Le jardin de DB

Vous êtes ici : Accueil du site > Textes > La Maison du général > La Maison du général - 20

Menu de navigation

Masquer la bannière
Afficher la bannière
 
 

Aux utilisateurs d'Internet Explorer 6,
Votre navigateur ne vous permet pas de bénéficier pleinement des fonctionnalités proposées par ce site. Si vous en avez la possibilité, je vous invite à télécharger gratuitement la dernière version d'Internet Explorer, ou mieux, Mozilla Firefox.

5 commentaires

Publié le mardi 4 décembre 2007 dans la rubrique :

La Maison du général

La Maison du général - 20

4 décembre 2007

Insensiblement, le défilé des curieux devant la maison s’est tari. Tous ceux et celles qui voulaient savoir ce qui se passait derrière ces fenêtres désormais grandes ouvertes ont obtenu satisfaction, et s’en sont retournés. J’aimais assez ces visites impromptues, quand les gens, après avoir longuement arpenté la rue, trouvaient enfin le courage de sonner au portillon, ou de me héler par-delà la grille. Ils n’ont pas été si nombreux, mais ce fut à chaque fois une rencontre, eux racontant une bribe de l’histoire de Dieupentale, moi les pressant d’admirer le bananier Arthur en répondant à leurs questions. Parce que l’objet de la visite, immanquablement, ce n’était ni moi ni les membres de ma famille : Jean Larroque entrait immédiatement au cœur de la discussion. Je donnais ce que j’avais appris et je recevais en retour quelques minutes d’attention, une curiosité toute naturelle de la part d’habitants qui, invariablement, me disaient que de tous temps, ils avaient toujours vu les volets fermés. Chacun examinait le riche carrelage, se hasardait à m’interroger. Combien en ai-je effrayé avec le flot de mon récit ?

S’il en vient à nouveau, je ne pourrai plus leur offrir de kiwis : la récolte est épuisée. L’hiver surgi avec une brutalité jamais observée jusqu’alors a mis à bas les gigantesques palmes du bananier, qui se sont effondrées, noires et poisseuses, ouvrant soudain un gouffre de ciel au creux de mon jardin. Peut-être qu’aux beaux jours d’autres promeneurs viendront à leur tour saluer la maison du général. Pour l’heure, le dimanche, si le ciel consent à briller, quelques passants s’aventurent, sans s’arrêter, lisant à la sauvette la plaque de marbre.

Aucun de mes visiteurs ne put m’apporter de nouveaux éléments susceptibles de m’aider à avancer dans ma quête. Pour eux, le général Larroque est le personnage qui a donné son nom à la rue principale du village, et ceux qui en savent davantage l’ont appris en lisant mon récit sur internet. Il est même arrivé que l’on me demande la primeur du chapitre à venir... À leur plaisir de découvrir, peu à peu, la vie du héros local, répond ma joie de savoir que mes recherches n’intéressent pas que moi. Alors il faut que je continue, pour moi et pour ces passants, pour cette petite foule qui a si longtemps côtoyé mon fantôme et qui apprend, tout doucement, à le connaître. Quelques mois après avoir fait irruption au beau milieu de ce village, j’y fais renaître, à mon propre étonnement, le plus illustre de ses occupants.

Mais, toujours, les mêmes difficultés se dressent devant moi. Le temps qui me manque, l’énergie qui fait défaut, le découragement qui veille à force de me heurter aux mêmes impasses, de creuser dans la mauvaise direction. Les archives ne me sont pas accessibles, fermées lorsque je ne travaille pas. Je ne parviens pas à renouer le contact avec Monique Fauconié. Je n’ose insister, ne sachant comment interpréter le silence qu’elle oppose à mes courriers. Je redoute d’avoir été trop curieuse, trop brusquement, lorsqu’elle m’a reçue chez elle. J’ai jailli dans sa maison, dans sa vie et dans sa mémoire sans crier gare, la confrontant à son histoire. Le récit que j’en ai fait, peut-être, était-il trop peu conforme à celui qui vit dans son cœur. Il y a probablement un monde entre le militaire Larroque qui prend forme au fil de mes pages, et l’oncle romanesque de sa grand-mère.

