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4 commentaires

Publié le mercredi 28 mars 2007 dans la rubrique :

La Maison du général

La Maison du général - 3

28 mars 2007

Quand Philippe m’a dit que la maison était vendue, j’ai compris. Que je n’en voulais aucune autre, que j’avais succombé à un coup de foudre, que je n’avais pas renoncé, et que ce n’était pas possible. Elle n’avait pas pu accueillir quelqu’un d’autre que moi. Personne ne croit aux fantômes, et il faut y croire pour vouloir habiter là, dans cette demeure fermée depuis si longtemps. J’ai couru vérifier les dires de Philippe sur le site internet de l’agence. J’ai cherché parmi les photos ; des dizaines de maisons dans de toutes petites vignettes étaient alignées sur mon écran, de minuscules images bien difficiles à différencier. Mais je l’ai reconnue tout de suite. La photo avait été changée. L’agent immobilier avait choisi de montrer la bâtisse sous un autre angle, qu’il jugeait peut-être plus flatteur.

J’ai sommé Philippe d’appeler l’agence sur le champ. De ne plus attendre. J’avais cru perdre la maison. Et j’avais la certitude désormais que, quoi qu’il advienne, c’était là que je voulais vivre.

Elle avait bien failli être vendue. Les négociations avaient échoué pour la somme de 5 000 euros. Les trois héritiers avaient refusé de céder pour 1 500 euros chacun. Un mois de salaire. Ils en étaient là. Il fallait se plier à leurs exigences, ne plus discuter, ou abandonner. Les acheteurs potentiels, s’ils aimaient cette maison autant que moi, devaient probablement suivre le même raisonnement. On ne renonce pas à cette demeure pour 5 000 euros. Il ne fallait plus hésiter : c’était eux, ou nous.

Nous sommes revenus voir la maison. On a de nouveau entrouvert les volets, frôlé les murs, parcouru les pièces vides. Dans le jardin, la source coulait au pied du bananier qui avait perdu ses larges feuilles, puis entre les arbres du verger. Des primevères avaient percé dans le patio, au pied du pigeonnier. Sur les abricotiers, les premières fleurs avaient éclos. La maison nous avait attendus tout l’hiver.

Nous avons accepté les conditions des vendeurs. Nous ne ferons pas tous les travaux envisagés, nous garderons l’horrible salle de bains, nous ne rénoverons que deux pièces. Les autres attendront.

Une nouvelle fois, il fallut attendre la réponse des propriétaires. Jusqu’au dernier moment, j’ai eu peur qu’ils aient revu leurs prétentions à la hausse. Sans les avoir jamais rencontrés, je n’avais pas confiance en ces gens qui voulaient se débarrasser de cette maison comme d’une vulgaire baraque. En tirer le meilleur prix. Convertir leurs souvenirs en monnaie. Je les avais à peine aperçus alors qu’ils vidaient les pièces de leurs meubles ; ils entraient et sortaient sans respect, comme chez eux. Des intrus qui avaient séjourné là par hasard.

Enfin, ils donnèrent leur accord. Nous prîmes rendez-vous chez un notaire à Verdun-sur-Garonne, nous rencontrâmes le banquier qui une nouvelle fois monta un dossier de financement. Nous avons compté, calculé, évalué, et nous avons attendu, encore. À mon arrivée chez le notaire, le ciel s’est couvert. Une vague de froid s’était subitement abattue sur la région, et la pluie tombait par intermittences depuis le matin. J’ai croisé sur la route une voiture couverte de neige.

Philippe et moi étions les premiers arrivés. La notaire nous installa dans son bureau, et nous avons regardé par la baie vitrée les lourds nuages s’amonceler en masses noires. Puis les vendeurs sont entrés avec l’agent immobilier. J’ai serré les mains avec réticence. Je ne voulais pas les rencontrer ; j’étais pressée qu’on en finisse. Le temps d’examiner tous les documents, de discuter des délais, des obligations des uns et des autres, des garanties, des clauses, des réserves, une heure et demie s’écoula. Dehors, un orage éclata, juste au-dessus de Verdun. Les coups de tonnerre étaient assourdissants, et la pluie tombait à verse, cédant la place à la grêle. Un temps de fin du monde. Enfin, j’ai paraphé des dizaines de pages. L’impatience du ciel répondait à la mienne. Nous étions le 19 mars.

La tempête avait cessé lorsque nous sommes sortis. Il faisait nuit depuis longtemps déjà ; les commerces étaient fermés, et l’eau ruisselait sur les pavés. Nous sommes rentrés à Caraman en passant par Dieupentale. J’ai regardé la maison qui dormait. Elle pouvait être tranquille, désormais. Les marchands de mémoire allaient bientôt l’abandonner pour toujours.

Nous avons roulé au pas : la route était couverte de neige. Une neige comme il en tombe à Toulouse, à demi fondue, glissante et épaisse, déjà sale avant d’avoir touché le sol. Elle formait une couche visqueuse qui pénétrait lentement dans la terre, prenant le temps d’irriguer, en profondeur, les racines du bananier.

Aujourd’hui, il faut attendre, encore et toujours. Cela fait sept mois que j’attends. Des formalités doivent être accomplies, des accords obtenus, des autorisations délivrées. Dans deux mois, peut-être un peu avant, peut-être un peu après, nous retournerons chez le notaire, pour la dernière fois. Ce n’est jamais vraiment prévisible, la date d’une naissance.

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Vos réactions

 
La Maison du général - 3
29 mars 2007 22:03, par Pomme

DB.... Attends moi pour le cassoulet !

La Maison du général - 3
29 mars 2007 22:03, par Vero

j’ai dévoré les 3 chapitres :) ... quelle bonne nouvelle

La Maison du général - 3
29 mars 2007 22:04, par Julien

Je suis vraiment heureux pour toi Encore un peu de patience et ce sera tout bon

La Maison du général - 3
1er avril 2007 22:04, par Umanimo

Je te l’avais bien dit !

UMA_rayonnante_et_qui_pour_une_fois_pleure_de_joie

 

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