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Publié le jeudi 13 mars 2008 dans la rubrique :

Musique

Michel Petrucciani

Both worlds

Un CD en coffret

9 plages ; durée totale : 50:13

Michel Petrucciani (piano), Steve Gadd (drums), Bob Brookmeyer (trombone), Anthony Jackson (bass), Flavio Boltro (trumpet), Stefano Di Battista (saxophone)
Label Dreyfus, 1997
Réf : FDM 36590-8

J’avais écrit je ne sais plus où que je possédais peu de disques de jazz, et que ce style musical m’intimidait. Et pourtant, je vous présente, une fois encore, du jazz. Alors que j’ai une quantité incalculable de disques de musique classique.

J’ai acheté ce disque de Petrucciani pour préparer le papier que je devais écrire pour La Tribune - Le Progrès à l’occasion de son concert à Saint-Étienne, en mars 1998. Effrayée de devoir écrire sur un sujet que je connaissais si mal, j’avais écouté ce disque en boucle, je m’étais documentée... Bref, la routine. Et puisqu’on en parle, le papier en question peut être lu ICI.

Mais si je vous parle de Both worlds, c’est parce que j’ai une histoire à vous raconter.

Michel Petrucciani devait recevoir la médaille de la Ville avant le concert. Bien sûr, il me fallait « couvrir » la cérémonie. Les journalistes et les huiles stéphanoises étaient réunis dans une salle où nous provoquaient quelques amuse-gueules et quelques boissons, sur lesquels nous n’aurions le droit de nous jeter qu’après la remise de la médaille au musicien qui se faisait attendre.

Je n’ai jamais supporté l’odeur des buffets qui attendent que le maire, le préfet ou même le pape donne le signal de la curée, dans des salles toujours trop chauffées. Ça se met très vite à sentir la charcutaille pas fraîche, et quand enfin tous les affamés peuvent s’empiffrer moi je fonce prendre l’air avant d’être vraiment malade. Mais ceci n’est qu’une parenthèse. Ce n’est pas ça, l’histoire.

Au bout d’un certain temps, ça s’est agité du côté de la porte, et Michel Petrucciani est entré.

J’avais lu plein d’articles, j’avais vu des photos, je savais que le pianiste était tout petit, malade, atteint d’une maladie des os. Je m’attendais à découvrir un homme petit, mais pas Michel Petrucciani. J’avais emmené Freddy avec moi pour qu’il assiste au concert. Il n’avait pas encore sept ans. Et même si je me suis sentie aussitôt coupable d’avoir eu une telle pensée, mon premier réflexe a été de me demander si ce gamin n’allait pas être effrayé à la vue du musicien, plus petit que lui, dont seules la tête et les mains avaient une taille « normale ». Mais Freddy était subjugué. C’était un enfant, et son regard a accroché immédiatement ce qui était le plus important : les yeux, extrêmement vifs et pétillants, de l’artiste.

La cérémonie s’est déroulée rapidement. Petrucciani n’est pas resté pour manger les petits fours, il devait se reposer. Moi et Freddy on est retournés en ville manger quelques râpées au Nota Bene (je ne sais pas s’il existe toujours, ce restau-snack ; ce n’était pas vraiment bon, mais c’était le QG de la rédaction). Frédéric a dit simplement : « T’as vu, il est plus petit que moi ! », et nous en sommes restés là.

Puis nous sommes remontés à l’Esplanade pour le concert. Freddy était aux anges, il était littéralement envoûté. Il n’en était pas à son premier concert ; à vrai dire, il adorait que je l’emmène avec moi, et se montrait toujours très bon public. Mais ce soir-là, il était transporté. Il s’en souvient toujours.

Après le concert, je n’avais pas l’intention de rester parmi la foule de ceux qui voulaient faire dédicacer leurs disques. Mais il nous fallut évidemment traverser le hall pour sortir, en passant devant la table où se massaient les gens attendant que Petrucciani leur offre un autographe. Je tenais Freddy par la main pour ne pas le perdre dans cette cohue. Et j’ai senti ses petits doigts se tendre lorsque nos sommes passés en vue du pianiste.

- Tu veux lui parler ?

Il m’a regardée comme si je lui avais offert la lune et toutes les étoiles en même temps. J’ai ouvert la main et je l’ai laissé filer. Il s’est frayé un chemin jusque devant la table, perdu dans les jambes des adultes qui quémandaient un regard du maestro. L’un des gardes du corps protégeant le musicien lui fit signe de contourner la table. J’ai vu alors mon bonhomme se téléporter en un éclair du côté interdit au public, tout tremblant. Il a parlé tout bas à l’oreille du pianiste, qui lui a répondu en souriant. Un vrai sourire, pas la grimace crispée à peine esquissée pour les vulgaires qui poireautaient de l’autre côté de la table, dans le monde réel. J’ai bien vu qu’à ce moment là, Petrucciani a eu l’air heureux.

Mon Freddy est revenu en brandissant une photo dédicacée qu’il conserve toujours, même s’il ne sait plus très bien où elle se trouve.

Pendant les semaines qui ont suivi, il a travaillé au piano comme jamais. Il devançait l’appel pour grimper sur le tabouret, ouvrir la partition à la bonne page et s’exercer avec la plus grande application. Son anniversaire approchait.

Un jour, il m’a donné une feuille : un dessin, maladroit mais réalisé avec le plus grand soin, représentant un piano à queue, accompagné de ce texte : « Michel, sa me férai plésir que tu viene pour mon aniversaire. »

- Maman, tu peux lui envoyer ?

Fichtre.

J’ai expliqué à mon Freddy qu’il y avait peu de chances pour que son invitation soit acceptée, que Michel Petrucciani habitait à New-York, que ça faisait une sacrée trotte jusqu’à la plaine du Forez. Autant parler à un mur. Alors j’ai envoyé l’invitation à la maison de disques.

Tous les jours, Freddy a guetté le courrier. Michel Petrucciani n’est pas venu. La mémoire protège les enfants en effaçant leurs premiers chagrins, et aujourd’hui Freddy ne se souvient que du concert, et de la photo. Du meilleur. Il a arrêté le piano, il n’aimait vraiment pas ça.

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