Il me faut cependant poursuivre ; j’en sais aujourd’hui trop, et trop peu. Le général n’est plus un personnage à la silhouette floue, empanaché comme dans une opérette d’Offenbach. Il n’est pas davantage un tyran cynique, aveuglé par le pouvoir, tels les officiers psychotiques aboyant dans les films de Kubrick. Il nourrit toujours mon imagination qui lui a déjà prêté tant de visages, de postures et d’émotions, mais qui demande encore que je l’abreuve de faits, de précisions, de paysages, de bruits et d’odeurs. Le militaire est mon aventure intérieure, il m’emmène en croupe dans les sables de Zinder dont j’ai trouvé des images qui me font rêver et qui, si elles avaient été réalisées aujourd’hui, m’empliraient d’horreur. Endossant tour à tour le costume de l’aventurier puis celui de l’envahisseur, chaussant les bottes du héros puis les quittant pour celles du tueur, il déambule dans ma maison et dans mon esprit, tantôt collégien en vacances, tantôt jeune Saint-Cyrien arborant devant ses frères émerveillés sa tenue d’apparat, tantôt guerrier hurlant par-delà les tranchées pour exhorter des milliers d’hommes qui croyaient en lui à aller mourir. Aujourd’hui il est un personnage extraordinaire, hier il se dressait avec la morgue d’un officier ne devant la vie qu’à son habileté à s’abriter derrière les corps d’autres hommes qui n’avaient pas aussi bien travaillé à l’école, qui n’avaient pas su aussi bien que lui tirer avantage d’un système qu’il fallait savoir servir à merveille pour, un jour, en prendre le contrôle.

JPEG - 141.2 ko
Zinder
Prisonniers portant des peaux de boucs (avant 1922). Photo © Gallica.

De plus en plus familier et de plus en plus insaisissable, le militaire a cessé de m’émerveiller sans que mon besoin de le connaître davantage soit satisfait. Le mystère incompréhensible qui nimbe les derniers mois de sa vie est toujours aussi épais, et j’y pressens une tragédie plus grande encore que celle de sa mort. Je redoute surtout de ne jamais pouvoir déchirer ce voile sombre, couvrant la fin d’une vie qui aurait peut-être pu se poursuivre avec plus d’éclat encore, ou sombrer dans la plus terne des banalités, de celles qui érodent tant d’existences, faites de petits arrangements avec les trahisons successives, les déceptions répétées, les blessures jamais vraiment pansées du corps et de l’âme. Ce pressentiment, que seuls quelques indices viennent alimenter — des faits apparemment incohérents, des dates funestes, des décisions incompréhensibles — m’emplit d’une vague tristesse, laissant errer l’ombre d’un homme rattrapé par la maladie, exténué d’avoir toujours dû se montrer le meilleur, courbé sous le poids d’une excellence devenue, peut-être, insurmontable. Il faudra que je sache, autant que possible, qui était le général le jour où il a quitté sa famille et son village natal, où il leur a menti en leur disant « Au revoir ». Quels ont été ses autres mensonges ?

Son histoire aurait pu être si simple, si sereine, sans qu’il n’y sacrifie une once de droiture ni un gramme de mérite. Il lui aurait suffi de prendre la succession de l’entreprise familiale, usant de son intelligence pour la faire prospérer et, qui sait, parvenir à terminer cette moitié de maison qui jamais ne sera achevée. Jean était le digne fils d’Antoine, le tonnelier issu d’une longue lignée de charpentiers, héritier légitime d’une corporation au sujet de laquelle je m’étais si grossièrement fourvoyée.

