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Publié le mardi 19 août 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

Rédaction de rentrée

Des vacances de rêve (1/5)

Alors, Marie-Honorine, tu les attendais, tes vacances ! Tu les voulais, tes trois semaines ! Tu avais tout prévu, tout planifié. Tu allais réaliser l’attente de toute une année de travail et d’ennui. Ah ! Comme tu étais pressée !

Tu te souviens ? Tu as assez répété que tu allais décaper le carrelage de la pièce du fond, finir de rénover celui du hall. Qui ne t’a pas entendu rabâcher que tu allais également repeindre la porte d’entrée ? Tu voulais finir de débroussailler le jardin. Oh, pas tout le jardin, bien sûr. Mais la cour de devant, ça oui. Et aussi les abords du pigeonnier, afin de dégager des ronces le joli préau ceignant la petite cour de derrière, celle sur laquelle allait déboucher la nouvelle porte que les maçons viendraient percer dans le mur du salon, au mois d’août.

Ça, Marie-Honorine, tu voulais en faire, des choses. Tu piaffais d’impatience. Tu t’étais promis trois semaines d’efforts pour finir de rendre son lustre à la maison de ton général. Tout serait prêt en septembre pour que tu puisses recevoir pendant quelques jours ta copine du Cantal.

Et puis les maçons sont venus avec trois semaines d’avance. Un chantier qui s’était décommandé, ont-ils dit. Voir tes plans ainsi contrariés t’a un peu chagrinée. Mais tu t’es dit que tu allais t’arranger autrement ; finalement, les travaux avanceraient même plus vite que tu l’avais prévu.

Tu avais déjà eu affaire à un maçon portugais. Eh oui, Marie-Honorine, toi aussi tu cèdes aux clichés et à leurs mirages quand ça t’arrange. Ce maçon-là était fort comme un Turc. C’est curieux, d’ailleurs : on ne dit pas « fort comme un maçon portugais », mais « fort comme un Turc ». Et pourtant. C’était quand ? Il y a plus de dix ans ! Ton fils aidait l’artisan qui lui demandait : « Piston, paché-moi la trouelle de chiment ! » Quand tu as vu non pas un, mais deux maçons portugais arriver chez toi pour faire un devis, tu t’es sentie en confiance. Les explications avaient été laborieuses, les Portugais se traduisaient mutuellement ce que tu leur disais, en s’engueulant. En portugais. Tu as trouvé ça drôle, sur le coup. Pittoresque. Après une longue conversation où les gestes illustraient abondamment le verbe, tu t’es dit que ces deux-là connaissaient visiblement leur boulot. Et quand tu as vu le montant au bas du devis, tu as même pensé que la vie était merveilleuse.

Ils sont arrivés le premier jour de tes vacances. Ils avaient bien compris qu’il fallait centrer la future porte entre les deux renforts qui soutiennent le mur de pignon, et qu’il fallait bâcher le chantier afin que la poussière n’envahisse pas la maison. C’était ton homme qui avait insisté sur ce point. Toi, tu n’avais pas osé, craignant de froisser la susceptibilité des professionnels. D’ailleurs, ils avaient clamé avec la plus grande conviction : « Vous pas t’inquiète ! On a l’habitoude ! » Et quoi qu’il en soit, aujourd’hui, le programme, c’était la réfection du toit du garage. Tu es partie confiante, pour acheter la fenêtre destinée à la salle de bains. Une vraie fenêtre, qui laisse entrer le jour et l’air, et non plus le minuscule cafuron pas plus grand qu’une chatière.

Quand tu es rentrée, quel spectacle trouvas-tu ! Quel ravissement ! Alfredo sur le toit, musclé comme un athlète, recevant d’une main agile les tuiles nettoyées que lui lançait Augusto, bâti comme un lutteur. Un ballet, ces tuiles qui s’envolaient au rythme d’une musique secrète, planant d’une main à une autre sans jamais se perdre dans leur course aérienne. « Ah ça », as-tu pensé, Marie-Honorine, « voici des hommes qui savent vraiment bien travailler. » Tu leur as proposé une bière, ils ont poliment décliné l’offre. « Nous pas boire avec choleil, merchi de l’eau chi vous avez ! » Franchement, Marie-Honorine, les artisans français, on dira ce qu’on voudra, mais bon. On voit bien la différence.

