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3 commentaires

Publié le jeudi 18 septembre 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Charme authentique et authenticité charmante

Le comiss est l’avenir de l’homme

Je voudrais vous transmettre ma passion ardente pour des manifestations qui, chaque année, illuminent la vie de chaque canton : les comices. Je vois déjà quelques-uns d’entre vous lever un sourcil perplexe : « C’est quoi ça, les comices ? » Je vais vous expliquer.

Un comice, c’est un rendez-vous sacré, un moment de communion intense, une ou deux journées de ferveur à la gloire de la plus belle merveille de notre magnifique pays : l’élevage. Ne l’oubliez jamais : ce sont les éleveurs qui sont les vrais maîtres du monde, ce sont eux qui détiennent la puissance suprême. Ils vont au comice pour présenter à la foule médusée leurs plus beaux produits, le résultat de toute une vie de travail, la preuve de leur savoir-faire éblouissant. Ils emmènent leurs reproducteurs avec la ferme intention d’humilier tous les autres concurrents et de rafler la totalité des coupes et des plaques émaillées qui viendront orner les murs de leurs écuries.

Au comice, on peut donc admirer la fine fleur du cheptel de nos terroirs. Et notamment du cheptel bovin. Sur le foirail, entre les piquets qui ont été plantés là par les arrière grand-parents des grand-parents de nos fiers producteurs, des cordes ont été tendues. On y attachera les bêtes, côte à côte, qui passeront la journée le nez dans le foin tandis qu’une docte assemblée de juges cheminera dans les rangs, derrière les vaches. Parce qu’un comice, c’est surtout une grande célébration de la croupe et de la mamelle.

Qu’elles soient limousines, bretonnes, gersiaises, normandes, monbéliardes ou encore charolaises, les nobles ruminantes sont toujours évaluées en fonction d’un certain nombre de critères visant à s’assurer qu’elles seront aptes à accomplir leur destin : être mères. Les experts font donc appel à toute leur science pour estimer la générosité d’un pis et l’ampleur d’un bassin. D’un œil acéré qui jamais ne se trompe, ils évaluent la conformité de l’animal au standard de sa race, vérifiant la rectitude des aplombs, la tonicité du dos, l’harmonie des proportions. Un peu à l’écart, tout tremblant, le cœur battant la chamade, l’éleveur espère. Sera-t-il le champion de l’année ?

Les juges portent tout autant de soin à vérifier les qualités des mâles, qui devront par leur développement musculaire, par le nombre réglementaire de coucougnettes astiquées au Miror pour l’occasion, et par la solidité de leur charpente, convaincre les examinateurs qu’ils seront capables, le moment venu, de transmettre leurs plus belles qualités à la postérité.

De l’union de ces bêtes d’exception naîtront nos tournedos, nos fromages, nos entrecôtes, nos yaourts. Voyez l’enjeu : ça ne rigole pas. Alors le comice, vous le comprenez maintenant, même si ça fait ricaner le bobo de la rive gauche, c’est quand même suprêmement important.

C’est qu’une reproductrice doit pouvoir mettre bas facilement, être en mesure d’allaiter son petit à sasiété, de l’entourer de tous les soins nécessaires, bref, d’être une bonne mère. C’est capital. Et tout ça, dans le jargon de l’élevage, ça s’appelle tout simplement les « qualités maternelles ». Une hanche trop étroite, une mamelle avare, une morphologie défectueuse, et c’est la catastrophe. Et la reproductrice doit également être douce, tant avec son soigneur qu’avec sa progéniture : mais oui, il n’y a pas que le physique qui compte. Une bonne mère offrira à son éleveur une descendance à la croissance rapide et harmonieuse, elle lui donnera des produits sains et vigoureux, qui pourront pleinement exprimer le potentiel de croissance transmis par le père.

J’insiste : au comice, c’est l’avenir de l’univers qui se joue. Même si de grands laboratoires remplis de scientifiques travaillent d’arrache-pied à l’amélioration génétique de chaque race, c’est le nez dans le foin, le pis toiletté à la brosse en soie et le cul offert aux juges que la science rencontrera la gloire. Ou l’infâmie.

L’œil du juge est plus puissant que l’œil de Dieu lui-même.

Démonstration.

Voyez maintenant ce vieux monsieur presque chauve examinant une jeune femelle, lors de la sélection de l’élevage local : cette candidate sera désignée Miss de son pays.

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Photo volée à La Dépêche du Midi. J’espère que je ne vais pas avoir de procès.