D’où m’est venu ce sentiment, spontané et profond, que ces artisans étaient de modestes travailleurs, à qui leur vie de labeur suffisait juste à assurer l’ordinaire ? Il m’a fallu plusieurs mois pour admettre ce que je sais depuis toujours : mon père éprouvait un mépris sans bornes à l’égard des travailleurs manuels, ceux qui n’étaient pas des intellectuels, sans culture, sans goût et, de fait, sans jugement. C’est là mon propre héritage : le culte de l’esprit, du savoir et de la connaissance. J’y ai pourtant, et je ne saurais expliquer pourquoi, opposé la plus violente résistance, dès le début de mon adolescence, fréquentant ostensiblement ces « Bougnoules » que mon père haïssait tant, sabotant mon travail scolaire jusqu’au point de non-retour qui me mena à l’échec — cet échec que jamais, malgré tous mes efforts, je n’ai jamais pu rattraper. J’ai erré aux confins de la délinquance, j’ai consciencieusement désappris les bonnes manières en émaillant mon discours de jurons que je choisissais parmi les plus grossiers. J’ai décidé de voter à gauche et j’ai abondamment craché sur tout ce savoir, toute cette connaissance et tout cet esprit abreuvé de littérature, de théâtre, de musique et de peinture. Ce que je suis aujourd’hui est issu de ce suicide qui m’a fait perdre à tout jamais la conscience de mes propres racines. Je suis la fille d’un snob pétri de défauts détestables et empli d’une culture que jamais je n’égalerai. Je suis la fille aussi d’une gamine des faubourgs née dans une famille que les Larroque n’auraient pas reniée, où l’on travaillait sans répit pour mériter, dans l’effort perpétuel, une dignité construite jour après jour, sans faiblir. Ma grand-mère maternelle, seule femme chef d’équipe dans la grande usine qui l’employait au cœur de Paris, avait eu le malheur d’épouser un alcoolique, certes. Jamais je ne saurai si cet électricien avait toujours eu ce vice, ou s’il avait trop souffert de cette guerre que le général n’a pas connue. Je suis l’accident issu de ces deux mondes, je suis la rencontre de ces univers que, malgré moi, j’oppose aujourd’hui encore. Et je me jette éperdument dans une maison un peu cossue, aux moulures ostentatoires, aux fenêtres aussi hautes qu’étroites, à l’escalier aussi noble que vermoulu, pour y rencontrer le souvenir ténu d’un chevalier en grande tenue dont les hauts faits s’affichent comme un trophée sur des murs qui n’avaient pas été bâtis pour ça. C’est donc tout ce que m’a légué mon père : cette vanité à laquelle je prête des atours empreints de nostalgie, que je noie dans un flou romantique où se meuvent des silhouettes désuètes, images d’Épinal que je n’ai jamais rencontrées que dans les livres de mon enfance. J’ai happé le leurre avec tant d’ingénuité que j’en reste aujourd’hui pantoise. Pour ne pas dire honteuse. Vanité.

Non. Les Larroque n’étaient pas des forçats en haillons qu’un mystère surnaturel aurait fait vivre dans une maison trop belle pour eux. Arnaud Larroque, dès le milieu du XVIIIe siècle, exerçait son art de charpentier à Bouillac, où il jouissait du respect et de la considération dus aux artisans, maîtres absolus d’un savoir lentement élaboré au fil des âges. Il a transmis à son fils Jean Antoine son amour de la belle ouvrage, ce sens infaillible lui permettant de reconnaître sans erreur la bonne essence, le bon arbre qui saurait protéger les clochers des églises, les couvertures immenses des halles dans les bastides. Chaque famille devait aux Larroque le toit qui les abritait des vents soufflant en tempête de l’Autan, et sous lesquels séchaient en sûreté les châtaignes qui faisaient alors la richesse de ce pays. Jean Antoine donna à l’un de ses fils les prénoms de son propre père, et l’autre fut baptisé Jean Pierre. Tous deux ont repris le flambeau, perpétuant cette tradition dont ils avaient oublié l’origine, assemblant, mortaisant, échafaudant cette couverture de bois sans laquelle personne à Bouillac, pas plus qu’en aucun autre lieu, n’aurait pu vivre. Tous s’appelaient Jean, et pour les différencier, on les désignait par leur deuxième prénom. Pierre, charpentier comme son père, comme son grand-père, comme son arrière grand-père, comptait parmi ses amis, ses voisins et les témoins des grands moments de sa vie des charrons, des tailleurs d’habits, des menuisiers, des instituteurs. Il appartenait à l’élite de ceux qui savaient changer le fer en socs de charrue, le bois en armoires de mariage, le cadis, cette étoffe épaisse dont Montauban avait fait sa spécialité, en costumes si chauds que même le général et tous ses pairs, en étaient vêtus, pour leur plus grand confort. Lorsque Pierre quitta Bouillac pour s’installer à Dieupentale, il y construisit probablement cette maison dont il était digne. Il me suffirait d’une brève recherche aux Archives, si je pouvais m’y rendre, pour m’en assurer.

