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12 commentaires

Publié le lundi 13 juillet 2009 dans la rubrique :

Nature et animaux

Comme si je n’avais pas assez d’emm...

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri

Ah, ça, il peut arborer une mine satisfaite, le père Dimitri. Il peut être fier de lui. Les gens qui n’aiment pas les chats disent que ces animaux sont fourbes. Je peux apporter ma propre contribution à la description de l’espèce et ainsi faire progresser les connaissances scientifiques : le chat, du moins le mien, est l’incarnation du Diable lui-même. C’est une bête capable de vous faire céder à la Tentation... même quand vous n’avez pas du tout envie d’être tenté.

Quand Dimitri était petit, je l’avais surpris à plusieurs reprises en compagnie d’une chatte grise qu’il suivait à distance respectueuse, s’appliquant à mettre en pratique les exercices qu’elle lui faisait réaliser : marcher dans les feuilles sèches sans faire « trac crac prut shlak » avec les pattes, se faufiler dans un buisson sans ébranler tous les arbres environnants... Dimitri était très mauvais élève. La chatte s’asseyait, l’air un peu découragé, et à la fin de la leçon plantait là son disciple, s’éloignant au grand trot.

Cette chatte est sauvage, elle n’a aucune maison et vit de rapines dans les gamelles qu’elle parvient à débusquer. Il lui manque la moitié de la queue, séquelle probable d’une vieille blessure. Je l’ai surprise parfois dans ma cuisine, en quête de nourriture à voler.

Une nuit, alors que j’étais dans mon bureau, j’entendis un grognement derrière moi. Me retournant, je vis les yeux de la chatte qui me fixaient : j’avais laissé la porte entr’ouverte pour Dimitri, au cas où Môssieur daignerait me rendre une petite visite. La chatte était là, me guettant, grognant férocement. Quand je me suis levée, elle a reculé, toujours en grognant, et elle sortit ainsi de la maison, à reculons, sans jamais me quitter du regard, grondant toujours.

Lorsque je la vis quelques jours plus tard dans mon verger accompagnée d’un chaton gris et blanc, je compris qu’elle était prête à affronter n’importe quelle menace pour allaiter son petit.

Mais cela fait bien une dizaine de jours que je ne l’ai pas revue. J’ai fait fuir de ma cuisine un gros chat noir à poils longs, nouveau dans le quartier, mais de chatte grise à la queue coupée, point.

Hier soir, à vingt-deux heures, Dimitri n’était toujours pas rentré. Je ne l’avais pas vu de la journée. Je suis sortie avec une lampe de poche, faisant le tour de ses cachettes (celles que je connais) en l’appelant. La voix d’un chaton me répondait. Mais pas celle de Dimitri. Je suis rentrée et je me suis installée à mon ordinateur. Et un peu plus tard, j’ai entendu un miaulement dans le couloir. Dimitri ? Je me levai pour accueillir le pacha. Et me retrouvai nez-à-nez avec le chaton gris et blanc. Paniqué, le petit chat prit la fuite, se trompa de chemin, s’égara dans le salon et pour m’échapper, fit un bond prodigieux par la fenêtre : le bruit qu’il fit en chutant deux mètres plus bas me fit mal au cœur. Mais bon. J’avoue que je n’apprécie pas trop de surprendre tous les chats du coin dans ma maison, j’ai assez du mien. J’ai pensé qu’avec la terrible frayeur que je lui avais causée, le petit chat ne reviendrait plus jamais.

Ce matin, je trouvai Son Altesse Sérénissime Dimitri vautrée dans le canapé du salon. Sa Majesté me gratifia d’un amical ronronnement, grignota trois croquettes et partit faire un tour. La petite peluche toute ronde que j’avais ramenée début janvier est aujourd’hui un beau chat costaud, pesant cinq kilos et parvenant à marcher sur les feuilles sans faire trop de bruit : il est resté maladroit.

