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7 commentaires

Publié le jeudi 29 janvier 2009 dans la rubrique :

Les coulisses du journalisme

Je suis en grève... et alors ?

Qualification reniée, rémunération indécente, statut bafoué.
J’ai écrit cet écriteau ce matin en arrivant au boulot, et je l’ai posé sur mon bureau.

Mon chef : Bonjour Dominique ! Ah ! Tiens, vous êtes en grève ?
Moi : Ouais !
Mon chef : Vous faites ça à la japonaise ?
Moi : Disons que comme je suis bien trop isolée pour pouvoir manifester sans m’exposer à des représailles, je fais la grève au travail.
Mon chef : Ah, d’accord. Je vous soutiens !
Moi : Merci.

Donc je suis en grève. Si vous avez la drôle d’idée d’aller sur le site du journal, vous le trouverez pourri, encore plus que d’habitude. C’est normal. J’ai fait ce matin le minimum pour ne pas recevoir (encore) une lettre recommandée me reprochant mon manque d’implication. Les pages de l’un des plus grand sites de PQR sont en vrac, c’est grâce à moi mais je sais bien que tout le monde s’en fout.

Je suis en grève, et alors ? Ça va changer quoi ? Rien. Rien pour moi, en tout cas. Mais alors quoi ? Je fais comment ? Je fais quoi ?

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Vos réactions

 
Je suis en grève... et alors ?
1er février 2009 22:24, par Umanimo

Je ne sais pas comment prendre la dernière phrase de ton chef.

UMA_qui_était_en_grève_aussi_mais_comment_on_fait_en_tant_que_chômeur_pour_faire_grève ?

Je suis en grève... et alors ?
19 mars 2009 00:59, par DB du Jardin

Bah, moi non plus je ne sais pas comment interpréter sa réaction. Il n’y a pas eu de réflexions désagréables depuis, pas d’allusions, rien. Ça se passe même plutôt bien.

Mais il n’empêche que le problème reste entier : quand on est tout seul, ou chômeur, ou salarié d’une petite entreprise, ou quand on est sous le coup d’un statut précaire, on est obligé de subir. On ne peut rien négocier, on ne peut pas aller manifester, et on ne peut pas s’amuser non plus à sortir son petit écriteau en restant devant son bureau les bras croisés. Il est clair que si je renouvelais l’opération demain, je m’exposerais cette fois à un très sévère retour de bâton.

Alors demain, officiellement, je suis en vacances. C’est le seul moyen pour, à la fois, ne pas m’exposer à des sanctions qui tomberaient inévitablement, et ne pas me « coucher » en travaillant normalement — ce qui reviendrait à admettre que je n’avais fait qu’un petit « caprice » le 29 janvier.

Malheureusement, je ne crois pas que les manifestations de demain changeront quoi que ce soit à la ligne de conduite du Gouvernement. Il n’y aura que colère d’un côté et condescendance de l’autre, avec l’annonce de mesurettes qui ne seront, encore une fois, que de la poudre aux yeux. Je n’y crois pas parce que, d’une part, l’État est impuissant devant la gravité de la crise actuelle (qui couvait depuis des années, les cons d’en bas l’avaient vu venir de loin : quand la valeur des choses et des biens devient délirante, ou quand un chef gagne à lui seul plus que ses 10 subordonnés réunis, le crétin de la base comprend bien que ça va s’écrouler un jour), et d’autre part, parce que ce même État est obstiné et méprisant. Mais on aura quand même le sentiment d’être moins seuls face à nos galères...

J’espère quand même qu’il y aura beaucoup, beaucoup, beaucoup de monde dans les rues. Nous n’avons pas, en Métropole, le courage des Antillais qui ont tenu bon, en dépit des sacrifices et des souffrances qu’ils ont dû endurer pendant de longues semaines. Peut-être avons-nous encore plus à perdre qu’eux, qui ne pouvaient tout simplement plus vivre.

