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4 commentaires

Publié le jeudi 21 août 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Rédaction de rentrée

Des vacances de rêve (3/5)

Le début du récit est ICI

Quand tu rentres d’Auch où tu as passé des heures délicieuses à contempler des merveilles, tu te sens détendue, tu penses à ton site Internet sur lequel tu vas immédiatement mettre en ligne tes meilleures photos. Tu gares ta moto sous le mur du cimetière d’où tu entends la bétonnière. Ils doivent terminer de coffrer la porte du salon.

Sur ton plancher en chêne massif, assemblé à bâtons rompus et au prix de longues nombreuses heures de travail à genoux, sur ton parquet à soixante-quatre euros le mètre carré sans compter la colle, une brouette de ciment à côté d’un tas de gravats de deux mètres carrés. « Comment cha va, Madame ? » Nom de Dieu. Tu fais observer que le plancher n’est pas protégé. « Vous pas t’inquiètes, ye vais nettoyer cha après. — Mais enfin, il est tout neuf, mon plancher ! — Ah ! Pardon, Madame, ye chavais pas, y’aurais dou faire attenchion, ye vais nettoyer tout de chuite. »

Hé, Marie-Honorine, où tu vas ? Prendre encore un café au bistrot ? Bon. C’est vrai que c’est même pas à cent mètres, quelques pas devant le parc Merlin et tu y es. Tu as raison, va, qu’est-ce que tu peux faire d’autre ? Tu enfermes à nouveau ta pauvre vieille chienne exténuée par tout ce bruit et tout ce désordre dans ton bureau qui est désormais devenu la poubelle de la maison. En traversant la cuisine pour t’échapper, tu vois Alfredo raclant vigoureusement ton plancher avec sa pelle, poussant les gravats sur la terrasse dans un épais nuage de poussière. Les clients du café te regardent arriver en souriant : « Alors, ça avance, les travaux ? » Ils rigolent. Eh oui, Marie-Honorine, tu n’as pas fait travailler le maçon de Dieupentale. Et voilà le résultat. Oui, bien sûr, le maçon de Dieupentale, il n’est jamais venu faire le devis. Et l’autre maçon de Dieupentale ? Il est venu, c’est vrai. Au bout d’un mois. Et puis après plus rien. Il n’avait pas le temps, sûrement. Les clients du bistrot ne sont pas méchants, ils te taquinent juste un peu. Eux aussi, ils en ont connu, des déboires, quand ils ont fait construire. Tu leur rappelles des souvenirs.

Le chantier dure depuis déjà dix jours. Il faut te faire une raison, Marie-Honorine : tes vacances sont perdues. Si tu veux faire ton carrelage, ta porte d’entrée et ton hall, si tu veux exterminer les ronces, il faudra le faire plus tard, à l’automne peut-être, si tu peux prendre quelques jours. Tu vois, finalement, ces deux dernières années, tu n’as jamais pu avoir plus de trois semaines de congés ; eh bien maintenant, ça te fait des jours que tu pourras prendre avant l’hiver. Comme quoi les choses peuvent toujours s’arranger.

-o-o-o-

Ton homme regarde le trou du salon. Enfin terminé. C’est bête, la porte est commandée, elle arrivera le 9 septembre. Le trou restera ouvert comme ça pendant plus d’un mois. Ton homme s’empare d’un mètre pour mesurer l’ouverture. Qu’est-ce qui lui prend ? Les maçons doivent être surveillés sans relâche, c’est évident. Ils ont cassé la table en marbre dont les pieds de fer forgé avaient été soudés par le grand-père, cette table que tu voulais mettre sur la future terrasse. Ils ont tronçonné tes planches d’échafaudage pour faire le coffrage de l’escalier, ils ont pris l’essence de ta moto dans le bidon sous le préau, ils sont sans-gêne mais, il faut le reconnaître, ils travaillent bien. Si tu commences vraiment à les prendre en grippe, c’est normal, ils sont chez toi et te privent de ces vacances tant attendues, que tu avais gagnées au prix de onze mois ternes et douloureux. Mais tu ne vas pas leur en vouloir pour ça, ils sont là pour travailler et ils travaillent ! Et c’est pratiquement fini. Tu feras ton couloir et ta porte et tes ronces la semaine prochaine. Ton homme mesure. Il t’appelle : « C’est combien, déjà, la largeur de la porte ? — 1,30 mètre, pourquoi ? » Il mesure à nouveau. Il regarde le plan de la porte que nous a donné le menuisier, posé par terre à côté du trou, là où Augusto l’a laissé avant de commencer à percer le mur. Ton homme mesure encore. 1,20 mètre.

