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Publié le samedi 12 décembre 2009 dans la rubrique :

Les coulisses du journalisme

Merci patron !

Le problème, quand on est tout seul à partager son opinion, c’est qu’on finit par se dire que ce sont les autres qui ont raison. Surtout quand, de toutes parts, jaillissent des discours culpabilisants à souhait : « De quoi tu t’plains, au moins t’as du boulot ! » Ou alors : « Ouais mais bon, c’est jamais marrant de bosser... » Ou mieux : « Tu charries, y’en a un paquet qui touchent pas 1 182,56 euros par mois. » Ce que j’ai préféré, quand même, c’est quand on m’a annoncé, sur un ton victorieux : « T’as vu, ça y est, le CNE est illégal ! » Ah oui, ça, j’étais super contente, en passe d’être licenciée après vingt-deux mois de période d’essai (faisant suite à six mois de CDD). Donc, quand je râlais, franchement, j’abusais, quoi.

Bon. Comme j’avais très mauvais caractère, je m’étais rapprochée des méchants syndicats, et j’avais même été désignée pour la présidence de l’antenne régionale de l’affreux groupuscule Solidaires médias. Et puis les choses se sont gâtées, j’ai eu d’autres soucis (on dira : de « vrais » problèmes), mes complices également, pas de bol, et la faction naissante de gauchistes fanatiques est tombée dans un long sommeil.

Depuis six mois que je me bagarre contre mon vrai problème, j’ai un peu oublié l’ambiance merveilleuse dans laquelle je baignais quand je travaillais. J’ai même fini par me convaincre qu’en effet, c’était pas si mal. Vu le nombre de gens qui perdent leur boulot, tout ça. Je suis devenue raisonnable : ma boîte, c’est pas France Telecom, ho.

Et puis l’actualité s’est rappelée à moi. Sous la forme d’un article paru dans la dernière édition du Journaliste, organe de propagande d’information du Syndicat national des journalistes. Cette publication a consacré une page à mon Grand Patron. Du coup, la mémoire m’est revenue, dites donc.

J’ai lu que je n’étais pas toute seule à partager mon opinion. J’en suis à me demander si, finalement, je n’avais pas un peu raison. Allez, va : je me le demande pas, mais il est vrai que, souvent, je me suis remise en question.

Très égoïstement, la lecture de ce papier m’a fait du bien : je ne suis pas la seule à en baver. Mon Grand Patron est vraiment un Très Méchant Patron. Il foule aux pieds tous les principes du Droit du travail, se bat l’œil des recommandations du médecin du travail, se tamponne allègrement des dispositions de la Convention collective.

« M’enfin ? », allez-vous objecter. « C’est partout pareil, tous les patrons sont des salauds pourris ! » Certes. C’est pas ça qui me console. Et surtout, tous les patrons ne sont pas à la tête d’un parti politique de gauche. Ouais, de gauche, comme le précise très justement le surtitre de l’article du SNJ : « Radical de gauche mais vrai patron de droite ».

Naturellement, j’ai mes petites préférences, mes passages fétiches, dans ce papier. Ceux où c’est moi la star. Alors, comme ça, non seulement j’avais un peu raison, mais ma petite personne devient un cas d’école ? Waow ! Ça, c’est la grande classe, non ? Ouais, c’est sûr.

Le passage sur le CNE (contrat nouvelle embauche), j’adore. Malgré mes vrais problèmes actuels, je pense que cette époque bénie restera la plus terrible de ma vie. La plus humiliante, qui a généré une amertume dont je pense qu’elle ne me quittera plus. Je l’avais évoquée dans ce jardin à plusieurs reprises, et notamment dans un chapitre de La Maison du général, auquel je refuse de changer la moindre virgule. Quelle saloperie, ce CNE !

La fin de l’article me met également en joie. Eh oui, j’ai eu le bonheur d’écrire des sujets d’information de propagande pour le PRG. Cette tâche m’incombait lorsque le journaliste chargé de cette corvée était en vacances. Et moi je n’avais même pas le statut de journaliste. Je ne l’ai toujours pas, d’ailleurs, ce qui explique que je suis payée comme un débutant qui sort tout juste de l’école. Parmi ces textes que j’ai pondus pour mon Très Grand Patron (que vous pouvez retrouver sur cette page), l’auteur de cet article décidément excellent n’a pas trouvé le plus beau : celui que j’ai été contrainte d’écrire pour appeler les foules à suivre mon Enfoiré de Patron dans sa lutte contre le CPE (contrat de première embauche)... alors que j’étais en CNE.

« Tu rabâches », vont dire les vieux Jardineux ; « on la connaît par cœur, ton histoire ». Moi aussi, et vous n’avez pas fini de la lire, parce que ça m’étonnerait que je la digère un jour.

Et pourtant, finalement, dans ce monde merveilleux de la presse, dans ce paradis que je m’entête à piétiner dès que l’occasion m’en est offerte, tout n’est pas complètement mauvais. D’une part, je sais bien que le Grand Patron ne sait même pas que j’existe, que c’est moi qui ai écrit ces conneries pour son compte avant qu’on veuille me virer. Il s’en fout, tu parles. Ce n’est pas lui, personnellement, qui m’a dit qu’on n’avait pas de boulot pour moi, après deux ans et demi d’esclavage. Lui, du haut de ses sphères divines, il ne fait que donner une impulsion, sans même pouvoir imaginer ce que c’est, gagner 1 182,56 euros par mois quand on a dix-sept ans de métier (et encore, maintenant, je suis payée à rien foutre, 500 euros et des brouettes). Il ne peut pas se rendre compte, lui qui se balade parmi les 500 plus grosses fortunes de France. Faut le comprendre, quoi. Il ne vit pas sur la même planète que moi.

Et il n’est pas tout seul. Sous ses ordres, il y a de vrais méchants. Des teigneux labellisés, des salopards de première. Et puis il y en a d’autres. Des bigs boss qui prennent de mes nouvelles, qui s’intéressent, qui m’écrivent ou me téléphonent. Il y en a qui ne me connaissent qu’à peine ; ils appartiennent à ma hiérarchie, et ils se sentent un peu concernés. Comme quoi, la pourriture ne peut pas atteindre toutes les branches.

N’empêche. Quand je retournerai travailler, puisque maintenant je commence doucettement à penser à l’avenir, je vais être beaucoup moins gentille qu’auparavant. Je râlais, je faisais chier mon monde. Quand je reviendrai, si je reviens, je vais carrément déclarer la guerre. Ça suffit, la patience, le dos rond, les compromis, les discussions amènes. Ça va barder. Ça suffit comme ça. Voilà.

Ah ! J’allais oublier : le Patron a annoncé qu’il allait attaquer le SNJ en justice pour « diffamation ». Allez, Patron, courage !

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