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Publié le samedi 23 février 2002 dans la rubrique :

Mon press-book

Chevaux lourds

Des crinières parmi les vaches

Le Cantal, terre d’élevage

Si le département du Cantal est réputé pour ses vaches salers, il s’illustre dans d’autres productions animales, et notamment le cheval lourd, occupant même le premier rang national dans ce domaine. À l’occasion de la présentation des étalons au Haras national d’Aurillac en 2002, j’ai réalisé ce dossier.

Le département du Cantal en est l’un des producteurs les plus importants. Il exporte en masse vers l’Italie, et son cheptel est reconnu pour sa qualité... Non, il ne s’agit pas de vaches salers, mais de chevaux lourds. Le pays vert est une terre d’élevage et, visiblement, tout ce qui y broute s’en porte bien !

Un climat propice, des herbages généreux : voilà de quoi forger des animaux pleins de qualités. Et si l’élevage bovin est ici une tradition dont on ne sait plus trouver l’origine, il en va de même pour les chevaux.

On ne peut plus espérer retrouver des spécimens d’une race équine "de pays", mais on sait néanmoins que le département a toujours été une terre d’élection pour les éleveurs de chevaux. Ce n’est pas un hasard si c’est à Aurillac que fut installé l’un des premiers Haras nationaux de France, sous Napoléon, en 1806. Et chacun sait que l’illustre empereur nourrissait une affection particulière pour sa monture préférée... nommée "Cantal".

Longtemps, le département a fourni en nombre des chevaux pour la cavalerie : ils étaient réputés pour leur rusticité et leur endurance.

Lorsque, sous le Premier Empire, naquit l’engouement pour les courses, Aurillac se pla ?a à nouveau dans le peloton de t ?te, en b ?tissant l’un des premiers hippodromes fran ?ais.

Aujourd’hui, si l’élevage du cheval de selle ou de course a fortement décliné, le département se positionne au premier rang des producteurs de chevaux lourds. Comtois et ardennais paissent dans les estives, et il est bien difficile ici de voir un pré vide : lorsque les salers en sont sorties, les chevaux prennent le relais.

Utile... et agréable

Pourquoi les agriculteurs cantaliens s’ent ?tent-ils ainsi à conserver des chevaux ? "Certainement pas pour faire fortune !", répond Perrette Allier, directrice du Haras national d’Aurillac. Pour elle, l’élevage du cheval est complémentaire de la production bovine. Mais elle y voit aussi "un c ?té affectif, un peu culturel." Parce que, lorsqu’on est issu de maintes générations d’agriculteurs, forcément, on a un cheval dans son histoire.

Pour Jean-Pierre Olivier, directeur de l’Union régionale des chevaux lourds (URCL), la complémentarité chevaux-bovins est évidente : "Les chevaux nettoient les p ?turages derrière les bovins. À l’époque où l’utilisation des estives faiblissait, les chevaux permettaient de les garder propres, empêchant leur envahissement pas les broussailles." Là encore, le "cheval cantonnier" hérite en outre d’une culture : "Dans certaines zones, comme à Trizac ou à Riom, il y a toujours eu des chevaux." On n’imagine pas une ferme sans eux...

Ainsi, la plus noble conquête de l’homme, en mangeant les refus des bovins, joue-t-il son rôle dans l’exploitation. Il se nourrit sans que l’agriculteur ait beaucoup à débourser, et la vente des poulains lui permet plus ou moins de rentrer dans ses frais : le cheval, s’il ne représente qu’un faible intérêt économique, constitue malgré tout un "plus" dans l’exploitation. Et il permet, même inconsciemment, de conserver un lien avec le passé, lorsqu’on travaillait la terre avec les chevaux. Un peu de pragmatisme mêlé de nostalgie : de quoi joindre l’utile à l’agréable.

Une nouvelle génération d’éleveurs ?

Ce lien avec la tradition ne doit pas laisser croire que l’élevage n’a pas d’avenir. Au contraire. "On constate un renouvellement des éleveurs", témoigne Jean-Pierre Olivier. "Depuis trois ou quatre ans, on voit des jeunes agriculteurs qui sont passionnés. ?a se voit à la préparation des animaux lors des foires ou des concours, cette nouvelle génération a envie de faire des choses." À l’heure où la diversification s’impose, l’élevage équin est une option qui semble séduire les exploitants, et ils s’y attellent avec le plus grand sérieux : "Je ne me fais pas de souci pour l’avenir du cheval lourd dans le Cantal", poursuit le directeur de l’URCL ; "nous avons su trouver un marché avec l’exportation des poulains vers l’Italie et, dans une moindre mesure, vers l’Espagne. Il y a eu des moments difficiles, mais aujourd’hui ce marché est sain et stable."

Cependant, cet avenir n’est pas garanti. En effet, actuellement, les producteurs per ?oivent la "prime aux races menacées" : 1 000 F pour une jument utilisée en race pure, ou 700 F pour les croisements. Or, cette prime, issue de fonds européens, arrivera à terme en 2003. Nul ne sait encore si elle sera reconduite, même si le ministre de l’Agriculture se déclare serein à ce sujet.