-o-o-o-

Ils sont revenus le lendemain matin avec la bétonnière, le ciment, le sable, les graviers. Ils avaient proprement rangé les vieilles voliges du toit du garage contre l’hibiscus, laissant largement la place sous le catalpa et le magnolia pour que tu installes ta porte d’entrée sur des tréteaux. Mais tu t’es donné quelques heures de répit : les maçons s’apprêtaient à percer le mur du salon, ils allaient faire de la poussière. Tu pourrais commencer à poncer ta porte demain, plutôt. L’après-midi s’annonçait chaude : autant te réfugier dans ton bureau, et écrire, par exemple, quelques lignes au sujet d’un pigeonnier que tu avais découvert en Lomagne, perdu dans un champ de tournesols.

Tu entendais la meuleuse mordre le galandage de ton salon, puis les coups sourds de la lourde masse frapper les moëllons. Les voisins connaissaient bien l’histoire de la maison : ton salon était bâti sur les fondations d’une vieille maison délabrée qui s’était plus ou moins écroulée. Les vendeurs de ta merveilleuse maison avaient confirmé : cette partie de ta demeure avait été bâtie dans les années soixante-dix. D’ailleurs, on pouvait voir les hourdis de béton dans le vide sanitaire, là où tu t’étais glissée pour découvrir les restes d’une ancienne pièce commune, probablement la vaste cuisine où une grande cheminée devait réchauffer le général, enfant. Et dans les combles, là où aucun galandage de terre cuite ne dissimulait les moëllons gris, tu pouvais même voir les traces de l’ancien pignon, plus d’un mètre sous la nouvelle charpente.

Les maçons avaient promis que le trou serait terminé le soir-même. « Le moëllon chaa part bien, ch’est pas dour. » Dans ton bureau, tu sélectionnais les photos du pigeonnier. Tu en avais pris beaucoup, dis donc. Au milieu de l’après-midi, tu te proposas de faire une pause et d’offrir à boire à ta merveilleuse paire de maçons. Tu découvris alors Augusto, pantelant, appuyé sur le manche de sa masse, à côté d’une brèche étroite éventrant un rempart de brique crue.

Mais ? Marie-Honorine ! Cette partie de la maison était bien censée être récente, non ? Tu t’es approchée, incrédule, de la paroi. La suie de la vieille cheminée était toujours accrochée aux briques, tu pouvais même en deviner l’odeur, mêlée à un parfum de terre humide.

La brique était jadis fabriquée à partir de l’argile que l’on extrayait dans la vaste plaine de la Garonne. Cuite, elle servait à l’édification des façades, donnant aux villes du Midi toulousain leur couleur rouge-orangé. Crue, elle était utilisée pour bâtir les murs de soutènement. Les maisons les plus pauvres n’étaient construites qu’en briques crues, larges pavés de quarante ou cinquante centimètres de côté, pour une hauteur de cinq ou sept centimètres, assemblés par un mortier de terre, de sable et de paille hachée.

La brique crue est aussi dense qu’élastique. Elle subit les assauts de la masse sans même s’effriter, et l’outil rebondit d’autant plus fort que le choc est violent. Le mur de ton salon, Marie-Honorine, a peut-être bien deux cents ans. Les précédents propriétaires ont juste remonté le sol et surélevé le pignon. Tes voisins racontent n’importe quoi. Et ton maçon n’a pas l’air content.

Cette fois, il accepte la bière. Il fait une chaleur suffocante. On a frôlé les 37°, aujourd’hui. Tu remarques que les bâches devant protéger le reste de la maison n’ont pas été mises en place. Ce sera fait demain, probablement. Il faut comprendre, quand même, Marie-Honorine : tu ne leur avais pas dit qu’ils allaient tomber dans un tel piège. Bien sûr, tu ne savais pas. Mais quand même...

(À suivre)

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Vos réactions

 
Des vacances de rêve (1/4)
19 août 2008 20:58, par Ardalia

Groumph, j’attends la suite avec impatience et le sourcil ombreux ! Tu vois, il aurait peut-être mieux valu des gars du pays qui auraient su que ce genre de mur ne se démolit pas à la masse, il se démonte, pierre ou brique par pierre ou brique. Ma tché dé broutes ! Tché tout !

 

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