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Publié le lundi 28 juillet 2003 dans la rubrique :

Le p’tit journal du Cantal

Ma vie là

Une cigale en fer forgé sur le mur de façade juste à côté de la porte d’entrée, de belles tuiles romanes sur un toit presque plat, un patio, du crépi rose ou ocre et, pour faire bonne mesure, un âne en plastique sur la pelouse portant sur son dos deux magnifiques potées de géraniums. Pas de doute, vous êtes dans un lotissement du Midi. Ou ailleurs. N’importe où. Même dans le Cantal.

C’est indéniable : dans le Cantal, il n’y a pas grand monde. Des vieux et des paysans. Pourtant, des maisons se construisent. C’est un drôle de pays, ici. Les maisons typiques sont vides, fermées, verrouillées. Et les Cantaliens font construire. Non que les vieilles maisons soient inhabitables ; au contraire, elles sont rénovées, magnifiques. Mais elles sont réservées aux touristes. Pour les restaurer, les propriétaires bénéficient d’avantages considérables s’ils les destinent à une vocation touristique, et notamment s’ils adhèrent aux Gîtes de France. Donc, toute maison à peu près correcte devient un lieu de villégiature. Et pour se loger, c’est la croix et la bannière, si l’on n’est pas vacancier. Quant à acheter une maison dans le Cantal, je veux dire une vraie maison d’ici, un "cantou", le prix du mètre carré de ruines est exorbitant. Normal. Donc, les Cantaliens construisent.

Mais ce n’est pas du goût de tout le monde. Ces maisons neuves qui surgissent sur le flanc des vallées donnent de l’urticaire à quelques chatouilleux de la rétine qui trouvent ces bâtiments pour le moins choquants. Et quand on voit sortir de terre une nouvelle habitation, on les comprend.

Il faut dire qu’ici, la moindre bicoque authentique a des airs de château. Les vieilles maisons du Cantal sont splendides, avec leurs immenses toits couverts de lauzes, leurs "fenestrous", leurs deux (voire trois) étages... tous accessibles de plain-pied. Quant aux villages, serrés autour de leurs églises, c’est une pure merveille. Les maisons d’ici sont de toute beauté ; quiconque a vu le film "Harry, un ami qui vous veut du bien" peut en témoigner.

Et voilà que, parmi ces splendeurs architecturales, poussent des mas provençaux. Ceux qu’on voit sur les catalogues de tous les bâtisseurs. Stéréotypés, tous semblables, avec leurs volets bleu canard, leurs sempiternelles rocailles, leurs tuiles faussement flammées. Du toc. Parce que dans le Midi de la France, les mas, les vrais, sont autrement plus beaux. Les maisons qui se construisent ici sont aussi laides que celles qui sont bâties n’importe où en France. Mais ici, c’est pire. Le style provencal accroché au-dessus de la Cère, parmi les salers, c’est une hérésie.

Le plus étrange, c’est que l’agriculteur qui veut refaire le toit de sa vieille grange subit maintes contraintes de la part des Bâtiments de France : s’il ne peut, dans l’immédiat, remplacer les lauzes de sa toiture, il peut poser des tôles ondulées, sombres, pour une durée maximale de trois ans. Et quand on connaît le prix de la lauze, on se dit qu’il vaut mieux laisser la grange s’écrouler. Surtout si on s’est déjà ruiné pour restaurer la charpente, toujours monumentale. Mais juste à côté de sa grange, on peut construire une maison en kit de style provençal.

Ceci dit, si les ménages devaient contruire la maison de leurs rêves en respectant le style architectural de la région, ils seraient, pour beaucoup, condamnés à rester locataires très, très longtemps. Justement à cause de la toiture. Alors moi, dans mon coin, j’ai une idée. Une toute petite idée, mais qui pourrait être bonne. J’explique : puisque les propriétaires de vieilles maisons cantaliennes peuvent faire financer une très large part des réparations dans la mesure où ils destinent la bâtisse aux Gîtes, pourquoi le Département, ou les Bâtiments de France, ou n’importe qui d’autre n’accorderait pas le même type d’aide pour les résidences principales ? Quelque chose qui permettrait aux familles d’avoir un vrai cantou certifié pour le prix d’une cochonnerie estampillée "Ma vie là".

Les conséquences de telles aides ne pourraient être que positives : valorisation de l’habitat rural, conservation des métiers et du savoir-faire spécifiques pour ce genre de construction (tailleurs de lauzes, charpentiers), arrêt de l’invasion du pseudo-style méridional, tout ça sans rien ôter aux professionnels du bâtiment (au contraire, ce doit être bien plus valorisant de rendre sa beauté à une vieille maison que d’assembler des villas de série). Et on verrait vivre ces maisons, au lieu de ne voir leurs volets s’ouvrir que pendant les vacances.