DB_solidaire_mais_un_peu_désabusée

Je suis en grève... et alors ?
19 mars 2009 12:13, par Frédéric

« l’État est impuissant devant la gravité de la crise actuelle »

Je suis absolument en désaccord avec ça. Ce n’est pas que l’état ne peut pas, c’est qu’il ne veut pas. Par le passé, quand des situations impérieuses l’ont demandé (guerre), il a su mettre en place un dirigisme économique fort (réquisition des moyens de production, cartes de rationnement, etc). Maintenant, comme dans les pays voisins, on se contente de gérer avec quelques ajustements restant dans les marges de manœuvre que l’on veut bien s’accorder. Il faut éviter de toucher au principe sacré de propriété.

De toute manière, le nabot intellectuel qui nous gouverne ne se soucie pas de cela. Il est enfermé dans sa vision paranoïaque de la société et, grâce à une assemblée nationale aux ordres, il y enferme peu à peu tout le pays. D’un côté, ses amis : les possédants, qui ont le pouvoir tout simplement parce qu’ils le méritent. De l’autre, la plèbe, un genre de sous-humanité, tous coupables en puissance. Florilège :

Les jeunes ? Des délinquants qu’il faut ficher dès le plus jeune âge. L’école doit être protégée des bandes qui y sévissent. L’éducation, connais pas. De toute façon, c’est comme ça parce que leur parents et leurs profs sont des fainéants.

Les malades ? Fraudeurs ou malades imaginaires. Pour leur apprendre, instaurons des franchises.

Les associatifs ? Terroristes d’ultragauche qu’il convient de ficher.

Les fonctionnaires ? Des fainéants et des privilégiés bien sûr ! En réduisant le nombre de postes, on va améliorer le service parce que ceux qui restent vont se mettre à bosser. Un oiseau volent mieux sans ses plumes, il est plus léger.

Les internautes ? Des pirates, pédophiles, trafiquants en tout genre, qu’il faut surveiller.

Les hôpitaux et les médecins ? Des escrocs qui s’enrichissent grâce à la complicité des malades imaginaires.

Les pauvres, les chômeurs ? Des fainéants qui n’ont que ce qu’ils méritent.

Les SDF ? Idem. On veut bien les loger s’ils sont honnêtes (il y en a ?). Sinon, non, pour les responsabiliser et leurs enfants (qui y sont certainement pour quelque chose) aussi.

Les étrangers (non touristes), immigrés, personnes au teint bronzé ou au patronyme africain ou moyen-oriental ? Des fraudeurs aux prestations sociales, bien sûr. Et leurs enfants ? Pareil, d’ailleurs c’est pour ça qu’ils en font, c’est bien connu. S’ils sont de religion musulmane, les classer aussi dans les catégories terroristes et antisémites.

Les vieux ? Des fainéants qui ont pris leur retraite au-lieu de continuer à travailler.

Heureusement, il reste quelques bons français méritants qui ont su atteindre la réussite sociale à la force de leur travail : Martin Bouygues, Serge Dassault, Arnaud Lagardère, etc (la liste est longue).

On est plus dans une problématique de volonté que de possibilité. Et malheureusement, ça va durer encore de longues années...

Je suis en grève... et alors ?
19 mars 2009 13:11, par DB du Jardin

Frédéric —> Veux-tu m’épouser ?

Je suis en grève... et alors ?
19 mars 2009 19:39, par Frédéric Tribuiani

Très juste Frédéric, alors imaginez quand on est un jeune internaute appartenant à un parti politique d’extrême gauche fils de syndicaliste, avec un nom italien :

délinquant, pirate, fraudeur et terroriste cryptogauchiste !

Contre le cumul des mandats et contre le cumul des tares !

