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2 commentaires

Publié le mardi 21 avril 2009 dans la rubrique :

Petits riens sur tout

Cote d’alerte

Peu avant 21 heures : nous terminons de dîner, et nous entendons un son au-dehors. Comme celui que pourrait faire la radio d’une voiture de gendarmerie, ou d’un véhicule des pompiers. Nous tendons l’oreille : le son se fait entendre à nouveau.

Curieux, nous sortons. Dans le village, nous entendons distinctement une voix s’écriant : « Attention, attention ! » dans un mégaphone. Une sirène retentit, et la voix reprend : « La Garonne a atteint sa cote d’alerte. » La voix nous recommande la prudence. La crue devrait atteindre son niveau maximum vers 23 heures.

Aujourd’hui, à Toulouse, j’ai bien vu que le fleuve avait enflé. Son flot jauni et chargé de débris recouvrait les quais, près du port de l’Embouchure. À Saint-Étienne, si la Garonne y avait coulé, on aurait dit : « Fouilla, ça y est, elle saute ! » Là-bas, dans la plaine du Forez, c’était la Loire qui sautait. La dernière fois, c’était lorsque les vannes du barrage de Grangent avaient brutalement été ouvertes. Une catastrophe. La Loire avait sauté partout, elle avait à demi emporté le pont de Saint-Just, des lotissements avaient été noyés. Ici, la Garonne, elle ne saute pas, elle se contente de déborder.

La voix dans le micro s’éloigne. « Attention, attention : la Garonne a atteint sa cote d’alerte. Soyez prudents. » Moi, je m’empare de mon appareil photo et je saute dans la voiture. Direction Verdun et son pont. La nuit tombe. Il faut faire vite.

Sous le pont, à quelques centimètres du fleuve qui charrie des troncs d’arbre dans le silence terrible de son flot implacable, les curieux viennent en masse. Ils viennent voir « Garonne » en colère. Ici, le fleuve, c’est une personne, et on l’appelle par son prénom : « Garonne ». Les troncs déracinés filent à une vitesse vertigineuse vers le nord. Pas de bouillonnement, pas de fracas d’écume, juste un souffle sous le ciel qui s’assombrit de seconde en seconde. Garonne, sûre de sa force, confiante en sa puissance, enfle, résolue, invincible. Elle fait peur. La crue ne fait que commencer.

Au sud, invisibles mais dominant la plaine où nous contemplons l’eau déjà furieuse, les Pyrénées tremblent sous les avalanches. La neige qui est tombée en quantités exceptionnelles tout l’hiver se détache de la montagne, roule, dévale et fond, envahissant les ruisseaux et torrents qui serpentent parmi les terres gorgées des pluies diluviennes qui se sont abattues sur la région depuis des jours, des semaines. L’eau afflue de toutes parts. Le sol n’en veut plus. Il est 21 heures 30 et je suis là, sur le pont de Verdun, j’observe les gens venus se rendre compte.

Tout le monde pense à 1930. Les grandes inondations meurtrières du 3 mars 1930. Chacun s’en souvient, même si ceux qui les ont vécues sont rares aujourd’hui. Moi aussi, je m’en souviens. Des centaines de morts à Montauban et à Moissac, des villages rayés de la carte, un terrifiant désastre dont j’avais photographié, ignorante encore, l’un des vestiges. Cette année-là, il y avait eu trop de neige, trop de pluie, trop d’eau. Comme aujourd’hui.

Cette nuit, les voisins de Garonne se méfient. Derrière ma fenêtre, les rafales de vent se sont levées, une fois encore. L’orage approche.

Post-scriptum

J’ai acheté récemment dans une brocante un exemplaire de l’Illustration, daté de mars 1930, consacré presque exclusivement aux crues dans le Sud-Ouest. Les photos sont saisissantes. Je les scannerai et les mettrai prochainement en ligne.

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Vos réactions

 
Cote d’alerte
27 avril 2009 12:29, par brendufat

Et aujourd’hui : as-tu les pieds au sec ?

Cote d’alerte
20 mai 2009 22:02, par Umanimo

Et les photos de l’illustration ? Tu n’as pas eu le temps de les scanner ?

UMA

 

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Image extraite de l'article "Enfin, nous voici à Auch"