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6 commentaires

Publié le vendredi 22 août 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Rédaction de rentrée

Des vacances de rêve (4/5)

Le début du récit est ICI

Tu passes tout ton dimanche à extraire les kilos de poussière qui se sont amoncelés dans ton salon. Tu laves à grande eau le plancher rayé par les éclats de brique, griffé par les coups de pelle, poinçonné par les outils jetés au sol et les pieds de la brouette. Dans la cour, tu constates la mort du joli petit arbre dont tu ignores le nom, celui aux grandes feuilles trilobées et qui donnait de si belles fleurs rouges, ressemblant à de grosses clochettes et dont les pétales paraissaient être en papier crépon. Ce petit arbre que ton homme avait soigneusement contourné lorsqu’il était passé avec le tractopelle, et que les Portugais ont brisé au pied, tu ne sais même pas comment.

Marie-Honorine, tu abhorres les xénophobes, tu hais les ségrégationnistes, tu prônes la fraternité entre les peuples, tu as connu de grandes et belles amitiés avec des gens de toutes cultures. Mais là, tu m’inquiètes. Comment peux-tu te laisser aller à grommeler « Font chier ces putains de Portos » ? Tu réalises, Marie-Honorine ? Oui. Je sais que oui.

Allons. Mercredi au plus tard tout cela sera terminé, tu auras toute une semaine avant de retourner travailler. Regarde dans quel état tu te mets, Marie-Honorine. Jamais cela ne t’était arrivé de rester éveillée pendant des heures dans ton lit, les yeux grands ouverts, te retournant sans cesse en te demandant comment te sortir de la masse de travail qui t’attend, en te disant que tu n’en viendras pas à bout, en serrant les dents si fort que tu les entends grincer. Pourtant, tu as traversé de bien sales moment, tellement plus terribles que ce petit contre-temps de quelques jours. Toujours, tu t’es enfuie dans le sommeil. Pourquoi tu ne t’endors pas ? Au lieu d’enfoncer tes ongles dans tes paumes, sanglotant sans que jaillisse une seule larme ? Ça sert à quoi de regarder le jour poindre au-delà du clocher ? Tu es en vacances, c’est trop bête, repose-toi ! Tu sais quoi ? Lundi, quand ils seront là, tu partiras avec ta moto, comme l’autre jour à Auch. Au moins, pendant ce temps-là, tu n’auras pas à les supporter.

Oui, mais lundi il fait toujours aussi chaud. Les nuages menacent, mais l’air est toujours aussi pesant et torride. Plutôt que de suer sous ton casque et dans ton blouson, prends donc ta voiture climatisée, si ça te chante, mais pars ! Pars ! Va donc à Montauban, chercher cette partition de Dussek que tu as envie de jouer au piano. Va à la librairie et achète autant de livres que tu voudras. Offre-toi un confit de canard, et puisque tu aimes conduire, pars au hasard. La porte sera finie quand tu rentreras.

Avant de partir, tu vas voir tes maçons qui posent les hourdis de la terrasse. Ton inquiétude va grandissant : on ne te fera jamais croire que, même après que la dalle sera coulée, la terrasse sera à peu près au niveau de la porte. Même avec « une petite marche ». Tu dis aux artisans qu’il y a deux grandes bouteilles d’eau dans le frigo, exprès pour eux, qu’ils n’hésitent pas à se servir. Il y a quelques bières, aussi. Tu en as acheté deux packs, pour toute la semaine. Voilà, enfin tu t’en vas.