JPEG - 139.2 ko
JPEG - 139.2 ko
La boulangerie de Dieupentale en 1910
La boulangerie de Guillaume Larroque, frère du général. Je pense que Guillaume figure à gauche sur la photo du bas ; la femme à ses côtés, représentée également devant la porte de la photo du haut, serait donc Élisabeth Margarit. Photos © Dieupentale d’hier et d’aujourd’hui.

Et j’ai commencé par prétendre que ces gens qui se transmettaient leur savoir et leurs connaissances étaient des gens de peu ? Je suis la fille d’un intellectuel qui, tant pis pour le prestige associé à la fonction, a passé sa vie à fouiller dans la bouche des gens. Des ivrognes comme des députés, des « Bougnoules » comme des premiers violons ; et tandis que son propre père (dont j’ignore même le prénom) fabriquait des fausses dents avec la même dextérité que Pierre sculptait les charpentes, ma grand-mère paternelle cousait les robes de plus riches qu’elle, pour qu’elles puissent briller sous les lambris de Saint-Brieuc alors qu’elle devait rester à sa fenêtre, ou sous la chandelle, broder les soies qu’elle ne portait pas. Elle n’était qu’une simple couturière, tout comme la mère de Philippe, ce fils de pauvres que mon père croisa lors d’une unique rencontre, le toisant avant de me glisser à l’oreille : « Ça n’a pas l’air de voler bien haut. »

Jean Larroque, fils d’Antoine le tonnelier, n’est pas sorti du ruisseau. Il descend d’une dynastie qui, génération après génération, a acquis et conservé l’estime et le respect des habitants de Dieupentale, de Bouillac, de Bessens. Les pages des vieux registres d’état civil racontent comment ils célébraient les mariages en compagnie d’une cohorte de cultivateurs, largement représentés dans cette plaine qui fournissait tout le Sud-Ouest en fourrages, en prunes, en châtaignes, en chanvre et en avoine, et auxquels se mêlaient les tisserands, les meuniers, les cordonniers. Certains vivaient modestement, d’autres, qui se désignaient sur les actes officiels comme « propriétaires », avaient réussi à faire fructifier leur travail. Tous vivaient côte à côte, le facteur rural enterrait le limonadier, l’areyeur quittait sa charrue le temps d’assister le boulanger venu à la mairie déclarer la naissance d’un enfant. Ils ne pouvaient se passer les uns des autres, la science de chacun était indispensable à la survie de tous. Il n’était pas question alors, dans cette vaste campagne s’étirant entre Toulouse, Auch et Montauban, d’opposer la culture du praticien, ce notaire du quotidien, au savoir du curé, pas plus que la connaissance de l’ébéniste à l’esprit de l’instituteur.

Arnaud, Antoine, Pierre, ont ensemble bâti la haute maison du général. Dans l’ombre, silencieuses, Jeanne, Marie, Anne ont secondé les laboureurs, les artisans, les notables, filant le chanvre ou la laine, lavant les draps si lourds qu’il fallait les ramener du canal ou de la Garonne avec une brouette, secondant, sous le toit de leurs époux, leurs belles-mères dans la conduite de la maisonnée, subissant les assauts de ces hommes honnêtes et vaillants, donnant naissance au péril de leur vie à leurs fils, élevant les enfants dans le respect absolu du travail et du savoir de leurs aïeux. Des enfants riches de la connaissance de leurs pères. Les plus chanceux, les plus doués, les plus protégés peut-être purent se consacrer à cultiver leur esprit. Jean Larroque fut de ceux-là. Un détail, un hasard sûrement, un concours de circonstances l’éloigna de la fabrique de tonneaux pour le propulser au sommet de la hiérarchie militaire. Un autre hasard aurait tout aussi bien pu le faire évêque, ou ingénieur dirigeant la Compagnie des Chemins de fer du Midi, où son frère Émile fit carrière. Un autre détail l’aurait peut-être conduit à diriger un cabinet d’architecture, et j’habiterais aujourd’hui la maison natale de l’homme qui aurait dessiné les plans des grands magasins ou des gares que l’on bâtissait alors comme des cathédrales.

