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Publié le dimanche 20 juillet 2003 dans la rubrique :

Le p’tit journal du Cantal

Le train ne sifflera plus

Qu’est-ce qui fait l’attrait d’une région, d’un pays ? Ses paysages, sa gastronomie, son faible taux de délinquance, son absence de pollution... Présenté comme ça, le Cantal devrait être la dernière destination à la mode. Mais quand on regarde de plus près, on comprend pourquoi personne ne veut venir, et pourquoi une bonne part de ceux qui y sont veulent partir. C’est un véritable désert. Un pays qui meurt. Et non, ce n’est pas de la faute des habitants. Ni de la météo. Démonstration.

Savez-vous combien il passe de trains par jour sur la principale ligne SNCF du Cantal, les jours de grande affluence ? Allez, dites un chiffre. Pour voir. Non, vraiment, vous ne savez pas ? Alors je vais vous le dire : 14. En comptant transport de voyageurs et fret de marchandises. Et quand je dis par jour, c’est par intervalle de 24 heures, n’allez pas croire que c’est entre le lever et le coucher du soleil.

Il doit y en avoir, s’ils ont le privilège d’habiter à côté de la ligne du TGV Méditerranée, qui doivent se dire que je vis dans un pays de rêve. Et c’est vrai que, malgré le fait que la voie de chemin de fer passe à seulement quelques centaines de mètres au-dessous de chez moi, on a une paix royale. C’est pas le bruit des trains qui me gênent. D’ailleurs, je ne les entend pratiquement jamais. Et la bonne nouvelle, c’est que je ne les entendrai bientôt plus la nuit. Parce que normalement, dès le 1er septembre, il n’y aura plus de train de nuit.

Bon, pour les gens qui ne vivent pas dans les profondeurs de la France profonde, c’est un peu dur à imaginer. Donc j’explique en vitesse : Aurillac est réputée pour être la préfecture la plus enclavée de France. C’est à dire que la ville la plus proche, Clermont-Ferrand, se trouve à deux heures de route. Sans traîner, hein, il ne s’agit pas de suivre une bétaillère. Toulouse : 3 h 30, et la quasi-garantie d’être malade en chemin tellement la route est mauvaise. Il y a un avion qui rallie Paris en pas trop longtemps. Quand il décolle. Le gros problème avec cet avion, hormis qu’il attend que je monte dedans pour s’écraser, c’est que si on le prend à Paris, on n’est pas sûr du tout d’arriver à Aurillac. En effet, il n’est pas rare qu’il se pose à Clermont, sans prévenir, et que les voyageurs arrivent dans le Cantal en bus. Il n’est pas rare non plus qu’il reste tout simplement au sol, sous le prétexte qu’il n’embarque pas assez de passagers.

Donc, pour aller à Paris, pour être sûr d’y arriver et d’en revenir, il ne reste que deux solutions : la voiture et le train. En voiture, je pense qu’il faut environ 6 heures. C’est faisable, mais si on monte à la capitale pour travailler et si on doit rentrer le jour-même, c’est malgré tout assez difficile. Imaginez que vous me convoquez pour un entretien d’embauche : j’arriverai devant vous avec plus de 6 heures dans les pattes (si je ne me suis pas perdue sur le périf’ et dans les avenues de la plus belle ville du monde), des cernes énormes sous les yeux, je vais réprimer d’intenses bâillements, j’aurai les mains moites, l’œil hagard et le teint blafard. Alors vous n’allez pas m’embaucher, vu que vous cherchez quelqu’un de dynamique. Normal.

Reste le train. Le plus rapide, c’est le train de nuit. Direct Aurillac - gare du Nord, en seulement 10 heures de trajet, avec 7 486 arrêts dans diverses gares. Il n’empêche que c’est quand même le plus rapide. Je prends un exemple concret : le Salon de l’agriculture. Si je veux faire ma journée de travail le mardi, être au salon le mercredi et me retrouver à mon poste le jeudi pour écrire mon papier et monter le journal, je n’ai qu’une seule solution : le train de nuit. S’il n’existait pas, ce train, je devrais partir le mardi après-midi, passer une nuit à l’hôtel, faire le salon le mercredi, passer une autre nuit à l’hôtel, prendre le train du retour le jeudi et reprendre le boulot le vendredi. J’ai comme dans l’idée que mon chef apprécie moyennement ce planning.

Donc c’est bien simple, puisque la SNCF a décidé que la ligne n’était pas assez rentable, on n’aura plus jamais personne pour aller au Salon de l’agriculture. Mais comme on est un journal agricole dans un département agricole, ça fait désordre. Tant pis. Et pour me rendre à votre entretien d’embauche, je poserai trois jours de congés. Je sens que ça ne va pas être simple.