Alfredo est dans la cour, il nettoie sa bétonnière. À son tour, il mesure. « Mais ch’est que vous avez chanché les dimenchions de la porte, alors. » Toi, le maçon portugais avec ton sabir de chiotte et ton air fourbe, toujours à courber l’échine quand je passe en disant « Cha va bien, Madame ? » d’un air sournois, tu commences à m’emmerder sérieusement, tu sais ? Non, Marie-Honorine, montre-lui plutôt le devis, va. Et ne dis rien.

On trouve une solution. Tu trouves une solution, toi Marie-Honorine, la femme qui n’a jamais fait de maçonnerie de sa vie. On ne peut pas élargir l’ouverture de dix centimètres, ni d’un côté ni de l’autre. Tes deux abrutis de maçons au rabais n’ont pas centré l’ouverture entre les renforts comme tu le leur avais demandé, mais se sont appuyés sur celui de gauche. Élargir à droite ? Impossible. Le linteau serait dans le vide. Tu pousses la troupe dans le hall, et tu leur montres la porte d’entrée : « Il faut faire comme ça ; en feuillure. Vous creusez de cinq centimètres de chaque côté jusqu’à la moitié de l’épaisseur du mur. — Oh, oui, ch’est une idée bonne, Madame. » Conard.

Le maçon veut faire ça fin août : le ciment est encore trop frais, il ne pourra pas le casser tout de suite. Et là, Marie-Honorine, excuse-moi, mais tu perds vraiment ton calme. Et même, tu t’emportes. « Avec tout le bordel que vous m’avez foutu dans la maison, vous allez pas remettre ça dans un mois ! Tout devait être fini ce soir, je veux nettoyer tout votre bazar la semaine prochaine et après il est hors de question que ça recommence ! » Il a compris « bordel », le maçon, il commence à glousser mais ton regard l’interrompt aussitôt. « Oui oui, Madame, vous chavez raichon, ye le ferai lundi. » Faux-jeton !

(À suivre)

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Vos réactions

 
Des vacances de rêve (3/5)
21 août 2008 10:02, par Ardalia

En feuillure ! You are a génie ! Par contre conard ne prend qu’un N, je me suis fait engueuler à ce sujet. C’est très agaçant.

Des vacances de rêve (3/5)
22 août 2008 00:51, par DB du Jardin

Damned ! Anathème sur moi qui ai écrit ce si joli mot en l’entachant d’une telle souillure ! Me le pardonnerai-je un jour ? Quand ? Comment ? Quel sera le prix de ma faute ?

Enfin bon, j’ai vérifié dans le P’tit Bob (c’est pas que je te fais pas confiance, Ardalia, mais que veux-tu, je suis journaliste, je suis éprise de vérité, je vérifie, j’investigue, je croise les infos, tout ça au péril de ma vie), et il tolère mon erreur. Me voici très légèrement soulagée. Parce que, quand même, dans un récit d’une telle tenue, d’un tel niveau, dans cette œuvre où le talent de l’auteur confine au génie, n’est-ce pas, tout doit être parfait.

Bah oui, quoi.

ET N’EMPÊCHE QU’IL Y EN A UNE QUI LIT ATTENTIVEMENT ET JUSQU’AU BOUT MES CONNERIES. JE NE FÉLICITE PAS LES AUTRES. AH ÇA, NON.

(Là, en fait, je gueule façon Djac pour voir si ça bouge comme chez lui.)

DB_qui_va_de_ce_pas_faire_sa_fête_au_N_d’infâmie.:-))

Des vacances de rêve (3/5)
23 août 2008 14:09, par DB du Jardin

Vottre attenttionn, siouplé. Nous asssissttonns accttuelllemmennt à unn rrebbonndisssemmmennt ppallppitttanntt rrellatttiff à ccettte qquesttionn cruciale (j’en ai marre de rajouter des lettres partout, faut que je compte et là, franchement je suis pas douée pour ça), cruciale et essentielle, du nombre de « n » chez Balmeyer

C’est très perturbant, tout ça... ;)

Des vacances de rêve (3/5)
23 août 2008 14:18, par DB du Jardin

Hou la la, y’a le Brendu qui s’y met aussi... Sachez-le : la rentrée littéraire, c’est ici que ça se passe.

 

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Image extraite de l'article "Lettre à Monsieur mon chef"