JPEG - 46.2 ko
Arbre généalogique d’Antoine Larroque
Pour voir cet arbre, cliquez sur la vignette ci-dessus.

Je suis le fruit d’une collision entre la bourgeoisie désargentée et le prolétariat auquel je dois ma liberté, mes congés, mes droits. Avec pour toute trace de mon savoir et de ma connaissance une maîtrise avec mention, obtenue dix ans après l’âge décent pour ce genre de distinction, je gagne le Smic avec la peur viscérale de le perdre demain. Je trompe ma désillusion en m’égarant dans une époque et une société où ont vécu ceux qui ont érigé cette maison que je suis si fière d’habiter. Je ne sais rien de plus qu’eux. Il a fallu que je rencontre ces travailleurs d’un autre âge, qui semble si lointain et qui pourtant est si récent, pour réaliser que mon propre savoir, mes propres connaissances ne deviendront que ce que j’aurai le cran d’en faire. Je suis une journaliste minable vivant dans la demeure d’un grand général. Mais j’ai le pouvoir de le ramener dans les mémoires en exhumant son histoire. Ni bête de guerre ni sauveur, Jean Larroque n’est plus ; et moi, pas plus que lui à son dernier jour, ne peux savoir quand sera écrit le dernier mot, quand sera dit le dernier « Au revoir ». Jusqu’à ce jour-là, et quelles que soient les fondations sur lesquelles est bâtie ma propre vie, avec tout ce qu’elle compte d’étrange, de sombre et d’extraordinaire aussi, il me reste à construire, comme un artisan tissant sa charpente, tout ce qui me survivra.

Recommander : 
 

Vos réactions

 
La Maison du général - 20
4 décembre 2007 22:58, par Umanimo

C’est de mieux en mieux

Mais pour parler du dernier paragraphe, je dirais que tu es trop dure avec toi. Quel que soit ce que tu feras ensuite de ta vie, tu as déjà accompli beaucoup de choses de valeur. Et ça, ça existera toujours.

UMA

La Maison du général - 20
4 décembre 2007 22:59, par DB du Jardin

Merci Uma... J’ai au moins une fidèle ;-)

Ça m’énerve vraiment d’être bloquée pour des raisons qui me pèsent tant. Aucun document ne peut être obtenu par correspondance, il faut se déplacer. Mais comment on fait quand on travaille ? On fait exprès de se laisser foutre à la porte ?

Aller à Vincennes chercher le dossier complet du général, c’est impossible. Aller ne serait-ce qu’à Montauban consulter les archives départementales, c’est impossible. À cause des horaires d’ouverture ; les archives sont fermées le samedi. J’ai besoin d’un certificat de naissance, un seul, aux archives de Lot-et-Garonne, à Agen. Je ne peux pas l’obtenir.

Et le pompon, c’est la secrétaire de la mairie de Dieupentale, à même pas 50 mètres de chez moi, qui a décrété toute seule dans son coin qu’il m’était interdit de photographier (prendre des photos, sans abîmer les documents, et non photocopier, qui est effectivement dangereux) les actes que je recherche. J’ai 23 actes à collecter. Autant dire que c’est impossible. Les recopier, sur un coin de la banque où écrivent déjà tous les gens qui viennent pour les cartes grises, les tickets de cantine, les listes électorales, c’est infernal. Les noms propres demandent tant de concentration que les relever comme ça, à la volée, si l’on n’est pas paléographe, c’est même pas la peine.

Dans les communes environnantes, à Bessens ou à Bouillac, j’ai eu l’aide des secrétaires de mairie qui ont tout fait pour me faciliter la tâche. Il y en a UNE qui fait chier le monde, c’est celle qui détient la plupart des documents dont j’ai besoin. Et encore, il paraît que sa collègue est encore pire. J’ai voulu demander au maire en personne s’il acceptait que je fasse une entorse au règlement, il allait acquiescer quand le bouledogue lui a sauté dessus comme une furie en glapissant « C’est interdit de faire des photocopies et des photos c’est interdit c’est interdit c’est interdit ! » Et donc celle-là, c’est celle qui est sympa...

Si j’ai pu décrire un peu le milieu dans lequel vivaient les parents du général, c’est en relevant les noms, mais aussi les métiers, le fait que les gens signaient ou non (ils savaient ou non écrire), en croisant les différents témoins... Si je ne peux pas le faire à Dieupentale, autant laisser tomber.

