Le jardin de DB

Vous êtes ici : Accueil du site > > Musique > Ma Sœur Anne

Menu de navigation

Masquer la bannière
Afficher la bannière
 
 

Aux utilisateurs d'Internet Explorer 6,
Votre navigateur ne vous permet pas de bénéficier pleinement des fonctionnalités proposées par ce site. Si vous en avez la possibilité, je vous invite à télécharger gratuitement la dernière version d'Internet Explorer, ou mieux, Mozilla Firefox.

Publié le dimanche 13 avril 2008 dans la rubrique :

Musique

Pierre Brunet

Ma Sœur Anne

Je réalise bien que mon enthousiasme pour les chansons de Pierre Brunet est difficile à partager : son disque a pour moi le parfum de l’enfance, d’autant plus délicieux qu’il m’était interdit de le humer. Je ne vous cache pas cependant que je suis un peu déçue que les trois premières chansons ne vous aient pas plu autant qu’à moi ; je les trouvais pourtant joliment écrites.

J’espère quand même que la quatrième —et dernière— vous séduira davantage. Déjà, lorsque j’étais enfant, c’était ma préférée. Elle est pourtant cruelle ; je le savais bien, et ce n’était d’ailleurs pas pour me déplaire. Mais si je l’aimais tant, c’est surtout parce que, déjà, j’avais « des références ». Dans ma toute jeune culture se trouvait en bonne place le conte de Charles Perrault, La Barbe bleue.

Vous vous en souvenez, n’est-ce pas ? L’histoire de deux sœurs fort jolies, dont la cadette épousa le terrifiant Barbe Bleue, dont on savait pourtant que les précédentes épouses avaient mystérieusement disparu. Elle découvrit les cadavres des autres femmes de l’horrible personnage, qui l’autorisa à se retirer quelques instants pour prier avant qu’il ne la tue à son tour. La malheureuse demanda alors à sa sœur Anne de guetter l’arrivée de leurs frères, espérant qu’ils la sauveraient. Elle lui demandait sans cesse : « Anne, ma sœur Anne, ne vois-tu rien venir ? » ; et la sœur répondait invariablement : « Je ne vois rien que le soleil qui poudroie, et l’herbe qui verdoie. » Évidemment, les frères arrivent à temps, tout finit bien et Pierre Brunet peut faire sa chanson.

Alors vous pensez bien, même si je ne comprenais pas absolument tout, j’étais très fière d’avoir saisi... « la référence ». J’étais complice avec le chanteur, on avait lu les mêmes livres. Ça me posait là, quand même. Et je me réjouissais d’entendre Brunet malmener la réplique de la sœur Anne : la mère qui pleuroit dans sa soupe qui épaississoit, c’est je crois, le plus joli morceau de poésie dont je me souvienne.

À votre tour, maintenant, de découvrir le texte de cette chanson, et d’en écouter un extrait. Avouez, même si c’est un peu vieillot, même si ce disque n’est évidemment pas un chef-d’œuvre, il a son petit charme, non ?

Ma Sœur Anne

Mon père courait le jupon,
C’était la lubricité même ;
Il rentrait bien à la maison,
Mais ça n’était jamais la même.
Malgré nos efforts consciencieux,
Il ne perdit jamais ce tic,
Et nous nous estimions heureux
Quand la maison n’était pas publique.

Je me souviens encore parfois
De ces attentes interminables,
Avec le rôti qui brûloit,
Avec ma mère qui pleuroit
Dans sa soupe qui épaississoit...

Mangeons, ça le fera v’nir,
Disait ma sœur Anne, ma sœur Anne,
Mangeons, ça le fera v’nir,
Et puis mangeons tout, ça lui apprendra.

Malgré sa lourde hérédité,
Ma sœur Anne était pudibonde.
Elle vendait des objets d’piété ;
Comme elle était plutôt gironde,
Des clients lui d’mandaient parfois
De v’nir livrer à domicile
Avec une atroce mauvaise foi,
Et sous des prétextes futiles.

Mais elle refusait chaque fois
Leurs propositions déshonnêtes,
Car à l’heure des saints japenois,
Le saint Sulpice elle préféroit ;
Alors avec un air narquois...

Vous, je vous vois venir,
Disait ma sœur Anne, ma sœur Anne,
Vous, je vous vois venir,
Moi je n’viendrai pas, ça vous apprendra.

Un jour, à bout de désespoir,
Un individu, un sauvage,
Qui la guettait sur le trottoir,
Voulut déchirer son corsage.
Elle prit peur, elle qui était
Soigneuse comme on n’en voit guère,
À l’idée que son agresseur
Allait lui gâcher ses affaires.

Elle s’élança sur la chaussée,
Comme dans l’eau le fait la biche,
Sans voir le feu qui verdoyoit,
Et les voitures qui démarroient,
Et l’autobus qui arrivoit...

Elle ne l’a pas vu v’nir,
Ainsi mourut Anne, ma sœur Anne,
Elle ne l’a pas vu v’nir,
L’est morte pucelle, ça lui apprendra.

Recommander : 
 

À vous d'écrire

 

Dans la même rubrique

Au hasard

Des articles...
Une photo...

Cliquez sur cette image pour accéder à l'article dans lequel elle est publiée.

Image extraite de l'article "Le comiss est l'avenir de l'homme"