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5 commentaires

Publié le vendredi 5 février 2010 dans la rubrique :

Petits riens sur tout

L’écurie gaga

Une écurie, c’est un bâtiment dans lequel sont logés les chevaux. En principe. Il y a sur Facebook un jeu en ligne qui fait fureur, avec lequel les internautes se prennent pour de parfaits petits fermiers et cultivent des canards, font pousser des poules, récoltent du pinard à gogo et empilent des vaches dans des étables à deux étages. Depuis quelques jours, ils peuvent également bâtir des écuries, avec l’aide de leurs voisins qui, comme dans la vraie vie, sont très gentils. Normal : comme dans la vraie vie, les voisins sont avant tout des amis.

Ce jeu, en langue anglaise, invite donc ses farmers à construire leur horse stable. Je suis nulle en anglais ; j’ai trouvé que le mot « stable » ressemblait à « étable », et je me suis dit que ces farceurs de Californiens abritaient la plus noble conquête de l’homme dans des étables pour chevaux. Ça m’a fait sourire, brièvement, juste le temps que je réalise que les étables pour vaches se traduisaient par « dairy farm ». Dans le même registre, le terme anglais pour désigner un poulailler est « chicken coop ». Ce qui est formidable avec ce jeu, c’est que l’on devient expert en vocabulaire agricole dans la langue de Shakespeare.

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Mon écurie en cours de construction.

Si ce jeu bucolique avait été développé en langue française, les anglophones auraient, de la même manière, appris que « récolter » signifie harvest, qu’une dinde n’est rien d’autre que a turkey, et que nos stables à nous sont des écuries. Ils s’imagineraient être devenus des as en terminologie rurale. Ils se tromperaient.

Il existe un petit coin de France où l’on s’exprime, avec aisance et un accent épouvantable, en utilisant un vocabulaire aussi déroutant qu’irrésistible. À Saint-Étienne et dans sa région, le patois a disparu, comme partout ailleurs. Mais il a laissé dans le langage courant une foule de mots qui permettent de colorer la langue et de lui apporter une saveur inégalable. Dans le domaine agricole comme dans tous les autres.

Je vous avais déjà parlé de la boutasse : c’est une mare, mais pas n’importe laquelle. La boutasse est pas très propre, peu profonde, son eau est jaunasse, et elle est bien plus petite qu’une mare normale. C’est dans les boutasses que vont boire les vaches au pré. Il y a aussi le chapi, un hangar fermé sur seulement trois côtés. Alors que la grange est entièrement close, avec une grande porte à double battant. Il ne faut pas confondre chapi et grange, sous peine de passer pour un touriste. Je peux vous parler aussi du cafuron, une toute petite fenêtre qui n’est ni un œil-de-bœuf, ni un vasistas, ni une lucarne, ni un « fenestrou » du Sud-Ouest. Un cafuron, c’est spécial, c’est un cafuron, on ne peut pas confondre.

En règle générale, ce beau langage, intimement mêlé à la langue française académique, est utilisé pour désigner des objets, des sentiments, des personnes pour lesquels la langue française n’a rien prévu. Ainsi, même si le matru générique n’est que le synonyme de petit enfant, en plus rigolo, le coissou est bien pratique pour parler d’un garçon ; quant à la jarjille, elle résume l’encombrante expression « gamine qui passe son temps à emmerder son monde mais qui est trop marrante quand même ». Ce langage magnifique, c’est le « parler gaga ». Et je vous interdis de rigoler : le parler gaga, c’est sacré, alors un peu de respect, merci.

Cette noble langue recèle cependant une curiosité : l’écurie. Parce que dans la campagne stéphanoise, l’écurie sert à loger pratiquement tous les animaux. Mais attention : les paysans de la plaine du Forez sont comme les autres, ils sont très organisés et ne mélangent pas les torchons et les serviettes. Les vaches habitent avec les vaches, les cochons ont leur domaine particulier, à l’instar des lapins qui, souvent, sont abrités... sous le chapi. Mais tout ce petit monde habite néanmoins dans son écurie. Alors, si vous allez vous promener en pays d’Urfé, et si vous engagez la conversation avec un accorte fermier, ne lui parlez surtout pas de son étable : il vous regardera soudain d’un œil méfiant. Dites : « l’écurie des vaches ». Vous voulez des œufs frais ? Allez donc les chercher vous-mêmes dans l’écurie des poules. Le soir, les cochons mis au parc (comprenez qu’ils ont passé la journée en plein air) seront rentrés... dans l’écurie des cochons. Naturellement, les lapins sous le chapi ne vivent pas dans un clapier, mais bien dans l’écurie des lapins. Vous pourrez également visiter l’écurie des moutons, l’écurie des pintades, animaux encore plus stupides que les poules, l’écurie des chèvres...

Et les chevaux, alors ? C’est très simple : on les trouve dans l’écurie des chevaux ! Il demeure une anomalie : les paysans chasseurs gardent leurs chiens dans des... chenils, comme tout le monde.

Il me vient soudain une idée : si l’on créait une version forézienne de ce jeu ?

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Vos réactions

 
L’écurie gaga
6 février 2010 11:48, par Wessmuller

D’autres mots « fermiers » appris en Australie :
- hay n’est pas une haie mais du foin
- pine apple n’est pas une pomme de pin mais un ananas
- watermelon n’est pas un melon d’eau mais une pastèque. Le faux amis sont courants entre notre langue belle et ses mots superbes et celle de Shakespeare. Cette réflexion m’a crevé, je vais faire une mariéné (sieste en Gallo), sûrement de vêpré (après-midi) après avoir déjeuner sans piâcher du bê (faire du bruit en mâchant).

L’écurie gaga
6 février 2010 11:58, par DB du Jardin

Et attention à ne pas confondre hay ball, hay roll et haystack ! ;-) Ceci dit, tout ça se récupère une fois qu’on a harvest son wheat...

Tu sais que j’ai intégré « piâcher » dans mon vocabulaire quotidien ? Maintenant, je parle couramment le franco-gaga-breton ! Par contre, avec l’occitan, je fais un blocage. Traumatisme dû à la montagne maudite.

L’écurie gaga
6 février 2010 16:09, par Pomme_des_Amériques

Ce qui par chez nous (en France) est une pastèque est bien un melon d’eau au Québec. Notre blé est « corn » en anglais d’Angleterre, à ne pas confondre avec « corn » en étasunien, qui correspond au maïs que les Québécois appellent d’ailleurs joliment « blé d’Inde »

Pomme_obligée_de_jongler_avec_plusieurs_langues_pour_bosser

L’écurie gaga
6 février 2010 16:19, par DB du Jardin

... sachant que le blé d’Inde (le maïs, donc) est bien originaire du Mexique ! Que ce gros ballot de Christophe Colomb a confondu avec l’Inde.

L’écurie gaga
12 février 2010 20:44, par brendufat (très ému de retrouver le pays)

..et que la confusion entre corn anglais et corn états uniens a valu aux pov’français d’après-guerre de manger du pain fait avec le maïs du plan Marshall...

 

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Image extraite de l'article "Balade à Verdun-sur-Garonne"