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Publié le mardi 2 août 2005 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Le causer tendance

Pendant trois ans, j’ai été secrétaire de rédaction. En quoi cela consiste-t-il ? En gros, il s’agit de réécrire, en français, ce que les gens payés pour écrire pondent dans un sabir infect. Sans jamais tenir compte de vos corrections. Ce sont les "vrais" journalistes, ceux qui signent. D’autres sont plus dangereux, parce qu’ils ne sont pas corrigés ; les présentateurs de journaux télévisés, notamment, massacrent la langue en direct. Et tout le monde s’en fout.

Comment ça je suis énervée ? Mais non, pas du tout. Un peu, si vous voulez. Mais pas tant que ça. Les années passant, l’usure faisant son œuvre, la lassitude venant, je ne m’énerve plus. Mais quand même. Pendant trois années, j’ai été payée à ne pas écrire, parce que justement j’arrivais à aligner deux ou trois mots sans commettre trop d’erreurs. Ce qui me permettait de rattraper, tant bien que mal, ce qu’écrivaient ceux qui sont payés, eux, pour écrire, alors qu’ils ne savent pas, mais pas du tout, écrire. Vous suivez ?

Parmi eux, une grande majorité de correspondants. Ils faisaient ce qu’ils pouvaient, et généralement ils le faisaient très bien, avec vigilance et conviction. Leur rôle était de faire parvenir au journal les informations utiles aux lecteurs, non de rédiger le prochain prix de l’Académie des lettres. Et ils s’acquittaient de ce rôle à la perfection. J’étais là pour mettre leurs informations en valeur, c’était normal et cela ne m’a jamais dérangée.

D’autres écrivaient des textes destinés à paraître dans la presse ; ils étaient déjà beaucoup moins drôles. Les "communiquants", les attachés de presse, les chargés de communication sont des gens bizarres, qui hurlent au scandale si on touche à une seule de leurs phrases, et qui s’indignent lorsque leur prose paraît en intégralité, soupçonnant le journal de remplir ses colonnes à bon compte en exploitant leur travail, sans même le relire.

Venaient enfin ceux qui créent véritablement l’identité du journal, les vrais, les beaux, les grands : les journalistes. Ceux grâce à qui, vous pouvez vérifier dans toutes les entreprises de presse, les secrétaires de rédaction finissent toujours par devenir gris, éteints, aigris, fatigués et anorexiques.

Je me dois néanmoins de nuancer mes propos. Dans un journal normal, généralement, les journalistes savent écrire. Très bien. Ils ont chacun leurs petits défauts, leurs manies, leurs tics. Ces légères imperfections, au fil du temps, prennent parfois dans l’esprit du secrétaire de rédaction des proportions énormes. Mais objectivement, dans l’ensemble, tout va très bien. Les difficultés arrivent lorsqu’on commence à examiner les "petits" journaux, composés d’une équipe restreinte. Là, c’est la loterie. Soit on a de la chance, et les rares rédacteurs savent travailler. Dans ce cas, le secrétaire de rédaction... ne sert à rien. Et c’est le rédacteur en chef qui s’acquitte de la tâche de reprendre, parfois, un titre ou une légende. Soit on n’a pas de chance. Le secrétaire de rédaction, alors, vieillit de trois siècles par an. Heureusement, dans la plupart des cas, on se trouve dans une situation intermédiaire, qui permet à chacun de tenir le coup, et au journal d’avoir quand même belle allure à chaque parution.

Au fait, savez-vous comment on décrit le rôle du secrétaire de rédaction ? Il est d’usage de dire qu’il sagit du journaliste qui écrit le plus, mais qui ne signe jamais.

Parmi les journalistes, il en existe enfin quelques-uns, très rares, très chers, qui font de véritables ravages. Ce sont des calamités. Mais ce sont aussi des stars. Alors ils ont tous les pouvoirs. Je veux parler des présentateurs des journaux télévisés. Cette catégorie s’étend, d’ailleurs, aux auteurs des commentaires lus pendant les reportages, et aux chroniqueurs sévissant sur les ondes radiophoniques. Passons sur les fautes de syntaxe, sur les impropriétés, sur les lieux-communs. Si on prête attention à ces broutilles, on devient fou au bout de dix minutes. Ces détails ne sont rien à côté de ce que je nommerai le "causer tendance".

Les exemples sont si nombreux que j’ai bien du mal à en choisir quelques-uns. Tout ce que je sais avec certitude, c’est qu’à la fin d’un "JT", j’ai les oreilles qui saignent. C’est épouvantable.

À suivre...

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Image extraite de l'article "La maison du général - 7"