Frédéric Tribuiani, Secrétaire chargé des jeunes actifs et des précaires pour le Mouvement des Jeunes Communistes 82

Je suis en grève... et alors ?
19 mars 2009 22:27, par Umanimo

Pstt ! Dominique, tu es déjà « en main » alors, c’est moi qui demande à Frédéric de m’épouser, tu permets ! :-)

Quand j’ai lu ton commentaire et la phrase fatidique sur la crise, j’ai pensé tout de suite la même chose que Frédéric. Non, la crise n’est pour rien là dedans. Elle est surtout une bonne excuse depuis moultes années pour demander toujours aux mêmes de se serrer la ceinture tandis que les autres s’en mettent toujours plus dans les poches. Avec en prime le mépris de ceux qui leur volent leur argent, leur richesses, celles qu’ils ont produit, le mépris et la culpabilisation :

« tu es au chômage, c’est de ta faute, tu es trop difficile sur les boulots que tu cherches »

« tu travailles, mais tu ne t’en sors pas quand même, c’est de ta faute, tu dépenses trop ou tu ne travailles pas assez »

« tu te retrouves à la rue, c’est de ta faute, tu es un looser »

« tu fais un boulot qui ne correspond pas et de loin à tes qualifications, c’est de ta faute, tu ne sais pas te vendre »

« C’est ta faute, c’est ta faute, c’est ta très grande faute ».

UMA_qui_fulmine

Je suis en grève... et alors ?
19 mars 2009 23:05, par DB du Jardin

Uma a dit :

Pstt ! Dominique, tu es déjà « en main » alors, c’est moi qui demande à Frédéric de m’épouser, tu permets !

Euh... Ouais, mais lequel ? MON Frédéric est encore mineur, j’te signale. L’autre... il est juste marié. On peut s’arranger.

Sinon. À trop vouloir faire court j’ai complètement déformé ma pensée. Pourtant, c’est pas mon genre, de faire court. Ça m’apprendra. Ce que je voulais dire, c’est que les dégâts sont tels, maintenant, aujourd’hui, que l’État (et ses alliés, les financiers, les chefs de multinationales, les spéculateurs...) ne peut plus rattraper la casse qu’il a provoquée, avec l’aide bienveillante de tous les G : le G8, le G20... Même le plus honnête des dirigeants, même le plus généreux, même le plus humain ne pourrait pas réparer le désastre, ou en tout cas ne le pourrait pas seul. Et je vois mal tous les pays (riches) du monde se donner la main et s’acheter une vertu. Tenez, Barack, porteur de tant d’espoirs, probablement un peu moins pourri que la moyenne, pensez-vous qu’il parviendra à protéger son peuple ? En admettant qu’il veuille à tout prix rétablir une vraie justice sociale dans son pays, pensez-vous qu’il est libre d’agir ? Je ne crois pas.

Quant à la crise « prétexte », j’en ai parlé ici dans le jardin à plusieurs reprises, hélas, je suis bien d’accord avec vous : le tout petit bonhomme minuscule et qui a été le dernier à voir arriver le schpountz (comment ça s’écrit, au fait, le schpountz ? Quelqu’un sait ?) abuse sans vergogne de cette belle aubaine pour échapper à ses responsabilités (qu’il partage avec son prédécesseur et ses petits copains, il n’a pas foutu un tel bordel tout seul, ne lui donnons pas le pouvoir qu’il n’a pas) et ne rien décider, ne rien entreprendre et cacher sa toute petite tête dans le sable en répétant « J’m’en tiendrai à mon programme ».

Ceci étant posé, les millions de gens dans la rue, les dizaines de milliers de grévistes, les émissions télévisées et les débats, les petits écriteaux sur les bureaux, les rébellions individuelles et les slogans repris par les foules, tout ça : à quoi cela servira-t-il ? Demain, les gens qui ont encore un boulot iront travailler. Et après ? Sous Juppé, la France avait été bloquée, la rue avait un vrai pouvoir. Aujourd’hui, en dépit de la colère unanime, malgré la popularité des manifestations, vous avez vu le pays paralysé, vous ?

Enfin bon... S’il y a encore une autre journée d’action (c’est probable), je ressortirai ma petite pancarte. Je ne pourrai pas faire plus, et ce sera déjà pas mal : c’est que j’aurai encore un salaire, même minable, à la fin du mois.

 

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