En attendant, dans les prés vidés de leurs vaches, paissent de placides juments. Bientôt, leurs poulains vont naître.

De nouveaux horizons ?

De nouveaux horizons ?

La complémentarité cheval-bovins, si elle fonctionne aujourd’hui parfaitement, pourrait aller encore plus loin. En effet, le département jouit d’une popularité indéniable dans le domaine du tourisme vert. Parallèlement, depuis quelques années, on assiste à un engouement massif pour l’équitation de loisirs, avec une demande croissante pour les randonnées montées ou attelées. Reste à savoir si les agriculteurs cantaliens ne pourraient pas exploiter cette tendance. “Ce serait une diversification dans la diversification”, explique Jean-Pierre Olivier. “Mais il y a certainement quelque chose à faire. Le marché de l’équitation de loisirs existe, et les exploitants pourraient, dans la lignée des fermes-auberges ou des gîtes ruraux, consacrer une part de leur activité en dressant quelques chevaux, en aménageant des gîtes d’étape pour les randonneurs... Mais ce ne sera, tout au plus, qu’une activité ponctuelle.” Le directeur de l’URCL ne nie pas, cependant, qu’en termes d’image et de développement agrotouristique, il existe une réelle opportunité. Toujours dans une optique de complémentarité : “Nous n’encouragerons jamais l’élevage du cheval en monoproduction !”

Un CTE cheval

Un CTE cheval

Créé en 1991, le CTE (Contrat territorial d’exploitation) cheval est très peu connu : peut-être n’est-il pas vraiment adapté aux modalités de production pratiquées dans le département.

En effet, si le guide d’élaboration publié par le ministère de l’Agriculture prend bien en compte la production du cheval comme une activité secondaire sur l’exploitation, il semble s’adresser davantage à des agriculteurs réalisant des opérations de diversification tournées vers les loisirs (tourisme, accueil...).

Il n’empêche que des contrats-types ont été validés par les CDOA dans les quatre départements de la région Auvergne. Les aides retenues portent essentiellement sur l’amélioration génétique, l’augmentation de la valeur ajoutée des produits commercialisés (débourrage et dressage, ou production de poulains finis), la diversification dans l’utilisation (travail du cheval dans l’exploitation et activités touristiques) et l’amélioration du bien-être des animaux.

“Les contraintes imposées par ce CTE semblent trop lourdes pour une simple production complémentaire”, argumente Jean-Pierre Olivier, pour expliquer le fait qu’aucun contrat individuel n’ait encore été signé dans le département. “Le CTE est une bonne chose, mais n’apporte rien de fondamentalement nouveau. Il existe déjà un système d’aides qui fonctionne très bien. Encore faut-il qu’il soit maintenu !”

Pourquoi les chevaux lourds ?

Pourquoi les chevaux lourds ?

Quand on remonte dans l’histoire du cheval dans le Cantal, on observe que le département a longtemps entretenu une tradition d’élevage pour la cavalerie. Mais aujourd’hui, les races lourdes sont très largement majoritaires. Pourquoi ?

“Il y a 20 ans, les pouvoirs publics ont relancé l’élevage des chevaux de trait. Cette relance était plus facile dans les zones de montagne. Dans le Cantal plus qu’ailleurs, les syndicats se sont mobilisés, et ont soutenu les “contrats d’élevage”, avec des primes à la clé, s’appuyant sur la complémentarité entre le cheval et les bovins.” C’est ainsi que, selon les explications de Jean-Pierre Olivier, le cheval lourd a trouvé sa place dans le département. À cela, s’ajoute une opportunité économique : “On a eu la chance de trouver un “marché niche” avec l’exportation vers l’Italie. C’est ce marché qui donne sa raison d’être à cet élevage.”

Pour organiser cette production, les éleveurs travaillent en relation avec les associations locales, les groupements de producteurs, les associations d’éleveurs et de mise en marché (comme l’Adeca qui comporte une section Cheval) et, bien sûr, la Chambre d’agriculture. Le marché est actuellement en situation d’équilibre. Le travail s’oriente donc davantage sur une amélioration génétique, avec notamment l’obtention de juments mieux conformées : “On a trop alourdi les chevaux”, affirme le directeur de l’URCL. “Aujourd’hui, on en prend conscience, et on cherche à produire des juments dotées de bons aplombs. Elles produisent mieux et vieillissent mieux. On s’est rendu compte qu’il n’est pas nécessaire d’avoir des mères trop lourdes.”

Paradoxe !

Paradoxe !

Pour l’heure, l’élevage cantalien de chevaux lourds est le plus important de France, si l’on considère le nombre de juments poulinières. A titre d’exemple, sur les 5 326 juments saillies en Auvergne à la saison 2000, 2 319 étaient cantaliennes. Ce n’est pas pour autant que l’on consomme de la viande de cheval... La grande partie de la production est destinée à l’exportation.

