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5 commentaires

Publié le lundi 2 novembre 2009 dans la rubrique :

Livres, littérature, littérateurs...

La drôle d’histoire d’un chef qui a écrit la drôle d’histoire d’un poisson

Exil — Parole de carpe

Titre : Exil — Parole de carpe
Auteur : Bruno Pachent
Éditeur : Labor, coll. Grand Espace Nord. L’éditeur (belge) n’existe plus, la collection a été reprise quelque part, mais le livre est toujours distribué, on le trouve sans problème.
ISBN : 2-8040-2363-x

Un jour, je faisais les cent pas dans le grand hall vide du journal en attendant un collègue parti régler je ne sais quelle formalité dans un bureau à l’étage. Je n’ai que rarement l’occasion de parcourir ce hall : moi et mes petits camarades travaillons ailleurs, dans un autre quartier, et l’on ne vient ici que pour bénéficier de l’imbattable rapport qualité-prix de la cantine. On monte à sept ou huit dans une voiture (souvent la mienne, parce que j’ai peur quand c’est pas moi qui conduis — et en fait, on est plutôt deux ou trois), on mange, l’un ou l’autre profite parfois du voyage pour aller au CE ou à la DRH et on retourne, repus, dans notre petit immeuble, quelques sorties de périph’ plus loin.

Ce jour-là, donc, je faisais les cent pas. Le hall était très grand et très vide. Dans une vitrine, étaient exposés différents exemplaires des publications du groupe : le grand canard de la région, bien sûr, mais aussi des magazines sur papier glacé, un journal sportif au papier jaune... Çà et là, de loin en loin, étaient réparties de vieilles machines témoignant de l’histoire de l’imprimerie. À l’horizon, près de la grande porte d’entrée que l’on ne prend jamais puisque nous, on arrive par la porte de derrière, je finis par discerner une vitrine verticale dans laquelle des livres étaient alignés. Je me suis approchée et ai découvert le mémorial des « auteurs maison ». J’ai vaguement regardé les couvertures : beaucoup de bouquins régionalistes, des albums consacrés au rugby. Quelques ouvrages historiques, peut-être.

Et puis là-dedans, une couverture a suscité ma curiosité. Différente, vraiment très différente des autres. Celle-là :

Déjà, j’ai trouvé que cette couverture était jolie. Et puis le titre, convenez-en, était pour le moins étonnant. Exil — Parole de carpe. Bon sang, c’était quoi, ce bouquin ? Un traité sur la pêche à la ligne ? J’ai fait le tour de la vitrine et j’ai déchiffré la quatrième de couverture : « Vivre dans la peau d’une carpe n’est pas aisé à qui ne peut se résoudre au mutisme, et à l’ignorance. » Fichtre.

Ce n’est que dans un deuxième temps que j’ai remarqué le nom de l’auteur. Bruno Pachent. Aïe.

Qui est ce Bruno Pachent ? Je l’ai vu arriver un jour dans mon premier étage du petit immeuble à quelques sorties de périph’, où il était venu assister à l’une de ces réunions secrètes que des gens que nous ne connaissions pas tenaient chaque semaine. Des gens en costume, l’air très sérieux, qui s’enfermaient avec notre Nouveau Chef, qui discutaient pendant une heure et qui repartaient sous les regards torves des petits employés que nous étions. Il faut dire que l’arrivée du Nouveau Chef avait marqué la fin d’une époque bizarre (bizarre à mes yeux, j’étais la seule à partager mon opinion) où cette filiale de la Grande Maison ressemblait davantage à une Cour des miracles qu’à une entreprise. Concrètement, quelques-uns de mes chers camarades avaient sérieusement chaud aux fesses, pleurant amèrement l’ère révolue du grand n’importe-quoi (dont le chefaillon qui me pourrissait la vie depuis deux ans et demi). Pour ma part, l’arrivée du Nouveau Chef avait été célébrée par mon licenciement, d’emblée, puisque j’étais arrivée au terme de mes deux ans et des charrettes de période d’essai. Les jardineux de l’époque s’en souviennent : j’ai finalement réussi à ne pas être licenciée, j’avais la haine grave et je souriais, en gros, deux fois par mois. Jamais au boulot.

