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Publié le mercredi 23 février 2000 dans la rubrique :

Musique

Crue d’automne

Poésie ancestrale et musique d’avant-garde

Choc culturel

J’ai toujours trouvé que la critique d’un concert de musique contemporaine était un exercice périlleux ; je ne m’y aventurais qu’avec prudence. Mais lorsque l’œuvre marie les cultures occidentale et orientale, allie le son et l’image à la littérature chinoise, c’est pratiquement mission impossible. Il a bien fallu pourtant que je ponde mon papier... Je crois que je n’ai jamais eu aussi peur de d’échouer que ce jour-là. Un coup de fil du chef d’orchestre m’a rassurée : il était ravi. Et moi, donc !

Une œuvre difficile, mais qui n’a pas rebuté le public venu en nombre au théâtre du Parc, le 14 décembre : avec "Crue d’automne", les spectateurs ont retrouvé l’Ensemble orchestral contemporain avec autant de plaisir que de perplexité.

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Xu Yi, l’une des artistes les plus influentes du moment, marie les cultures et les genres dans des spectacles musicaux dépaysants (photo © Julie Ganzin).

Un climat serein, une ambiance apaisante, une lenteur proprement orientale : le spectacle "Crue d’automne", grâce à la musique de Xu Yi, a plongé l’assistance dans une torpeur qui se lisait sur les visages à la sortie du concert. Le public sortait à pas lent, parlant à voix basse. En dépit de son extrême modernité, l’œuvre de la compositrice chinoise a su transmettre ce que la culture de son pays d’origine a de plus profond : cette aptitude à se couper du temps et à plonger dans la sérénité.

Le dispositif acoustique a largement contribué à “baigner”, littéralement, le public dans cette musique : placées tout autour des gradins, des enceintes diffusaient des sons, des phrases musicales ou des rythmes de percussions tournant autour des auditeurs. Sur la scène, six musiciens (deux instrumentistes chinoises et quatre interprètes de l’Ensemble orchestral contemporain), alliant les sonorités de leurs instruments, issus de la culture européenne pour les uns (violon, violoncelle, flûte et clarinette), et asiatique pour les autres (pipa et sitar). Des sonorités inattendues, parfois dérangeantes, toujours explicites.

La comédienne Karin Romer déclamait, ou plutôt chantait, d’une voix lente et monotone, les vers écrits par Jacques Guimet, inspirés le la philosophie taoïste. Le récit d’un étranger, poursuivi par une horde d’archers, qui trouve refuge auprès d’une jeune fille endormie dont il ressent les rêves... L’allégorie, peut-être, d’une civilisation, avec ses guerres, ses espoirs, ses fuites... et sa mort, la délivrant de ses peurs et de sa souffrance.

Un texte dont l’illustration musicale était renforcée, ou complétée, par la projections d’images filmées en Chine, parfois clairement lisibles (comme les superbes paysages des montagnes noyées dans la brume), parfois totalement abstraites, laissant deviner ce qu’elles évoquaient : des visages estompés, des champs de joncs striant l’écran de courbes flexueuses, une foule inaccessible dont on ne savait si elle était formée de plusieurs individus ou d’un seul visage dupliqué à l’infini... Ces images de Robert Cahen, en perpétuel mouvement, prises dans un flux lent et inexorable, se trouvaient projetées soit sur une vaste toile verticale, soit au fond d’une grande boîte, dont les faces-miroirs reflétaient les mouvements dans toutes les dimensions. Parfois, ces “visions” se trouvaient simultanément sur ces deux supports, perdant l’œil, mais produisant le même effet d’immersion que la musique tournant dans la salle.

Séduction... et mystère

Surprenant, envoûtant, ce spectacle musical a désorienté les spectateurs, autant qu’il les a séduits. Conformément aux vœux du metteur en scène, Daniel Kawka n’a pas fourni, contrairement à son habitude, les clés si utiles au néophyte pour saisir l’essence de l’œuvre qu’il dirigeait. Mais tous ceux qui ont su se laisser emporter dans ce voyage mi-onirique, mi-fantastique ont quitté le théâtre encore pleins de l’émotion, lentement portée aux confins de l’angoisse avant de s’éteindre dans la quiétude du silence, qui émanait de "Crue d’automne".

Pour les autres, est restée la frustration d’avoir raté leur entrée dans ce poème musical, et l’envie de le voir une seconde fois... l’envie d’une deuxième chance. Daniel Kawka s’est est d’ailleurs montré pleinement conscient : “Crue d’automne est une pièce courte, qui dure environ une heure. Il aurait donc été envisageable de la redonner, intégralement, après un long entracte. Les spectateurs auraient alors eu le loisir de la redécouvrir, comme on relit un roman ou comme on retourne voir un film... Mais l’interprétation, tant pour les musiciens que pour la récitante, est une véritable performance, un exercice difficile. Enchaîner une deuxième représentation, sans repos pour les artistes, serait trop périlleux...”

Espérons alors que "Crue d’automne" restera au répertoire de l’Ensemble orchestral contemporain, pour être donnée à nouveau, lors de la prochaine mousson... Mais peut-être que les plus impatients auront suivi l’orchestre à Valence, où il présentait cette création le vendredi suivant ?

Le talent venu de Chine

Née en 1963 à Nankin, Xu Yi a commencé ses études musicales à 9 ans, avec le violon chinois (er hu). Issue du collège du conservatoire de Shangai, elle entre, à 17 ans, dans la classe de composition du même conservatoire.

À 25 ans, la jeune musicienne arrive en France, où elle s’installe. Elle y obtient le diplôme supérieur de composition (à l’unanimité) de l’École normale de musique de Paris, en 1989. Elève du conservatoire de Paris, elle fréquente les classes de composition de Gérard Grisey et Ivo Malec.

Son passage à l’Ircam, loin d’effacer sa sensibilité chinoise, enrichit ses immenses compétences... Pensionnaire de la Villa Médicis, de 1996 à 1998, Xu Yi accède au rang des grands compositeurs, dont la renommée s’étend de la Chine aux USA. Prix du concours national du Grand prix du disque, prix du festival Printemps de Shangaï, la jeune compositrice cumule les distinctions et poursuit une carrière créatrice que rien ne semble pouvoir endiguer.

"Crue d’Automne" est le troisième volet d’une trilogie musicale inspirée des rêves du poète taoïste Tchouang Tseu (IIIe siècle avant J.-C.). Le précédent, "Le Plein du vide", créé en mars 1997 lors du festival Musiques en scène à Lyon, a fait l’objet d’un enregistrement avec l’Ensemble orchestral contemporain, 2e2m et les Percussions claviers de Lyon, produit par Radio-France, label MFA. Une superbe référence pour l’orchestre ligérien.

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Xu Yi
Post-scriptum

Visiter le site internet de l’Ensemble orchestral contemporain

Lire aussi : L’excellence à Andrézieux-Bouthéon

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Image extraite de l'article "Arthur a les pieds violets"