Dans la région Auvergne, moins de dix bouchers chevalins subsistent aujourd’hui, essentiellement dans les départements du Puy-de-Dôme et de l’Allier. C’est là que réside le paradoxe du cheval lourd, que l’on observe au niveau national : la consommation de viande chevaline en France est approvisionnée à 70 % par des animaux d’importation, venant essentiellement de Pologne ; les 30 % restants étant assurés par les animaux de réforme (course et selle). L’explication ? Les Français rechignent à consommer la viande blanche des poulains, qu’affectionnent les Italiens. Nous préférons une viande rouge, qui ne peut être fournie que par des animaux adultes. Et c’est ainsi que, dans le Cantal où naissent d’excellents poulains, élevés dans des conditions optimales, on retrouve dans nos assiettes... de la carne.

Et quoi qu’il en soit, la consommation de viande de cheval n’appartient pas aux habitudes culturelles de notre pays et reste marginale, même si la crise bovine a provoqué un report lui permettant de croître de plus de 10 %.

Développer et encourager l’élevage

Le Haras national d’Aurillac constitue l’un des 23 dépôts d’étalons de France. En 2000, les étalons ont sailli dans les 15 stations auvergnates plus de 2 302 juments de trait.

Cette année, la saison de monte débutera le 4 mars. Les étalons sont déjà installés dans les stations de l’Allier, du Puy-de-Dôme, de la Haute-Loire et du Cantal. Une nouveauté : la station de Mauriac n’abrite plus de reproducteurs. Elle restera cependant active, avec un service d’insémination de semences prélevées sur cinq chevaux qui sont restés à Aurillac. Un agent des Haras nationaux assurera un "circuit" pour les inséminations à Mauriac, Pleaux et Saint-Cernin. Il s’agit là de la première étape de la réduction du nombre de stations souhaitée par l’administration des haras, dont le siège social se trouve à Pompadour, dans le département voisin de la Corrèze.

"À terme, l’administration souhaite ne conserver qu’une station par département", explique Perrette Allier, directrice du Haras national d’Aurillac. "Mais il faudra bien tenir compte des impératifs qui s’imposent aux propriétaires dans les régions rurales", ajoute-t-elle, précisant que "ces zones nécessitent, plus que d’autres, un service de proximité".

Au service du cheval

Quoi qu’il arrive, l’administration devra poursuivre sa mission : promouvoir et développer l’élevage des équidés et les activités liées au cheval, avec les organisations socioprofessionnelles, les collectivités locales et les associations. Cela se traduit par l’achat d’étalons, un service itinérant d’échographie, l’identification et la tenue d’un fichier des équidés immatriculés (depuis l’automne 2001, tous les chevaux doivent ?tre identifiés sous la mère, afin de mieux conna ?tre les effectifs). Pour l’année 2000, le Haras d’Aurillac a ainsi identifié plus de 3 000 poulains de trait sur l’ensemble de la région Auvergne.

En outre, les Haras attribuent des primes lors de concours d’élevage, et achètent (ou subventionnent l’achat) des chevaux de sport qu’ils mettent à la disposition des centres équestres.

La race "auvergnate"

La race "auvergnate"

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Malingre et frugale : la race régionale était à l’image de la terre de misère qui l’avait vue naître (photo archives Haras nationaux).

L’Auvergne, jadis, produisait des chevaux typiques... aujourd’hui disparus. Dans les archives des Haras nationaux, on trouve la description d’un cheval léger, sinon malingre, désigné comme "une espèce dégénérée de la race limousine”... Attention, autrefois, “dégénéré” voulait plutôt dire “dérivé”. Mais quand même, la description n’est pas des plus flatteuses. Il existait aussi, probablement, un cheval de travail, utilisé dans les fermes.

Aujourd’hui, des amateurs cherchent à reconstituer la race auvergnate. Mais les idées divergent. Les uns présentent un cheval de type léger mais non dépourvu de substance, propre à un usage mixte (selle et attelage). D’autres croient en une version plus lourde, compacte.

Selon Jean-Pierre Olivier, les derniers représentants de la race auvergnate se sont envolés pour l’Inde en 1984 ! “En Haute-Loire, notamment sur le plateau des Estables, on trouvait des petites juments rustiques. L’armée indienne les a achetées pour en faire des juments mulassières, dont les produits étaient utilisés pour le passage de la frontière avec le Pakistan... Les Indiens ont acheté deux Boeings de juments, dont un très grand nombre d’animaux auvergnats dont la conformation correspondait parfaitement à leurs attentes.”

Alors si on veut retrouver le patrimoine génétique de la race régionale, il est trop tard : ses derniers héritiers sont des mulets militaires.

Post-scriptum

Renseignements : Haras national d’Aurillac, avenue de Julien. Tél : 04 71 46 87 00.

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Image extraite de l'article "La maison du général - 16"