Mais tout espoir n’est pas perdu : la mobilisation est forte pour défendre le maintien de ce train pas rentable certes, mais indispensable. Syndicats de cheminots, usagers, élus locaux, parlementaires, tout le monde se bouge et tente d’expliquer à la direction de la SNCF qu’on ne peut pas, comme ça, couper tout un département du monde. Déjà qu’il est bien étanche, le Cantal, il ne manquerait plus que son hermétisme ne soit plus du seul fait de ses habitants. Cette mobilisation pourrait porter ses fruits, au moins pour quelques années : le train de nuit Rodez-Paris, qui devait également être supprimé, est finalement maintenu, grâce à la pression exercée sur la SNCF.

Avec la fermeture programmée des bureaux de Poste et la disparition des écoles maternelles et primaires, le service public poursuit son retrait, abandonnant tout une région dont il ne faut pas s’étonner qu’elle se désertifie. Vous iriez habiter, vous, dans un trou où il n’y a ni Poste, ni école, ni commerce, ni train, ni rien à part des vaches ?

En bref

ET JE PROMÈNE MES CHIENS QUAND, MOI ?

Roselyne Bachelot vient d’abroger les jours de non-chasse. Merci Roselyne. Les chasseurs vont donc arpenter ma vallée tous les jours de la semaine, et moi, pour me balader, j’attendrai. Et je conseillerai à mon fils de rester devant la télé au lieu de prendre l’air. Une fois, une seule fois, j’ai eu le malheur de croiser des chasseurs alors que je promenais mon chien. Tenu en laisse. Au milieu des épagneuls et des beagles libres, évidemment, puisqu’ils travaillaient, EUX. Je n’espère qu’une seule chose : que cela ne m’arrivera plus jamais. Comment, une journaliste ne devrait pas être aussi sectaire ? Eh bien tant pis, et que les choses soient claires : je hais l’extrême droite et les chasseurs, même si ça n’a rien à voir.

FAITES UNE PAUSE

Si vous "descendez" à Montpellier en passant par l’Auvergne, faites donc une pause sur la toute nouvelle aire autoroutière de Garabit. Et admirez le célèbre viaduc sous un tout nouvel angle. Par contre, n’espérez pas vous restaurer dans une cafétéria qui n’existe pas, et gardez-vous d’entrer dans le bâtiment d’accueil, tout en verre, et sans clim’ ! Si vraiment vous devez faire pipi, allez vous cacher dans les fourrés, ou poursuivez jusqu’à l’aire de la Lozère, où on peut manger, boire, et plus si besoin.

BISON FUTÉ M’ÉNERVE !

C’est vrai, quoi : il annonce rouge dans le sens des départs, orange dans le sens des retours. Ben moi je regrette, mais au départ de Polminhac c’est vert et au retour aussi. Alors du fond du pays de la salers, j’informe le ruminant que toutes les routes ne mènent pas qu’à Paris. Il y en a même une qui va à Aurillac. Une seule, d’accord, et pas bien large, mais quand même.

L’image de la semaine

Encore plus vert

Les vaches vont bientôt pouvoir dormir tranquilles : dès le mois de septembre, le train de nuit sera supprimé par la SNCF. Le Cantal sera encore plus vert, encore plus sauvage, encore plus isolé. (Photo Dominique Bardel)

Le lien de la semaine

Vous êtes gâtés : pour inaugurer le P’tit Journal estival du Cantal, je vous offre pas un, mais deux liens. Oui, vous avez bien lu.
Deux liens autour du même thème : l’identité du département. Ce n’est pas la gastronomie, ce n’est pas le tourisme, ce n’est pas la langue occitane. Non, ce qui caractérise le plus sûrement ce beau pays, c’est... la météo.
Je vous propose donc de découvrir deux véritables institutions, deux monuments qui font partie de l’histoire locale, au même titre que le pape Gerbert (qui ignore que le premier pape français, qui a eu pour lourde tâche de gérer la panique lors du passage à l’an mil, était cantalien ? Ne regardez pas en l’air, ceux du fond, je vous ai vus !). Je vous invite à visiter les sites de deux immenses fabricants de parapluie. L’immémorial Piganiol (en occitan, "piganiol" veut dire "querelleur", c’est mon chef qui me l’a dit, et il sait de quoi il parle, puisqu’il s’appelle...), et le très prestigieux Dalbin, qui commercialise le célébrissime parapluie "L’Aurillac".
Bonne visite !


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Image extraite de l'article "L'idole des jeunes"