Vous pouvez constater l’extrême concentration de l’examinateur, qui en l’occurence est président du jury. Accessoirement, il est également leader d’un parti politique (de gauche, c’est à dire plutôt du côté de l’Atlantique, c’est à dire à l’Ouest), patron de presse, président de mon Conseil général et sénateur. Encore plus accessoirement, c’est le chef du chef du chef du chef de mon chef. Et je ne vous cache pas ma fierté de travailler pour un tel homme, qui sait s’acquitter de sa tâche avec autant de sérieux que de dévouement. Et je tremble pour lui : s’il semble satisfait de son cheptel, comme en témoigne la lueur libidineuse qui illumine son œil vif, ainsi que son sourire lubrique, il lui faudra bientôt affronter d’autres éleveurs, qui lanceront sur l’arène leurs meilleures candidates, celles qui présenteront des « qualités maternelles » optimales. La lutte sera rude.

Mais heureusement, pour épauler les sélectionneurs, des hommes et des femmes, dans l’ombre, se donnent sans compter. J’ai la chance de vivre dans une région où l’art de l’élevage est élevé au rang d’art tout court, et où vivent de véritables orfèvres qui gèrent avec la plus grande maestria la carrière de leurs reproductrices. Jugez-en :

Cet homme-là, c’est un héros. Toujours par monts et par vaux, il arpente les prés, visite chaque ferme, explore chaque bourgade pour trouver la perle rare, la plus belle croupe, la meilleure mamelle. Il sélectionne, juge, jauge, mesure, soupèse, toujours en quête du spécimen qui portera au plus haut les couleurs de la terre qui aura vu s’épanouir la future championne. Et lorsqu’il a trouvé enfin la femelle aux qualités maternelles les plus parfaites, voyez comme il en prend soin, comme il rassure la bête, comme il la flatte pour que face aux juges elle reste docile. C’est un maître. Il se consacre tant à son travail qu’il se néglige lui-même, oubliant de s’épiler le nez et les oreilles, indifférent à la sueur qui ruisselle sur son visage gras, renonçant à nouer une cravate sur sa peau flasque. Quel homme.

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Photo volée à La Dépêche du Midi (encore). J’espère que je ne vais pas avoir deux procès.

J’espère que, désormais, vous considérerez avec déférence ces comices qui sont bien plus que de simples fêtes folkloriques où l’odeur du fumier se mêle joyeusement à celle des brochettes, et où la voix d’un animateur invitant à deviner le poids du cochon lutte avec la Compagnie créole ou Jean-Pierre Mader. Si les comices meurent, c’est l’élevage français qui meurt, nos campagnes, notre économie : on va tous crever.

Je voudrais enfin terminer par un message personnel, que j’adresse à Cinthia, Jennifer, Tiffany, Kassandra, Doriane, Audrey et Mélanie : je vous aime, bravo, vous êtes des pétasses l’avenir de notre humanité.

Et à vous, jardineux méritants qui avez lu cet hymne à la gloire du comice jusqu’au bout, je tiens à offrir un merveilleux voyage au pays du rêve et de la beauté, à la découverte de l’une de ces manifestations où l’union magique du charme et de l’authenticité vous plongera dans un univers jusqu’ici insoupçonné.

Faites de beaux rêves.

Post-scriptum

Surtout, ne ratez pas la suite... Ce serait dommage !

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Vos réactions

 
Le comiss est l’avenir de l’homme
20 septembre 2008 22:50, par Umanimo

C’est quoi comme race ? Des charolaises, des salers (que tu connais bien) ?

UMA_ah_la_vache,_c’est_beau ! (larme à l’oeil)

Le comiss est l’avenir de l’homme
21 septembre 2008 13:30, par Ardalia

Alors ça c’est marrant, parce que, à la vue de ce mot, je pense immédiatement à cette chieuse d’Emma rencontrant ce gandin de Rodolphe au détour d’une charolaise mal embousée et aux marchés humains, concours de beauté et Case de l’Oncle Tom. Très aristocratique, tout ça...

Le comiss est l’avenir de l’homme
23 septembre 2008 00:00, par DB du Jardin

Uma —> Merci de ne pas écrire salers des gros mots sur ce site d’une haute tenue littéraire.

Ardalia —> À l’épreuve orale de français du Bac (ouais, j’ai mon Bac, incroyable), j’avais entrepris de démontrer qu’une autre Emma, celle d’Une Vie de Maupassant, était tout aussi chieuse que la tienne (enfin, celle de Gustave), et surtout que c’était une sacrée obsédée sexuelle. Sourcil perplexe de l’examinateur, qui m’a dit « Mvouais, je vous écoute... » J’ai lu trois lignes, le bourreau a vu que je savais à peu près lire, et je me suis lancée. Le sadique, en face, impassible. Inexpressif. Une tranche de couenne blanche et inerte de l’autre côté du bureau. J’ai eu 17, merci Maupassant, merci Emma, mais alors dis donc, elle ne pensait qu’à la chose, c’est dingue !

C’était la séquence nostalgie. Vous écoutez Radio Macramé en direct, et maintenant une page d’actualité.

Eh bien pour votre peine vous n’avez plus qu’à lire LA SUITE. Tout en délicatesse, en subtilité, en poésie. Mais quoi, on est sur un site d’une haute tenue littéraire, oui ou merde ? :-)

 

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