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2 commentaires

Publié le jeudi 30 octobre 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Les petits voyages de Marie-Honorine

— Et toi, tu vas où, Marie-Honorine, en vacances ?

Elle ne va nulle part en vacances, Marie-Honorine. Elle reste chez elle. Elle ne va pas à la mer, ni à la montagne, elle ne va même pas à la Cité de l’Espace, ni à Walibi, non, elle gare sa voiture devant le mur du cimetière, elle traverse la place, elle passe sous sa glycine et s’assied, chez elle, loin de la mer de la montagne des vacances.

— Ouais, c’est vrai, Marie-Honorine, avec ce que ça coûte de partir, c’est pas évident, on est obligé de faire gaffe.

Et Marie-Honorine, qui a perdu les clés de sa voiture, s’installe à la terrasse du petit café, sous les platanes, et elle regarde passer les touristes. Ils descendent de leurs monospaces, font quelques pas en jetant les pieds devant eux pour dénouer leurs genoux, leurs hanches, leurs dos ankylosés par les heures de trajet. Ils ont soif et ils sont fatigués, ils doivent faire vite, il faut arriver à l’heure à l’hôtel, ils déroulent des cartes sur les tables du bistrot, ils regardent des dépliants, ils regardent leur montre, ils se consultent et demandent quelque chose de bien frais, et s’ils peuvent aller faire pipi.

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À Clermont-Ferrand

Marie-Honorine ne part pas en vacances et elle regarde les vacanciers qui viennent chez elle, de si loin, ça a l’air d’être tellement difficile de venir jusqu’ici. Elle rigole un peu, elle tourne son éternel café sous son platane.

— Excusez-nous, Madame Marie-Honorine, vous savez ce qu’il y a à voir par ici ?

Il y a la maison du plus bizarre général de France juste derrière vous, avec un bananier extra-terrestre. Un peu plus loin, il y a la Garonne.

— Ah oui on a vu, c’est là où il y a ce pont pourri ?

C’est là.

Sinon de l’autre côté il y a le canal, et en suivant les berges on longe les vergers, si on ne fait pas de bruit on peut voir les ragondins dans le lac. Ici, tous les trous d’eau s’appellent des lacs. Il y a à voir des libellules, les tourterelles et les écureuils, mais pour les écureuils il vaut mieux venir le matin.

— Et autour, qu’est-ce qu’il y a ?

Il y a des champs de tournesols, il y a un lièvre qui s’enfuit juste sous vos pieds dans le chemin qui traverse les champs de maïs. Il y a le temps qui passe tranquillement, des volets entrouverts, des hirondelles de fenêtre qui surveillent les passants, des chats qui dorment au soleil, des odeurs de cuisine qui s’échappent d’une fenêtre. Il y a tout le village dans lequel vous avez fait une halte pour faire pipi et sur lequel vous n’avez même pas jeté un regard. Il y a toutes les histoires extraordinaires qui s’y sont déroulées, et celles encore que vous pourriez imaginer.

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À Castres

— Mais, Marie-Honorine, il n’y a rien pour les enfants ? Pour les familles ? Pas de site touristique ? On a vu sur Internet qu’il y avait le parc Astérix, le Bambou parc, le Splach Nautic parc, le parc Ataime. Et puis on a aussi des dépliants avec le circuit des vins, le parcours des fromages, l’itinéraire des moulins, la route des pigeonniers typiques, la ronde des bastides. Et on nous a conseillé les villages à deux fleurs, les hameaux à trois épis, les communes à cinq étoiles, les bourgs à sept collines. Mais on préfèrerait peut-être voir le site naturel intercantonal, ou la zone du petit patrimoine infrarural, ou pourquoi pas l’espace préservé subcommunal. Vous comprenez, Marie-Honorine, on est en vacances, on a beaucoup roulé, on veut un peu de liberté, prendre notre temps, oublier les horaires, on a besoin de fantaisie, Marie-Honorine, dites-nous où se trouve le secteur Natura 2000, le bassin Évasion Iso 9200, la zone Ailleurs 3000.

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À Caraman

Elle ne sait pas tout ça, Marie-Honorine, elle ne part pas en vacances. Elle a exploré tous les recoins entre la place du Peuple et Chavanelle, entre l’école et l’appartement des parents, apprenant par cœur chaque pierre de chaque maison, chaque statuette enchâssée entre les fenêtres au-dessus des rues. Elle a découvert des passages secrets, des cours et des jardins, des portes de chêne et des murs d’usine pris d’assaut par le lierre. Elle a arpenté les chemins que la pluie transformait en torrents, entre l’immeuble du bureau et la maison familiale, sur les flancs d’une montagne où l’on trouvait les cèpes à l’odeur. Elle a observé, sur le trajet quotidien qui la conduit au travail dans la grande plaine du Sud-Ouest, l’éclosion des fleurs sur les cerisiers, le rougeoiement des vignes à l’automne, l’or du soja et la douceur de la brume d’hiver sur les sols labourés.

Elle a vu les touristes s’extraire de leurs voitures, un œil sur la carte, l’autre derrière le viseur du camescope, survoler tous ces lieux où vivent des gens qui ne savent pas où ils vivent, et qui s’enfuient chaque année pour voir ailleurs, pour découvrir, pour s’évader, pour visiter, pour savoir que plus loin, partout, leur périple les mène là où d’autres veulent partir.

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Dans le Cant... la montagne maudite

Et Marie-Honorine boit son café, elle est rue de la République ou place de l’Église, elle se promène cours Victor-Hugo ou chemin du Pouget, elle observe un pont rouillé ou une gare désaffectée, elle s’aventure dans une traboule ou sur les berges du fleuve, et elle parle aux gens, elle demande aux pêcheurs ce qu’ils ont pêché, aux lecteurs ce qu’ils ont lu, aux vendeurs ce qu’ils ont vendu, aux chasseurs ce qu’ils ont chassé, aux buveurs ce qu’ils ont bu, aux rêveurs ce qu’ils ont rêvé, aux viveurs ce qu’ils ont vécu. Elle se promène, Marie-Honorine, elle apprend la vie de ceux qui sont là et elle rentre à pied, elle habite toujours à deux pas d’ici. Elle ne part pas en vacances, Marie-Honorine.

— Mais alors, Marie-Honorine, si tu ne pars jamais en vacances, tu ne vois jamais RIEN ?

Post-scriptum

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Vos réactions

 
Les petits voyages de Marie-Honorine
30 octobre 2008 20:34, par Umanimo

;-)

UMA

Les petits voyages de Marie-Honorine
31 octobre 2008 00:58, par christina

au lieu d’aller me coucher je l’ai attendu et je ne regrette pas. Merci ! et bonne nuit

christina

[réessayé aujourd’hui avec IE7, ça marche (avis aux navigants FF2 si ça ne passe pas)]

 

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