Pour la petite histoire, le Nouveau Chef a finalement compris (lentement) que je n’étais pas son ennemie. Il a même fini par devenir gentil avec moi et, mais oui, maintenant on s’entend vraiment très bien. Sauf qu’il dit qu’il est satisfait de mon changement d’attitude alors que je n’ai fait qu’attendre sans broncher qu’il se rende compte tout seul que j’étais généralement de son avis (sauf pour me faire virer).

Bref. À l’époque où j’arpentais le grand hall très vide, les costumés du siège social, quand même, je m’en méfiais pas mal. Bruno Pachent était de ceux-là, je ne savais pas très bien quel était son rôle, ça ne m’intéressait pas du tout, c’était un costumé, un big boss (un mètre quatre-vingt cinq, facile), un de ceux qui voulaient me foutre dehors. J’en ai donc conclu que son truc de carpe qui parle, c’était... Je le dis, ce que j’ai conclu ?

Oui mais seulement voilà. D’abord, celui-là était toujours poli et me disait « Bonjour Dominique » lorsqu’il venait à ses réunions. Il disait bonjour à tout le monde, nous on ne savait même pas vraiment qui c’était mais des costumés qui ne disent pas bonjour, on en a vu défiler pas mal. Donc. Ensuite, j’ai fini par apprendre, par le biais d’occultes sources, qu’avec le Nouveau Chef ce big-boss là était à peu près content de mon travail. Rayé de la liste des ennemis. Enfin, j’ai remarqué qu’il faisait partie des quatre lecteurs du site du journal à remarquer les fautes d’orthographe dans les titres. Voilà comment Bruno Pachent finit par accéder au statut de personnage éventuellement supportable. Les trois autres lecteurs ? Moi, et je ne connais pas les autres.

J’ai laissé dans un coin de mon crâne cette histoire de livre avec une carpe parlante. Et puis une nuit, je n’avais plus rien à lire, va savoir comment, j’ai commandé le bouquin sur le site internet de la Cnuf. Ça me titillait, quand même, de savoir ce qu’un big boss même pas franchement antipathique, même pas hostile, juste boss (j’ai fini par trouver dans je ne sais quel organigramme qu’il était directeur du marketing ou un truc du genre), pouvait bien écrire dans un bouquin intitulé Exil — Parole de carpe.

Eh bien, vous savez quoi ? C’est pas beau d’avoir des préjugés. Et c’est bien agréable d’avoir, comme ça, des surprises pareilles qui tombent dans votre boîte aux lettres. Retenez donc ceci, amis jardineux : le directeur de je sais pas quoi, ce qu’il fume dans le civil, c’est de la bonne.

On apprend dans son livre que si les carpes sont peu loquaces, certaines, parfois, sortent du lot. L’exemple édifiant d’Exil, carpe mâle qui s’emmerde prodigieusement dans son coin d’étang, en fait la démonstration. Par un coup du sort providentiel, cette carpe bavarde, curieuse, aventurière, intégralement anti-conformiste va se voir offrir l’opportunité de parcourir le monde. En plus, elle est un peu bancale, la carpe : elle est atteinte d’une malformation des nageoires pelviennes. C’est très important pour la suite.

Franchement, lisez ce petit bouquin : c’est un régal. Vous suivrez les aventures de ce poisson qui tombe amoureux d’une tanche prénommée Alkp (les poissons, il faut le savoir, reçoivent pour prénom le premier mot qu’ils prononcent après leur naissance — les carpes étant muettes, Exil n’avait pas de nom, jusqu’à ce qu’Alkp le baptise), rencontre des morues très vulgaires, apprenne à voler avec un exocet, parcoure les mers (non sans avoir eu à subir une sévère période d’adaptation au changement d’eau). Exil, c’est bien simple, va faire le tour du monde, un poil intrigué par les humains. Une fois devenu vieux et sage, il va rentrer chez lui... et... et vous n’avez qu’à lire, zut.