-o-o-o-

Il n’y a pas de partitions de sonatines de Dussek, hormis dans des recueils qu’il te faut feuilleter, un à un. Tu passes en revue Les Classiques favoris, les méthodes de toutes les couleurs, les cahiers de pièces progressives, tu tournes des centaines de pages au fond d’un magasin mal éclairé à côté d’un commerçant qui attend en tambourinant des doigts sur son comptoir. Tu ne trouves pas ta Sonatine en mi bémol majeur. Tes nuits blanches te pèsent, la chaleur t’accable, les jours de liberté volée que tu as vu filer et se perdre dans l’abîme d’une triste année t’oppressent. Tu sors du magasin bredouille, tu ne déchiffreras rien au piano ce soir. Tu pousses sans conviction la porte de la librairie, tu feuillettes au hasard sans qu’aucun ouvrage ne parvienne à te séduire. Ton esprit est resté dans les débris, il mesure la hauteur de la terrasse, la largeur du portail, le poids de la frustration. Tu reprends ta voiture et sans déjeuner, tu pars sur la route, n’importe où, tu ne regardes pas le paysage, tu écoutes le moteur et tu traverses les villes et villages sans prendre une seule photo. À ton retour à Dieupentale, les maçons ne sont pas là, ils n’ont pas touché à la porte, tu ne sais pas ce qu’ils ont fait et tu t’en fous.

(À suivre)

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Vos réactions

 
Des vacances de rêve (4/5)
22 août 2008 10:24, par Ardalia

Ce suspend est insoutenable... :-(

Des vacances de rêve (4/5)
4 septembre 2008 22:27, par lpascalon

Ton arbre, ca ressemble à un Hibiscus... Tout simplement.

Des vacances de rêve (4/5)
4 septembre 2008 23:26, par DB du Jardin

Eh ben dis donc, Ludovic, heureusement que tu n’es pas jardinier... ;)

Les hibiscus, c’est très banal, c’est facile à reconnaître, et d’ailleurs il y en a plein dans le jardin du général. L’un d’eux, d’ailleurs, est très beau, et me donne de très grandes fleurs d’un magnifique bleu violacé :

Mon petit arbre faisait des fleurs qui n’avaient strictement rien à voir ; le feuillage est également complètement différent. J’ai fouiné dans quelques jardineries, j’ai fait des recherches sur le ouaibe, j’ai rien trouvé. Tant pis, ce sera maintenant un souvenir de petit arbre sans nom.

DB_j’ai_aussi_des_hibiscus_à_fleurs_doubles,_mais_c’est_moins_joli :-))

Des vacances de rêve (4/5)
14 septembre 2008 19:33, par lpascalon

Il existe une grande variété d’Hibiscus, je pense vraiment que c’est un hibiscus... Je dis ca d’après la forme des feuilles avant tout.

Des vacances de rêve (4/5)
15 septembre 2008 00:44, par DB du Jardin

Bon. J’aimais bien le petit côté « bel inconnu » de mon petit arbre. D’un autre côté, maintenant que je connais son nom, je pourrai en acheter un pour remplacer celui qui a été massacré par les maçons.

http://www.leaderplant.com/index.ph...

C’est donc un abutilon. Tant pis, il est beau quand même. Certes, c’est une plante de la familles des malvaceæ, comme l’hibiscus, en effet, ou comme la rose trémière... ou le coton.

Eh oui, c’est un défaut incorrigible chez moi (et insupportable, on me l’a assez dit) : je n’affirme (ou ne nie) que quand je suis sûre de ne pas me tromper. Quand je ne sais pas, bêtement et pour mon plus grand malheur, je dis « Je ne sais pas » ! Et le pire c’est que je quand je ne sais pas, je cherche à savoir. Il faudrait quand même que je me corrige, un de ces jours.

Des vacances de rêve (4/5)
21 septembre 2008 13:58, par DB du Jardin

C’est proprement INCROYABLE.
Absolument STUPÉFIANT.
Miraculeusement MIRACULEUX !

Telle l’hydre indestructible, tel le phœnix qui sort du cendrier de la chaudière, telle une belle-mère qui résiste au cyanure, mon joli petit arbre, pugnace, courageux, déterminé, a survécu au supplice du maçon portugais.

Comme une meuf fabriquée à partir d’une côte, de tendres feuilles ont jailli d’une sombre racine, hissant vers la lumière leur envie de vivre, la grâce et la beauté naissant des ténèbres et de la laideur faisant... heu... Bref.

DB_qui_fait_dans_la_sobriété_pour_ce_moment_d’intense_émotion :-))

 

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