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6 commentaires

Publié le jeudi 27 mars 2008 dans la rubrique :

Les chroniques de Marie-Honorine

De tristes plaines qui appellent la nuit

La pluie est trop froide et le ciel trop gris. Le silence est trop lourd. Est-ce votre entêtante absence pour toute réponse à mes billets, est-ce cette pathétique obstination à vouloir me classer dans un concours dont l’enjeu, quoi qu’il advienne, m’échappera, est-ce la résurgence brutale et inattendue de souvenirs aussi lointains que poignants qui somnolaient au fond de mon histoire ? Je suis en panne, les mots m’échappent, les pensées me fuient.

Marie-Honorine gesticule dans mon esprit en s’esclaffant : « Tu n’es qu’une pauvre folle ! C’est le chaos dans cette tête ! »

Je voudrais que le jour soit moins sombre ; les arbres sont en fleurs mais les pétales ne s’offrent qu’à une pénombre laiteuse secouée par un mauvais vent. J’ai envie de lumière, et que mes doigts sur le clavier de l’ordinateur cessent de balbutier des brouillons toujours inachevés. Si les nuages n’étaient pas si lourds, peut-être pourrais-je marcher, droite et le regard portant loin.

J’ai besoin d’air et que mes doigts sur le clavier du piano retrouvent le chemin d’une belle Fantaisie. Comme avant.

Je voudrais aller à l’opéra et croiser des regards amis dans la fosse d’orchestre. Écouter, sans en avoir l’air, ce vieil imbécile qui récitait à l’entracte le papier paru le matin même, et dont j’étais l’auteur, pérorant devant trois vieilles perruches qui buvaient ses paroles : elles ne lisaient pas le journal.

Je voudrais pouvoir raconter mes vacances comme on écrit une composition française, comme on évoque en souriant un bon souvenir, comme on se remémore le temps d’avant pour un public d’enfants gourmands d’histoires. Je voudrais juste m’asseoir à la terrasse d’un café, sur une petite place à l’ombre d’une église à midi, pour regarder passer les gens.

J’aimerais photographier un vallon où chante une rivière et dans le creux duquel ne se cacherait nulle peur, nul remords, nulle douleur. Écouter un violoncelle dont on ne jouerait que pour moi, dans le silence d’une bibliothèque. Croiser, ne serait-ce qu’une fois, un regard brillant qui me dirait « On se ressemble ».

Incapable d’écrire, j’erre dans les textes des autres, de ceux qui ne me verront jamais, qui regardent passer les gens en tournant un café, assis en compagnie d’autres gens dont le regard brille. Ceux-là alignent les mots, les idées et les phrases avec tant d’aisance que mes doigts, sur le clavier de l’ordinateur, renoncent.

Marie-Honorine boude dans un coin, découragée par tant d’inertie, fatiguée d’arpenter le désordre stérile de mes regrets.

Les heures sont trop longues, le temps est trop vide, et accroupie au fond d’un fauteuil je regarde l’écran immobile de mon ordinateur. Je n’écris rien et lorsque je me réveille, courbatue, l’écran indifférent affiche des planètes et des galaxies au milieu desquelles je ne suis rien.

Je voudrais décrocher le téléphone sans trembler ; au lieu de quoi je débranche la prise pour interrompre la sonnerie qui s’éternise. Au bout du fil, il n’y aura pas de voix amie. Je voudrais flâner sur les quais de la Garonne avec quelqu’un qui me trouverait intéressante.

J’aimerais être fière de quelque chose. Avoir de l’humour et même, parfois, que l’on me dise « J’aimerais que tu me donnes ton avis ».

J’aimerais trouver quelqu’un que je pourrais admirer, et suivre son exemple pour grandir encore.

Je voudrais juste que le lever du jour me fasse moins mal, j’aimerais que le soleil éclaire ma fenêtre. Croiser dans la rue quelqu’un qui serait heureux de me voir. Je lui jouerais peut-être un petit air au piano, sans trop me tromper, et si je me trompais ce ne serait pas grave. Je pourrais écrire de jolies choses. Et avec un peu de chance, je verrais dans un regard pétillant une légère pointe d’envie. Je n’aurais plus cet éternel désir de vivre la vie des autres. Je ne prendrais plus en photo de tristes plaines qui appellent la nuit.

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Vos réactions

 
De tristes plaines qui appellent la nuit
28 mars 2008 23:45, par DB du Jardin

C’est très étrange...

Plus vous votez (comment vous dire à quel point cela me touche ?), moins vous commentez...

je ne sais pas ce que je préfère : vous savoir derrière moi ou avec moi.

Vous me manquez, les jardineux.

DB_désarçonnée

De tristes plaines qui appellent la nuit
30 mars 2008 19:00, par brendufat

T’inquiètes, c’est juste que tout le monde se prépare au traumatisme du changement d’heure ..................... noooon ?

De tristes plaines qui appellent la nuit
31 mars 2008 00:06, par DB du Jardin

Je sais pas... Mes tristes plaines sont un grand désert, on dirait. Tant pis, j’vais me passer un petit truc au violoncelle. Un chant juif, tiens, ça c’est très bien quand on a le moral dans les chaussettes. Ça finit le boulot.

DB_et_pis_après_j’enchaîne_avec_Céline_Dion :-((

De tristes plaines qui appellent la nuit
31 mars 2008 11:03, par Umanimo

NOOOONNN !!! Pas Céline Dion ! Tu n’en est pas encore à ce stade quand même. Ca c’est la phase terminale.

Un petit coup de blues ? Le village n’est pas assez animé ?

Je ne sais pas si j’arriverais à vivre dans un tout petit village. Je me suis posée la question dernièrement en cherchant justement une maison vers le sud-ouest. Elles étaient souvent soit dans un petit village, soit isolées d’un village plus grand.

J’ai toujours vécu à Marseille et je me pose vraiment la question. Une fois le pas franchi, on ne peut pas revenir en arrière. Alors ?

UMA_qui_passe_tous_les_jours_dans_le_jardin_mais_ne_commente_pas_assez

De tristes plaines qui appellent la nuit
31 mars 2008 11:45, par DB du Jardin

Uma -> Tu sais, quand on a passé quatre ans dans la montagne maudite, un village de 1 500 habitants, c’est une mégapole ! ;-) L’isolement, en tout cas pour moi, n’est pas en relation avec la population qui m’entoure. Je manque juste de gens équipés d’un cerveau. Dans la région de Toulouse, un village, c’est un prolongement d’une ville proche. Ici, la campagne est un mot vidé de sens... C’est très aménagé. Pour trouver le désert rural (ou la quiétude champêtre, selon le point de vue), il faut vraiment s’éloigner !

De tristes plaines qui appellent la nuit
3 avril 2008 10:10, par Umanimo

Je comprends cette sensation de manquer de personnes pourvues d’un cerveau à qui parler.

Heureusement j’ai une de mes soeurs avec qui j’ai une bonne relation pour pouvoir parler.

J’ai une amie aussi, mais nous sommes toutes les 2 tellement prises par notre vie quotidienne que nous nous voyons très peu et pourtant nous ne sommes pas loin l’une de l’autre.

Bon courage et puis, même si ça n’est pas suffisant, la fenêtre Internet permet quand même un peu la relation.

UMA

 

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