Ça m’énerve d’autant plus qu’il y a quelques personnes ici dans le village, que je ne connais même pas, mais qui se passionnent elles aussi pour ce que je raconte au sujet de « leur » général. Les gens veulent savoir comment vivait leur village il y a cent ans, et ça me fait tellement plaisir de leur apporter ça. Ça mange pas de pain et tout le monde est content : ceux qui lisent, qui se disent « Tiens, la boulangerie était là, je savais pas qu’elle était à un frère Larroque », ceux qui se souviennent peut-être du « tonton Jean », ceux qui se remémorent ce que leurs parents ou grands parents leur ont raconté : « On avait un grand général mais il est mort en attendant le train, tu te rends compte ? ». Bah visiblement ça n’ira pas beaucoup plus loin, à cause de la vacherie d’une pétasse derrière son comptoir et des horaires débiles de services censés être au service du public.

Bref, y’a des jours où j’en ai vraiment plus que marre de la connerie ambiante.

DB_merdre_alors,_quoi !

La Maison du général - 20
5 décembre 2007 22:59, par Toulzat

J’appuie totalement ce que vous écrivez ici.

Les secrétaires de mairie de Dieupentale ne sont pas des plus compréhensives. Une petite anecdote marrante, je me pointe un matin à la mairie pour consulter les registres d’état civil et je demande à la secrétaire si on peut photographier les actes. Elle me répond :
- Ni photocopie, ni photographie.
- Même sans flash ?
- Même sans flash. Ni photocopie, ni photographie. Ma belle-mère devait me rejoindre avec son appareil photo numérique pour m’aider dans mes recherches. J’ai donc commencé à prendre des notes sur mon coin de banquette sous le regard des administrés qui défilaient au comptoir. Plus tard, ma belle-mère arrive, me rejoint, consulte à son tour les registres, sort son appareil photo et se met à photographier à tout va, sans demander la permission au cerbère, occupé à son travail administratif. Faussement innocent, je lui demande :
- Vous êtes sûre que vous avez le droit.
- Oui, oui, sans flash, on a le droit. On te le dit dans toutes les mairies...
- Ah bon. J’ai ainsi pu économiser un temps fou, à l’insu de nos bienveillantes secrétaires.

Quant aux autres administrations, ce n’est pas facile non plus. Pour Vincennes, j’ai abusé de la gentillesse de mon meilleur ami qui a sacrifié plusieurs après-midi de son temps pour consulter à ma place les dossiers des officiers de Dieupentale. Pour les archives départementales, il faut dépenser des trésors de diplomatie pour obtenir des photocopies envoyées par lettre (mais c’est possible). De plus, tout cela a un coût, en temps comme en argent.

Plus sérieusement et comme vous le dites, il semble qu’il y ait plusieurs personnes intéressées par l’histoire communale. Peut-être serait-il possible de se constituer en association pour faciliter ces recherches ? Les gens qui ont du temps libre en semaine pourraient aller consulter les archives par procuration pour d’autres, qui pourraient alors les synthétiser. On pourrait arracher la permission de capter les photons réfléchis par les registres d’état civil à travers un diaphragme d’appareil photo, en faisant valoir qu’il y en a moins de réfléchis que si on laisse la page exposée un quart d’heure pour recopier l’acte (mais ça demande un autre type de réflexion ) Peut-être pourrait-on même obtenir une subvention de la mairie, en échange de présentation ou d’exposition des résultats de ces travaux de recherche. Dieupentale a connu beaucoup de nouveaux arrivants ces dernières années, et je pense qu’ils pourraient être intéressés par de telles informations, ne seraient-ce que parce que leurs enfants vont grandir ici.

Qu’en pensez-vous ?

PS : j’ai 2 livres à vous restituer. J’en ai lu un.

La Maison du général - 20
6 décembre 2007 23:00, par DB du Jardin

Une asso... Dans l’absolu c’est vrai que l’idée est tentante : les gens qui en ont la possibilité vont chercher les infos. Mais je ne crois pas qu’il faille en venir à monter une structure avec tout le toutim (et les emmerdements) qui vont avec.