Alors, elle est pas bonne, mon idée ? Bien sûr, il y aurait toujours des gens qui voudraient absolument posséder un autre style de maison. Il y a ceux qui sont férus d’architecture moderne, voire avant-gardiste, et grâce à eux les architectes peuvent exprimer toute l’étendue de leur talent. Il y a ceux qui veulent une maison "normale", quatre murs avec un toit, parce que pour eux l’important est ailleurs. Il n’est évidemment pas question d’empêcher les gens de choisir le style de leur maison, qui constitue le plus souvent l’aboutissement de toute une vie, l’accession à un rêve. Chacun se projette dans sa maison, et l’érige autour de lui comme une seconde peau. Mais il faudrait bannir les styles régionaux hors de leurs berceaux. Je suis désolée, mais j’adhère pleinement aux revendications des douillets du patrimoine : une maison provençale hors de la Provence, ça ressemble à un furoncle sur le sourire de Naomi Campbell.

Pour illustrer mon propos : si vous en avez l’occasion, allez donc faire un tour à la sortie d’Aurillac, en direction d’Ytrac. Vous ne serez pas déçu. Parmi les demeures typiques du pays, entre lesquelles, sur les parcelles libres, ces fameux "mas provençaux" ont poussé comme de la mauvaise herbe, se dresse une magnifique maison normande. Avec le toit en chaume et tout. Effet garanti !

En bref

AOC CANTAL : FABRIQUER UN GOÛT

Peu de consommateurs s’en doutent : le goût d’un fromage se fabrique. Surtout lorsqu’il s’agit d’un fromage AOC, comme le cantal. Un cahier des charges doit être respecté par tous les acteurs de la filière, de l’agriculteur qui produit le lait à l’affineur. Et justement, le cahier des charges de l’AOC cantal est en cours de révision. Le but : mieux valoriser le lait, offrir aux consommateurs un produit clairement identifié, de qualité constante, et permettre à chaque intervenant dans la fabrication de ce fromage de dégager une marge optimale. Dans les faits, ça se traduit par des réunions conflictuelles à souhait, par des portes qui se claquent, par des démissions parfois, par des colères et des renoncements. Il n’est vraiment pas simple de faire d’un produit authentique un produit de consommation.

TOPONYMIE POUR RIRE

Chaque région se caractérise, entre autres, par les noms de ses villes et villages, qui "sonnent" de façon caractéristique. Et quand vous entendez un nom qui se termine par "-ac", c’est sûr, vous êtres dans le Sud-Ouest. Qui commence ici, dans le Cantal. Et certains noms, bien que ne répondant pas forcément aux règles "sonores" locales, sont particulièrement évocateurs. Ainsi, dans la Châtaigneraie cantalienne, on trouve Labrousse. Un coin isolé, évidemment. Le village d’Arnac n’inspire absolument pas confiance. Alors que Loupiac, c’est mignon, ça fait sourire. On a une idée du climat qu’il peut faire à Fridefont. Mauriac porte le nom d’un écrivain, à moins que ce soit l’inverse. Mais j’aimerais bien comprendre pourquoi j’ai l’impression que le village de Malbo a un nom de chien. De berger allemand. Je n’ai jamais eu de chien qui s’appelle Malbo.

P’TIT JOURNAL... INTERMITTENT

Pour cause de visite des châteaux de la Loire, et peut-être du musée du Louvre si j’ai le temps, j’abandonne temporairement la publication quotidienne du P’Tit journal. Reprise du travail jeudi soir, ou vendredi, ou samedi... Tout dépend de ce que je trouverai sur ma route. J’espère juste que les événements importants attendront mon retour pour survenir. Ce serait quand même dommage que je rate un scoop !

L’image de la semaine

Situation critique

Un pré où paissent des génisses montbéliardes, près de Montsalvy. Altitude : 700 mètres. Le 20 juillet, les vaches n’ont plus que le foin que leur donnent les éleveurs pour se nourrir. Un fourrage qui manque déjà. Les syndicats agricoles du département ont commandé pas moins de 35 000 tonnes de paille, de foin et de luzerne en France et à l’étranger pour tenter de reconstituer les stocks pour l’hiver. (Photo Dominique Bardel)

Le lien de la semaine

Un peu d’histoire-géo, ça ne peut pas faire de mal. Je suis gentille, je me contente de l’histoire contemporaine. Le Cantal a vu naître des célébrités, comme le pape Gerbert (premier pape français, quand même), Eddy Barclay ou Sheyla. Et à Montboudif, il a vu grandir le petit Georges Pompidou, fils d’instituteurs, qui deviendra le deuxième président de la Ve République. Pour tout savoir sur ce tout petit village du nord du Cantal et sur son illustre enfant, voici un lien qui vante les charmes du pays.

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Image extraite de l'article "Souvenirs de vacances"