Un road-movie ichtyologique, quoi.

Et surtout, c’est très, très bien écrit. Ciselé aux petits oignons, vraiment. Avec du subjonctif que même moi j’avais fini par en abandonner l’usage, parce qu’on me disait que mes rédactions étaient recopiées dans des livres ! Voici un conte loufoque, frais et poétique qui fait le plus grand bien. Je vous le recommande expressément ! C’est vraiment un très joli petit livre, une pépite.

Oubliez que les écrivains sont dans la vraie vie des gens comme les autres, pensez que les gens comme les autres (même les boss) peuvent vous étonner et si vous croisez un chef à la machine à café, imaginez qu’il a peut-être dans une poche de son complet un truc marrant que personne ne pourrait soupçonner...

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Vos réactions

 
Exil — Parole de carpe
2 novembre 2009 19:38, par Umanimo

Ca donne envie. J’ai pas mal de bouquins à lire, mais un de plus ne fait jamais de mal.

Exil — Parole de carpe
2 novembre 2009 22:36, par DB du Jardin

Uma -> D’autant que celui-ci n’est pas très épais (195 pages) ; et quand on est aquariophile... :-)

Mais t’as pas un tapuscrit à lire, toi ?

Exil — Parole de carpe
3 novembre 2009 04:26, par Wessmuller

Ca (je n’ai pas de c cédille majuscule) pour une surprise, c’est une surprise ! J’ai rencontré ce monsieur Pachent et je suis étonné qu’il puisse être loufoque. En même temps, la première fois que je t’ai vue, je ne pensais pas que tu pouvais être drôle... Les préjugés ce n’est vraiment pas bien !!! Et une petite phrase toute faite pour la route. Un grand penseur disait : « l’habit ne fait pas le moine ! »

Exil — Parole de carpe
3 novembre 2009 11:16, par Umanimo

Dominique : oui j’ai commencé sur l’ordi, mais notre imprimante est en panne au boulot et pour imprimer sur la mienne c’est un peu galère (d’autant plus qu’elle presque HS, des mois que je dois la changer). J’ai d’ailleurs déjà une « critique » que je t’envoie par mail.

Pour ce qui est de « il ne faut pas juger sur les apparences », je suis tout à fait d’accord. J’essaye dans la mesure de mon possible, mais nous sommes tellement conditionnés que c’est une lutte permanente.

Je prends un exemple récent : dans l’asso, il y a une dame qui vient faire le ménage (venait plutôt, elle a trouvé du travail ailleurs et ne vient plus). Petite dame d’origine mahgrébine (je ne me souviens plus la nationalité, alors plutôt que de dire une bêtise). Elle est assez bavarde, si bien que quand elle venait faire ses deux heures de ménage, tout en balayant, elle parlait avec nous. A l’occasion du rahmadan, elle nous a parlé de sa démarche religieuse. Avec son air tout ordinaire, son boulot que d’aucuns considèrent comme ne pouvant convenir qu’à des illettrés, elle nous a raconté qu’elle avait lu le coran et la bible, qu’elle avait longuement réfléchit à tout ça et qu’elle avait fini par se convertir au christianisme parce qu’elle avait trouvé que cette religion lui convenait mieux en particulier pour ce qui est de la façon dont sont considérées les femmes.

Ca m’a troublé parce que je me suis surprise à cette occasion en flagrant délit de jugement à priori. Comme quoi, nous fonctionnons tous pareil.

UMA

Exil — Parole de carpe
6 novembre 2009 14:09, par brendufat

Joli(s)...

Et l’article, et l’histoire d’uma...

 

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