Dimitri est un chat silencieux, qui miaule rarement. Il me répond quand je lui parle, pour accuser réception. Lorsqu’il réclame ses croquettes, il le fait d’une toute petite voix, sans insister. Aussi, les miaulements inhabituels que j’entendis près du perron me surprirent. Au bas des marches, Dimitri attendait patiemment que le rejoigne... le chaton gris et blanc. Mon chat me ramenait tout bonnement le petit de son ancienne copine.

En me voyant, le petit chat détala. Mais quelques minutes plus tard, il était là de nouveau, couché près de Dimitri. Les deux chats s’amusèrent un instant avant de se reposer, côte à côte, couchés à l’ombre pour se protéger de la chaleur déjà forte.

Le petit chat était terriblement maigre. Si maigre que ses pattes et ses oreilles paraissaient démesurées par rapport à son corps couvert d’un pelage hirsute. Il avait un peu de sang sur la face : il avait dû se blesser en tombant de ma fenêtre. Il fallait le chasser, Jean-Pierre et moi étions d’accord. Ce n’est vraiment pas le moment de se laisser envahir par les chats, on a d’autres préoccupations autrement plus urgentes. Et puis Jean-Pierre a dit : « On va quand même pas le laisser crever... » Je n’attendais que ça. Trois secondes plus tard, j’étais dehors avec une soucoupe, du lait, tandis que Jean-Pierre avait bondi sur le sac de croquettes pour en verser une poignée dans un bol.

Dimitri a laissé le chaton boire et manger ; assis à côté de la soucoupe, il regardait le petit engloutir la nourriture qui semblait lui manquer depuis si longtemps. J’ai mis la main sur le dos du chaton : trop occupé à manger, il me laissa faire. Mais lorsque je voulus l’attraper, il se mit à hurler, feulant, crachant, me labourant la main de ses petites griffes et me mordant au sang. Je dus relâcher le sauvageon qui décampa ventre à terre.

J’étais finalement assez satisfaite : certes, la bestiole semblait en mauvaise santé, mais zut, après tout, ce n’était ni ma faute, ni mon problème. Cette fois-ci, c’était sûr, après deux terreurs à quelques heures d’intervalle, le petit chat avait disparu pour de bon.

Dans l’après-midi, je le retrouvai sous le buisson où il s’était couché le matin aux côtés de mon chat. J’étais allée chercher des prunes dans le verger, je ne pensais plus au chaton. À mon approche, il s’était sauvé pour s’arrêter quelques mètres plus loin, me surveillant entre deux brins d’herbe.

Quelle misère ! Sa tête était si maigre que les yeux en occupaient tout l’espace. Il avait dû se toiletter un peu, car le sang avait presque disparu de sa plaie. Il ne restait plus qu’une touffe de poils collés. Terrifié mais affamé, le petit chat me dévisageait. Je voyais l’arête saillante de sa colonne vertébrale, ses pattes arrière maigres à faire peur.

Je suis rentrée chercher une poignée de croquettes. Son Excellence Dimitri avait disparu depuis longtemps, laissant à l’abri du buisson le chaton avec lequel je devais maintenant me débrouiller. Parce que, Jean-Pierre a raison, on va pas le laisser crever...

J’ai mis des croquettes dans la soucoupe et je me suis éloignée de quelques pas. Prudemment, reniflant avec bruit pour trouver suivre la trace odorante, le chaton est sorti de sa cachette et, pas à pas, très lentement, il rampa jusqu’aux merveilleuses croquettes. Il ne lui fallut que le temps d’un souffle pour les dévorer. Lorsque je m’approchai pour remplir à nouveau la soucoupe, le petit partit en courant, mais s’arrêta presque aussitôt. Je remis quelques croquettes dans l’assiette, parlant sans cesse, et je restai sur place, la main tout près de la soucoupe. Le petit chat revint manger, puis avança doucement son museau vers ma main. Je le laissai faire. Mes doigts portaient l’odeur des croquettes : le petit me mordit jusqu’au sang. Très bien : la distribution était terminée.

