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Publié le dimanche 4 janvier 2009 dans la rubrique :

Musique

L’Orphéon de Luz-Saint-Sauveur

Des cailloux plein la voix

Ils sont beaux comme des torrents dévalant des glaciers ; ils se rendent, fiers et orgueilleux, vêtus de leurs beaux costumes et coiffés de leurs bérets, à la répétition, des cailloux plein la voix, du pas chaloupé de ceux qui n’ont pas l’habitude des larges plaines.

Depuis 120 ans, l’Orphéon se réunit pour chanter ses chères Pyrénées ; comme il faut bien vivre avec son temps —mais le temps qui passe va si lentement dans les vallées— le gascon pyrénéen a cédé la place au français, cette langue étrangère imposée il n’y a pas si longtemps par un pouvoir lointain.

L’Orphéon de Luz-Saint-Sauveur, dans les Hautes-Pyrénées, au pied du Tourmalet (soyez gentils, prononcez « Tourrrmalé », sinon vous allez passer pour des ploucs), est si célèbre que ses trente chanteurs à la peau brûlée se déplacent sans cesse pour des concerts où dévalent, avec l’accent, des éboulis de rochers. Des chants un peu tristes, qui racontent la rigueur de la vie là-haut, qui révèlent le secret des isards, qui pleurent le départ des enfants du pays...

Depuis mon exil au milieu de la France profonde du centre de nulle part, j’ai acquis une définitive aversion pour les traditions, le terroir, l’identité et toutes ces notions que leurs défendeurs brandissent comme autant de répulsifs destinés à refuser tout et tout le monde. Et les Pyrénéens n’ont probablement pas volé leur réputation de montagnards chevillés dos à la France, le regard obstinément tourné sur leur montagne. Je n’ai pas très envie de les connaître, je ne crois pas que nous puissions partager quoi que ce soit. Chez eux comme dans le Cantal, le même mot sert à me désigner : je suis une « estrangère ».

Le Cor
(A. de Vigny/Flegica)

Mais quand j’ai entendu, l’autre jour, leurs voix bourrues, si parfaitement accordées, je les ai trouvées émouvantes. Ils chantent avec le fond du ventre, solennels, les poings serrés sur le poitrail. Ils sont costauds et sérieux comme des jeunes mariés. Ils sont bergers, artisans, ouvriers, retraités ou apprentis. La musique, ils sont nés avec, ils ont grandi avec, elle accompagne leur solitude et ils la portent comme un étendard, aussi flamboyante que leur drapeau d’or et de pourpre. C’est une belle musique, qui bat avec le cœur des chanteurs, simple et vraie, fraîche et sombre.

L’angélus
(L. Durocher/G. Goubier)

Pour célébrer son 120e anniversaire, l’Orphéon a enregistré un disque de 15 titres : des chants traditionnels en français et en occitan, des compositions écrites spécialement pour eux, des airs venus du fond des âges et des mélodies éternelles. C’est un joli disque ; on ne le trouvera pas dans les supermarchés, certes, mais il mérite qu’on lui prête l’oreille.

Il n’y a sur internet qu’une seule vidéo montrant l’Orphéon en concert, et elle n’est pas de très bonne qualité. Mais si vous voulez les voir —et ils valent le coup d’œil— vous pourrez les découvrir demain midi sur TF1, dans le journal de 13 heures. Regardez-les, et écoutez-les : ils sont touchants. Et ils vous souhaiteront la bonne année en occitan.

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