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Publié le mercredi 17 novembre 1999 dans la rubrique :

Mon press-book

Comédie de Saint-Étienne

Les Traces du siècle

Théâtre : une rencontre pour un millénaire

Lorsque j’étais au Progrès, j’ai assisté à une seule représentation à la Comédie de Saint-Étienne, centre dramatique national. Je n’avais pas aimé la pièce, c’était un spectacle que les gens dans le coup qualifiaient de "décalé". Je n’étais pas dans le coup, et une pigiste concurrente décréta que je n’aimais pas le théâtre, s’appropriant la rubrique pour le quotidien local. Le monde des petites mains dans la presse quotidienne régionale est cruel. J’ai dû attendre d’avoir mon propre journal, à l’aube de l’an 2000, pour avoir le droit d’entrer à nouveau dans ce théâtre - du moins dans un cadre professionnel.

“Je ne parlerai pas de l’An 2000...” : Daniel Benoin, directeur de la Comédie de Saint-Étienne, tient sa promesse. “Le nombre 2 000 me fait penser à une marque de lessive, à un slogan publicitaire. Je ne l’aime pas. 1999, 2001 : ça, au moins, ce sont des dates”. Soit. Alors, pour célébrer sans en avoir l’air le passage du millénaire, Daniel Benoin a construit une saison sur deux ans, avec un cadeau au public : Traces, l’histoire du siècle, où la scène du théâtre René-Lesage prend un an par jour. Ça ne nous rajeunit pas, tout ça...

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Dans le hall de la Comédie, les étudiants de l’école des Beaux-Arts exposent leurs travaux sur le thème de “Traces” (photo Pascal Yanou).

Aujourd’hui, Traces en est à mi-parcours. Mine de rien, le théâtre en sous-sol de la Comédie, vraiment petit, vraiment laid, est devenu le rendez-vous des adeptes de soirées pas compliquées... Rebaptisé “Théâtre du XXe siècle”, ce petit orgueilleux persiste à rester le “René-Lesage”, lieu où les spectateurs rencontrent des artistes qu’ils ne verraient pas à la Comédie. Dans ses murs noirs, le petit terrible accueille chaque soir sa cinquantaine de fidèles. Ce qui laisse penser que, dès le 1er janvier, le public va s’ennuyer ferme, et regretter le siècle passé.

Rencontres... passagères ?

La clé de cette réussite ? La surprise, toujours au rendez-vous ; l’entrée gratuite pour des spectacles parfois excellents, toujours distrayants ; le vin et le fromage qui clôturent chaque soirée et qui prolongent, tard, les rencontres entre public et intervenants. Ceux-ci ne sont pas forcément des artistes ; on trouve sur la scène des personnalités politiques, des journalistes, des chefs d’entreprises... Quant aux artistes, ils sont issus de tous les horizons : théâtre, bien sûr, mais aussi musique, arts plastiques ou danse. Chacun, chaque soir, évoque une année du siècle, comme il l’entend. Et c’est l’Histoire qui se refait, bonne fille, au gré des inspirations et des discours.

“Nous avons voulu donner la parole à tous ceux qui le souhaitaient ; après tout, le théâtre, c’est un lieu de rencontre et d’échanges”, affirme le directeur de la Comédie. Prendre la parole, la donner parfois, mais l’aventure ne va pas plus loin. C’est juste un cadeau, comme ça, une porte ouverte sur ce que l’artiste voudra (ou pourra) faire ensuite. Traces, ce n’est pas un tremplin pour les jeunes artistes, ce n’est pas une date à inscrire dans un parcours de carrière... Une soirée bénévole, qui ne coûte rien au public et ne rapporte rien à l’artiste. “Mais chaque soirée représente un coût de fonctionnement pour la Comédie”, précise Daniel Benoin. Et un réel crédit d’image auprès du public. Reste à savoir si cette expérience ouvrira de nouvelles perspectives, encouragera de nouvelles initiatives. “J’ai toujours voulu encourager l’ouverture de la Comédie aux artistes locaux,” affirme Daniel Benoin ; “j’ai envie d’accueillir des créateurs issus d’autres disciplines, comme les arts plastiques”. À suivre...

Crave ou l’éloge de la douleur

À l’affiche : Crave ou l’éloge de la douleur

Du 19 novembre au 2 décembre, le nouveau théâtre anglais investit la Comédie, avec la dernière pièce de Sarah Kane, jeune auteur qui aura bouleversé la création théâtrale en seulement quatre créations. C’est Daniel Benoin qui assure la mise en scène de la première représentation, en France, d’une œuvre de l’auteur britannique.

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Sarah Kane (photo DR).

“J’ai vu Crave à Maastricht, et Sarah Kane était sur scène. J’ai été très impressionné par cette pièce, dont j’ai acheté les droits pour la créer en France. Peu de temps après, Sarah Kane s’est suicidée, elle avait 28 ans. Et sa dernière œuvre sera la première que connaîtra le public français”. Daniel Benoin évoque l’intérêt soudain qui se manifesta à l’égard de la dramaturge après sa disparition. Lui, l’aura “découverte” avant les autres. Mais la jeune artiste jouissait déjà d’une solide réputation, tant en Grande-Bretagne qu’en Europe. “Elle a laissé une trace très forte dans le théâtre européen, à la tête d’un mouvement de création déjà très innovant en Angleterre”, précise-t-il.

Autant le dire, Crave ne s’adresse pas au grand public. Ce n’est pas une pièce “facile”, mais l’expression d’une blessure, particulièrement douloureuse, fatale. “Il n’y a pas de narration, pas d’action. “Crave”, c’est un travail sur le rythme, la musicalité, la forme, le langage. On retrouve le minimalisme des dernières œuvres de Beckett, pour évoquer les thèmes les plus vastes qui soient : l’amour, la mort, le manque (“crave”, en anglais...)”. Pour traduire l’angoisse de Sarah Kane, Daniel Benoin a choisi de placer, côte à côte et face au public, quatre comédiens assis sur des chaises. Ils parlent sans se répondre, sans s’écouter. Ils ne se regardent jamais, racontant chacun son histoire et ignorant que tous racontent la même.

“C’est l’œuvre d’une artiste écorchée... Je crois qu’il faut être blessé pour être un bon artiste. La beauté est issue de la douleur.” Daniel Benoin ne croit pas à la création sereine, à l’artisanat théâtral où une pièce se fabriquerait, tranquillement, avec du savoir-faire et des lumières. Il lui faut de l’émotion, une déchirure. “Mais on n’a pas forcément la même déchirure dans sa vie et dans son œuvre ! La schizophrénie est le trouble salvateur qui permet à l’artiste de garder son équilibre. Moi aussi, je suis double...”

On veut bien le croire. Sarah Kane, elle, n’a pas résisté à sa propre blessure. Et le public de la Comédie ne sortira pas indemne de la création de Crave.

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Image extraite de l'article "Aujourd'hui, je plonge"