il sorte de sa cachette et vienne se prélasser à l’avant du bac, parfois posé en équilibre instable sur une pierre, une racine ou une plante qui ploie sous son poids. On peut voir alors ses yeux très mobiles, qui tournent indépendamment l’un de l’autre au sommet de la tête, suivant l’aquariophile qui s’émerveille de l’autre côté de la vitre.

Son plus grand plaisir, si ce n’est le but ultime de sa vie, est de faire enrager le photographe. Il reste allongé, parfaitement immobile, juste derrière la vitre, pour inciter son propriétaire à sortir son matériel photo afin d’immortaliser ce moment magique de flegme et de quiétude. Mister Plec garde la pose tant que l’aquariophile n’a pas fini de déployer son trépied, de charger son appareil avec une pellicule 1 400 Iso, d’installer une bonnette au bout de son téléobjectif, de disposer le flash à commande TTL en équilibre sur une étagère tirée dans l’urgence à proximité de l’aquarium, de fermer les volets pour faire le noir autour de l’aquarium. Et quand tout est prêt, quand le viseur indique que la mise au point est bonne, que l’exposition est correcte, que la photo peut être prise... le pleco, sans même bouger le bout d’une nageoire, recule en lévitant dans la caverne la plus proche. Vous pouvez essayer : ça se passe TOUJOURS comme ça. Pour photographier Mister Plec, il faut le prendre par surprise, préparer son matériel en cachette, et faire le cliché quand il a le dos tourné. Ce qui ne présente pas un très grand intérêt... C’est d’autant plus rageant que, d’ordinaire, la difficulté majeure de la photographie aquariophile réside dans le fait que les poissons sont toujours en train de bouger. Le pleco, lui, ne bouge pas. Il disparaît purement et simplement quand on s’apprête à appuyer sur le déclencheur.

Notes

[1] Mister Plec, pleco : pendant de longues années, les Loricariidés ont été décrits dans la presse spécialisée et vendus dans les magasins aquariophiles sous le nom « Plecostomus », souvent abrégé en « pleco ». Depuis quelques années, on trouve plus facilement d’autres espèces, jusqu’alors très rares, que l’on peut même reproduire sans trop de mal dans des aquariums aux dimensions adéquates. Depuis que les aquariophiles sont en mesure de maintenir un plus grand nombre d’espèces, dont certaines sont très faciles à confondre, il est devenu indispensable d’appeler chaque poisson par son vrai nom. Le problème, c’est que j’ai cru, pendant sept ans, que j’avais chez moi un Hypostomus plecostomus, d’autant plus que de nombreux aquariophiles avertis m’avaient confirmé que mon poisson appartenait bien à cette espèce. Alors « Mister Plec » est resté pour moi « Mister Plec » ! Je n’allais pas, tout de même, l’appeler soudain « Mister Pteri » ou, pire, « Mister Parda », après tout ce temps !

[2] C’est tout : Mon pleco est mort à l’âge de sept ans, peu après la mise en ligne de cette page. Il avait vécu pendant trois ans dans un aquarium de 120 litres, où il avait bloqué sa croissance ; je suis convaincue que ce poisson aurait largement pu atteindre, voire dépasser, l’âge de dix ans s’il avait pu passer toute sa vie dans un volume adapté.

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Image extraite de l'article "La maison du général - 22"