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2 commentaires

Publié le jeudi 25 mai 2006 dans la rubrique :

Livres, littérature, littérateurs...

Fred Vargas

- Titre : Dans les bois éternels
- Nom et nationalité de l’auteur : Fred Vargas (française).
- Éditeur : Viviane Hamy, coll. Chemins nocturnes
- N° ISBN : 2-87858-233-0
- Dépôt légal et date de dernière édition : 2006
- Commentaire : Génial.

J’avais lu il y a quelques temps Sous les vents de Neptune, je viens de replonger avec Dans les bois éternels.

Fred Vargas écrit des romans policiers, publiés aux éditions Viviane Hamy. Je ne suis pas fan de polars, mais là, franchement, c’est rien que du très bon.

Qualité numéro 1 : l’excellence de l’écriture. C’est un vrai bonheur de voir qu’il y a des gens qui écrivent si bien, avec un vrai style, une patte, un dynamisme, un rythme qui font qu’on plonge là-dedans sans vouloir en sortir.

Qualité numéro 2 : l’épaisseur des personnages. Rien que des cas irrécupérables, des phénomènes absolument infréquentables et qu’on accepte sans broncher. Dans la vraie vie, si on croise l’un des personnages de Fred Vargas, on prend ses jambes à son cou pour fuir le plus loin possible. Mais dans les bouquins de cette auteure décidément très douée, ils sont chez eux, dans leur élément. Alors on avale sans frémir, et même on en redemande !

Je ne suis pas encore arrivée au premier quart des Bois éternels. Et j’ai déjà croisé un mec qui ne parle qu’en alexandrins parce que sa grand-mère a sauvé de l’incendie l’intégrale de Corneille alors qu’elle était à l’orphelinat. Un Béarnais qui a les cheveux rayés de roux parce qu’il s’est fait mettre une rouste étant môme par les gamins de la vallée d’en face. Et, passage qui restera dans mon anthologie personnelle, un groupe de paysans normands commentant au bistrot le meurtre d’un cerf relaté dans Le Grand Veneur de l’Ouest. Du grand art !

La scène se passe dans un café ; six hommes discutent, et l’auteur décrit la conversation comme s’il s’agissait d’un concert, où les interlocuteurs seraient des musiciens, et la discussion une fugue (thème, contrepoint...). Et voilà comment des ragots de café du Commerce accèdent au statut d’œuvre orchestrale...

Citation :

(...) Calé sur une banquette usée avec une bière, le commissaire examinait le groupe qui venait d’investir bruyamment la salle, l’arrachant à un demi-sommeil.
- Veux-tu que je te dise ? demanda un grand homme blond en repoussant sa casquette d’un coup de pouce. Que l’autre le veuille ou non, pensa Adamsberg, il le dirait.
- Des trucs comme cela, veux-tu que je te dise ? répéta l’homme.
- Cela donne soif.
- Exactement, Robert, approuva son voisin e emplissant les six verres d’un geste ample. Donc, le grand gaillard blond taillé comme une bûche s’appelait Robert. Et il avait soif. Le temps de l’apéritif commençait, têtes rentrées dans les épaules, bras fermés autour des verres, mentons offensifs. L’heure du rassemblement majestueux des hommes quand sonne l’angélus du village, l’heure des sentences et des hochements de tête, l’heure de la rhétorique rurale, auguste et dérisoire. Adamsberg la savait sur le bout des doigts. Il était né dans son refrain, avait grandi dans sa musique solennelle, il connaissait son rythme et ses thèmes, ses variations et contrepoints, il connaissait ses protagonistes. Robert venait de donner le premier coup d’archet, et chaque instrument se mettait aussitôt en place selon un ordre immuable.
- Et je vais te dire mieux, annonça l’homme à sa gauche. Cela ne donne pas seulement soif. Cela donne le tournis.
- Exactement. Adamsberg tourna la tête pour mieux voir celui qui avait la charge humble mais nécessaire de ponctuer, comme par un coup de basse, chaque tournant de la conversation. Petit et maigre, c’était le plus faible d’entre eux. Comme de juste, et ici comme ailleurs.
- Celui qui a fait cela, énonça un grand voûté en bout de table, ce n’est pas un homme.
- C’est une bête.
- Pire qu’une bête.
- Exactement. Introduction du thème. Adamsberg sortit son carnet, encore gondolé par l’humidité, et entreprit de dessiner les visages de chacun des acteurs. Têtes de Normands, à n’en pas douter. Il retrouvait en eux les traits de son ami Bertin, descendant du dieu Thor, maître du tonnerre, qui tenait un café sur la place de Paris. Tous maxillaires carrés et pommettes hautes, tous cheveux clairs et regards bleu pâle qui se dérobaient. C’était la première fois qu’Adamsberg mettait les pieds dans le pays des prairies trempées de la Normandie.
- Pour moi, reprit Robert, c’est un jeune. Un obsédé.
- Un obsédé, c’est pas forcément un jeune. Contrepoint, lancé par le plus vieux de tous, celui qui tenait le haut bout de la table. Les visages se tournèrent, passionnés, vers l’aïeul.
- Parce qu’un jeune obsédé, quand ça vieillit, cela donne un vieil obsédé.
- Ça se discute, grogna Robert. Robert avait donc le rôle difficile, mais également indispensable, du contradicteur de l’aïeul.
- Ça ne se discute pas, répliqua le vieux. Mais ce qui est vrai, c’est que celui qui a fait cela, c’est un obsédé.
- Un sauvage.
- Exactement. Reprise du thème et développement.
- Parce qu’il y a tuer et tuer, intervint le voisin de Robert, moins blond que les autres.
- Ça se discute, dit Robert.
- Ça se discute pas, trancha l’aïeul. Le gars qui a fait cela, il voulait tuer et rien d’autre. Deux coups de fusil dans le flanc et voilà tout. Il ne s’est même pas servi sur le corps. Tu sais comment j’appelle cela ?
- Un assassin.
- Exactement. Adamsberg avait cessé de dessiner, attentif. Le vieux se tourna vers lui et lui jeta un regard coulé.
- Après tout, dit Robert, Brétilly, ce n’est pas tout à fait chez nous, c’est tout de même à trente bornes. Alors, pourquoi on en parle ?
- Parce que ça déshonore, Robert, voilà pourquoi.
- Pour moi, c’est pas un gars de Brétilly. C’est un coup de Parisien. Angelbert, c’est pas ton avis ? L’aïeul qui dominait la tablée se nommait donc Angelbert.
- Il faut admettre que les Parisiens sont plus obsédés que les autres, dit-il.
- Avec leur vie.

Alors, c’est pas beau ?

DB_qui_se_régale.

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Vos réactions

 
Fred Vargas
7 novembre 2009 02:37, par brendufat

J’ai acheté ce bouquin il y a quelques jours, sans du tout me souvenir de ta chronique, mais je savais à qui j’avais affaire. M’étais promis de faire durer le plaisir, pas plus d’un chapitre à la fois.

Et, naturellement...

...j’ai tout lu d’une traite :-)

Vargas c’est que du bon !

Fred Vargas
7 novembre 2009 10:11, par DB du Jardin

Tout d’une traite ? Fouilla !

Mais dis donc... T’as pas un tapuscrit à lire toi aussi ?
Pris la main dans le sac, le Brendu : il fait comme Uma, il lit de bons bouquins au lieu de mon machin à moi ! :-)

En plus, toi, tu peux pas dire que c’est à cause de l’imprimante...

DB_vs_Vargas_:_j’ai_aucune_chance

 

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