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Publié le samedi 24 août 2002 dans la rubrique :

Mon press-book

Festival international des arts de la rue

Le paradoxe d’Aurillac

Festival d’Aurillac : la rue devient folle

En août, L’Union ne paraît qu’une fois par semaine. Le festival de théâtre de rue s’achève le jour de la parution, et il faut donner au lecteur le détail du programme de cette dernière journée. Il ne reste plus beaucoup de place pour évoquer la fête, juste de quoi caser quelques photos, et tenter de restituer l’atmosphère par un court papier d’ambiance.

Jusqu’à ce soir, Aurillac la sage perd la tête. Au plus secret de ses ruelles, au plus profond de ses quartiers, la ville tremble sous la semelle de milliers d’êtres étranges, réunis là pour succomber au même charme : les festivaliers se pressent pour profiter, une fois encore, du festival des arts de la rue. Et ça fait 17 ans que ça dure...

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Au coin d’une rue, avec trois fois rien, certains artistes "off" sont capables d’impressionner le public, tout autant que les vedettes du festival "on" : Diabolux, ci-dessus, en est l’illustration (photo Dominique Bardel).

Cela relève du mystère : voici une ville où règne la plus grande quiétude, capitale d’un pays où l’on cultive à l’envi le goût de la tradition. Ici, le maître mot est "terroir". Une cité sans histoires, ancrée au pied de son volcan éteint, que rien ne semble pouvoir ébranler.

Et soudain la dormeuse s’ébroue. Aurillac s’enflamme, et de partout affluent des gens bronzés, insolents, rieurs, chaussés de rien et portant leur vie sanglée sur le dos, se mêlant aux familles amusées, aux touristes effarés et aux habitants fatigués : ceux-là ne dorment plus... Le festival fait irruption et tout explose. Partout, les rues, les places, les cours, les impasses tombent sous l’assaut d’une armée folle de festivaliers, déferlant jusqu’à ce qu’un jongleur, un comédien, un danseur l’arrête dans son élan. C’est le paradoxe aurillacois : les arts de la rue, ceux que l’on ne sait où classer, qui trouvent leur force en renversant toute velléité d’apprivoisement, ceux qui ne veulent que le ciel pour plafond, ont choisi la plus assoupie des bourgades, la plus conventionnelle, pour y semer la tempête. Et la farouche en redemande, ouvrant chaque année son giron frileux à cette cohorte tapageuse. Une grande respiration, un vaste souffle qui va s’éteindre ce soir. Demain, enfin, l’Aurillacois pourra dormir, les oreilles encore bourdonnantes.

Et à son réveil, sa ville aura effacé toute trace de ce séisme, sans pourtant oublier vraiment sa fièvre. La douceur de vivre remontera lentement le long des rues, et tout sera fini. Alors pour s’étourdir à contempler les danses célestes des anges de Circo da Madrugada, pour suivre la transhumance du chien Nag et de ses araignées, pour se laisser déborder par l’irrésistible débandande musicale des Mélomaniaques, pour se voir encadrer par un trio de gardes du corps patibulaires, pour tenter (en vain) de percer le mystère de cette balle qui vit sur le bras du jongleur, pour se mirer avec Narcisse dans l’eau du lac de Crandelles, pour apprendre à apprivoiser les abeilles ou pour s’épuiser à fuir les mutants sur échasses qui palpent la gent humaine comme on tâte un melon, il ne reste plus que quelques heures. Un dernier sursis avant que la pluie fraîche, gardienne secrète et vigilante de la paix aurillacoise, ne disperse les dernières notes de musique, n’éclabousse les derniers pas de danse, n’efface les derniers mirages.

Émotion

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Photo © Théâtre du Centaure.

C’est déjà trop tard pour succomber à la perfection du spectacle extraordinaire du Théâtre du Centaure, "La Tragédie de Macbeth", qui a fait un triomphe dans la cour des Haras nationaux. Les arts de la rue, souvent, savent marier la démesure à la poésie. Mais quand ils invitent le cheval-acteur à danser sur la prose de Shakespeare, ils emmènent le public au-delà du bonheur.

Quatre jours de folie

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Photo Dominique Bardel

La rue des Carmes noire de monde, emplie d’une foule bariolée, cela n’arrive qu’une fois par an. Mais alors, tout est permis. Même participer à une manif conduite par Les Cubiténistes, où l’on milite tour à tour pour la liberté des mouches, le respect du silence ou les vertus du rire. Une illustration de l’esprit d’Aurillac, quand la ville de Gerbert ( [1]) se laisse gagner par l’ivresse : on ne sait plus qui est l’artiste, qui est le passant !

Toujours plus haut

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Photo Dominique Bardel

Quand le spectateur verra descendre les anges de la voûte du Circo da Madrugada et du Theatre Oere, il ignorera que des hommes ont passé d’innombrables heures à travailler sans relâche, suspendus entre ciel et terre, pour porter leur rêve toujours plus haut.

Dérision

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Photo Dominique Bardel

L’humour est l’arme la plus redoutable du comédien de rue. Il ne lui faut plus alors qu’une voiture transformée en plateau de tournage pour que prenne vie, plus vraie que nature, une sitcom à l’américaine, avec générique, plans-séquences et doublage en live. Imparable ! (Label Z, "Sitcom de rue").

Notes

[1] Gerbert, né dans le Cantal et qui a passé une grande partie de sa vie à Aurillac, est le pape de l’an Mil, qui a réussi à vaincre la panique à laquelle succombait alors l’ensemble de la chrétienté lors de ce premier passage de millénaire.

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