Je suis sortie, comme ça, trois ou quatre fois dans l’après-midi pour donner à manger au chaton. De toutes petites quantités à la fois. Je ne sais pas depuis combien de temps il n’a pas mangé, j’ai peur qu’il engloutisse trop de nourriture d’un coup. Franchement, je ne suis pas sûre qu’il survive, tant il fait peur à voir. À la distribution de vingt heures, j’ai pu le caresser, tout doucement, derrière les oreilles et sur le front, pendant qu’il mangeait.

Ce soir, il a joué avec Dimitri dans la cour. Son ventre forme une petite boule entre ses pattes maigres. C’est un petit bonhomme tout triste que la présence d’un autre chat comble de bonheur.

Freddy trouve qu’Ernest, c’est pas mal, comme nom. C’est le prénom de Che Guevara.

Post-scriptum

Quand je regarde les photos de Dimitri alors qu’il avait à peu près le même âge... Outch !

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Vos réactions

 
poï poï poï...
13 juillet 2009 23:31, par Ardalia

C’est pas humain, un traitement pareil... Comment résister ?

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
14 juillet 2009 12:16, par Julien

Vous avez donc désormais un deuxième chat... toutes mes félicitations !

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
14 juillet 2009 12:27, par DB du Jardin

Rmvouais.... Heum. Pfff !

Le petit squelette a survécu (je n’y croyais pas trop). Il va déjà beaucoup mieux. Il joue. Je peux tout juste le toucher quand il mange, je ne peux pas du tout l’attraper. Par contre, il a très bien pigé que c’était moi qui lui donnais à manger.

Et Dimitri, qui était devenu un chat virtuel depuis quelques semaines (pour le voir, je regardais ses photos), il est tout le temps dans mes pattes ! Je crois que quand il m’a ramené le petit, il n’avait pas vu les choses comme ça... Il réfléchira, la prochaine fois ! :-)

Ah ah ah
14 juillet 2009 12:36, par Ardalia

Ah la jalousie... en y repensant, je me disais que la crevette avait intérêt à être une femelle, sinon ça promettait de belles peignées !

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
14 juillet 2009 13:36, par DB du Jardin

Eh non, la crevette est un p’tit gars... Qui, s’il reste, rejoindra le peuple des eunuques comme son pote Dimitri. En revanche, j’étais loin de me douter que ce genre d’intervention ne me mettrait pas à l’abri de l’élevage de p’tits chats !

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
14 juillet 2009 20:35, par Julien

Mais bien sur qu’il va rester...

Ah oui
15 juillet 2009 12:18, par Machiardaliavel

Mais d’un autre coté, s’il reste et s’il reste entier, il y a des chances qu’il reste pas longtemps, hin hin hin...

(ben pour une fois que j’aurais bien mis un smiley idiot, y en a plus, snif...)

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
16 juillet 2009 21:08, par brendufat

Tout de même... penser à baptiser (pardon : nommer) un chaton sans maître « Ernest » en hommage au Cha Guevara... faut vraiment avoir vingt ans :-)

C’est à des moments comme ça qu’on réalise qu’on ne les a plus.

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
17 juillet 2009 18:18, par Hubert

Voilà un minou qui ne mord pas, et ne mange pas de croquette, mais joue avec la souris de l’ordinateur ?


Voir en ligne : http://www.broenink-art.nl/maukie2.swf

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
17 juillet 2009 20:44, par Coakette

Non, non, ces chats ne crèvent pas, j’en ai connus qui squattent chez vous, jetent la discorde dans votre couple (je te préviens je m’en occupe pas), se refont une santé à vos frais ( c’est cher le kilo, je trouve un chaton déplumé, au prix des vaccins), puis trois mois plus tard,avec un pelage redevenu magnifique disparaissent de votre vie...Il ne vous reste que des photos....

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
17 juillet 2009 22:35, par DB du Jardin

Hubert : il est adorable, ce minou ! Merci !

Coakette : merci pour votre visite... Mais mon expérience personnelle, jusqu’à présent, est bien différente de la vôtre. La dernière fois qu’un chaton tout maigre s’est installé chez moi, il y est resté... vingt ans et quatre mois ! :-)

Le cadeau (empoisonné) de Dimitri
18 juillet 2009 19:20, par Umanimo

J’adore surtout le ronronnement. :-)

 

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