J’apprécie beaucoup les coups de main spontanés et individuels que je reçois parfois. Parce que ça me fait plaisir et que ça me rend service. Mais ce que je fais avec l’histoire du général est quand même assez particulier. D’une part, je suis une emm... euh, ch... euuuuh, enquiquineuse de première et ce que je ne fais pas moi, j’ai l’impression que c’est pas aussi bien fait que si c’était moi qui l’avais fait. Si y’en a qu’arrivent à suivre, chapeau. D’autre part, les renseignements que je collecte, même si je ne les déforme pas, je les interprète, je les touille dans tous les sens, j’en fais un point de départ pour causer d’autre chose. C’est en partie pour ça que je n’ai toujours pas évoqué en détails le livret militaire du général, parce que j’en ai besoin pour plus tard.

Déjà que j’ai du mal à m’entendre avec Marie-Honorine et ses idées tordues, alors imagine la réaction des membres de l’asso s’il s’avère, par exemple, que le général a fait un truc pas joli joli. C’est pure hypothèse, d’accord, mais supposons. Je doute de la survie du groupe à ce moment-là.

C’est vrai que les gens de Dieupentale ont « leur » général, et que chacun peut légitimement chercher à le connaître et à partager ses connaissances. C’est d’ailleurs ce que tu as fait sur le site de Jean-Michel (j’ouvre une parenthèse : si jamais y’a VM qui voit qu’on se voussoie dans la Cabane, il va jamais revenir, et ce serait fâcheux parce que j’ai encore besoin de lui pour qu’il récupère la brosse à dents qu’il a oubliée chez moi il y a deux ans (et accessoirement il fait les trucs pénibles sur le site, genre renouveler les noms de domaine (enfin quand il y pense)) ; je ferme la parenthèse).

Qu’est-ce que je disais... Ah oui. L’asso, ça ne me paraît pas vraiment nécessaire, à partir du moment où il y a déjà un petit noyau de gens qui aident juste pour le plaisir d’aider. Les nouveaux habitants de Dieupentale (j’en fais partie), je crois que très majoritairement ils s’en foutent complètement du général, du village, du clocher qui s’écroule et du reste. Ils partent le matin au boulot, rentrent le soir, demandent comment on peut se débarrasser des grenouilles et des tourterelles qui font trop d’bruit, s’occupent juste de l’école pour y mettre leurs enfants et n’habitent ici que parce que le terrain plus près de Toulouse coûte trop cher. Il n’y a qu’à voir la fréquentation du site de Jean-Michel... c’est à peu près aussi désert qu’ici (sauf qu’ici ça fait un sacré bail qu’on use nos claviers, quand même, n’est-ce pas les filles ?)

Je trouverai bien un moyen d’arriver à mes fins, et si c’est avec l’aide des gens du village, ce sera encore mieux. J’aime beaucoup la spontanéité de ce qui se passe en ce moment avec certains Dieupentalais. Laissons faire les choses... Et pour tout dire, je préfère que Marie-Honorine continue à délirer toute seule dans son coin, sans avoir à rendre de comptes à un trésorier et encore moins à un élu. C’est une rebelle, Marie-Honorine...

DB_the_poor_somelone_cow

La Maison du général - 20
6 décembre 2007 23:01, par Toulzat

Je vois surtout cette idée d’association comme un outil pour se donner plus de moyens pour effectuer des recherches. Mais bon, laissons l’idée faire son chemin. Dans tous les cas, il est hors de question - pour moi - de chercher à idéaliser le général ou quoi que ce soit. Il n’y a pas de supermen. Il est effectivement possible que le général ait fait des choses pas jolies jolies. Dans ce cas, il n’y a pas à le cacher, ni non plus à le stigmatiser, dans le cadre d’une recherche historique, juste à le dire. Il n’empêche que des faits établis ou des « suppositions raisonnables » puissent alimenter l’imagination de Marie-Honorine, par exemple, sans qu’il y ait de compte à rendre à qui que ce soit.

Désolé pour le vouvoiement, c’est culturel. J’essaierai de ne plus recommencer.

 

À vous d'écrire

 

Au hasard

Des articles...
Une photo...

Cliquez sur cette image pour accéder à l'article dans lequel elle est publiée.

Image extraite de l'article "La vogue"