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1 commentaire

Publié le dimanche 28 septembre 2008 dans la rubrique :

Nature et animaux

Arthur a les pieds violets

(et Isabelle a les yeux bleus)

Je vous l’avais déjà annoncé : il se passe des choses étranges dans le jardin du général. Des phénomènes que j’attribue à l’apparition angoissante d’un champignon extraterrestre. L’une des manifestations les plus spectaculaires de la secrète métamorphose de mon jardin : Arthur a les pieds violets...

Jusqu’à présent, je croyais qu’Arthur avait des pieds normaux, comme tout le monde. Il est vrai qu’engoncé dans une jungle de ronces, mon héros ne se laissait pas approcher facilement. Il se laissait admirer de loin. J’aperçois, au loin, quelques nouveaux venus qui s’interrogent : « C’est qui, Arthur ? » Oui, quelques rares personnes sur cette Terre ignorent encore qu’il s’agit d’un roi de légende, la majesté absolue de Dieupentale, le monarque des bananiers. Je vous semble immodeste ? Si vous pouviez voir Arthur, lançant vers les cieux ses larges feuilles glorieuses qui dominent le monde, vous vous exclameriez, comme nombre de visiteurs qui eurent le privilège de côtoyer Son Altesse : « Putaing cong, boudu l’enfoiré d’bananier, cong ! »

Après cette nécessaire mise au point, je vais donc vous raconter comment le prodige m’apparut. Les pieds violets.

Au début de l’été, j’avais entrepris de nettoyer Arthur. Négligé depuis de nombreuses années, il était littéralement cerné d’une impénétrable barrière de végétaux et de débris. Chaque hiver, Arthur laisse s’effondrer ses immenses feuilles gelées, dont les couches successives formaient une épaisse couverture aussi étanche que nauséabonde. J’avais donc décidé de défricher tout ça, mais il faisait alors très chaud et très sec. Les feuilles pourrissantes se déchiraient en produisant une fine poussière qui déclencha presque aussitôt une crise d’allergie d’une rare violence. Asphyxiée, à moitié aveugle et mordue par d’insupportables démangeaisons, je dus me réfugier en hâte dans ma douche pour me débarrasser de cette poussière et tenter de reprendre mon souffle. Arthur ne voulait pas se laisser déshabiller si facilement. Il a sa pudeur, le pépère.

Mais je suis pugnace. Obstinée. J’ai attendu mon heure, qui survint quelques semaines plus tard, juste après un orage qui avait notablement rafraîchi l’atmosphère. Un masque sur le nez, ressemblant à une employée de bureau japonaise partant prendre le métro, armée d’une cisaille et d’une pioche, je résolus de reprendre l’assaut. Arthur ne pouvait plus longtemps garder ses haillons crasseux.

Rapidement, je parvins à mes fins : après avoir abattu les ronces et coupé les arbustes sauvages qui avaient poussé là en toute liberté (et sans le moindre respect pour le territoire du bananier), je pus décrocher des troncs immenses d’Arthur les vieilles feuilles à demi décomposées. Ce fut pour moi l’occasion de vivre une grande expérience : la douche au bananier. Comme dans la pub.

Pour prendre une douche au bananier et s’imaginer que l’on est une belle et svelte Vahiné dans la forêt tropicale, finalement, c’est très facile. Il suffit d’attendre une pluie abondante, puis d’aller sous le bananier. Ensuite, il faut trébucher et tenter de se rattraper à un tronc, en oubliant que le majestueux végétal est solide, certes, mais également très souple. Le moindre souffle de vent le fait onduler. Attendre alors quelques fractions de secondes que l’eau retenue dans les gigantesques feuilles vous arrose. Et recevoir sur la tête trois litres de bouillasse infâme, un jus jaunâtre où se mêlent cadavres de mouches, araignées bien vivantes et restes impossibles à identifier mais incontestablement putrides. Puis conclure que les mecs qui ont fait la pub avec la gonzesse sous un bananier ne sont jamais allés plus loin que le boulevard de Grenelle.

Mais revenons à nos phénomènes étranges.

Très rapidement, et bien plus facilement que je ne l’aurais cru, j’ai pu débarrasser le sol entre les troncs d’Arthur de toutes les cochonneries qui s’y étaient accumulées. Il me tardait tant de pouvoir me glisser au cœur de la forêt arthurienne ! Depuis longtemps, je m’imaginais levant les yeux pour admirer, tout en haut des fûts, le ciel bleu entre les grandes feuilles vertes.

Bon. Pas de ciel. Et pourtant, enfin, la lumière pénètre jusqu’au sol, net, propre, étonnamment sec. Jamais une goutte de pluie ne franchit l’imperméable couverture de feuillage. Je peux admirer la beauté des troncs, lisses et doux comme des colonnes de marbre poli. Il est beau, mon Arthur.

Il est beau, mais il est bizarre. Déchaussés de leurs bottes de fibres sèches, exposés pour la première fois à la lumière du jour, les pieds du géant semblent rougir de se voir ainsi soudain dénudés. Arthur a les pieds violets.

Il fallait que je vous montre ça. Après les champignons de l’au-delà, et alors que se promène dans la maison le fantôme d’un général qui ouvre les portes, le doute n’est pas permis : Arthur est bien un bananier surgi que la quatrième dimension. Mais si je dis ça comme ça, on va me dire que les bananes, ça se mange, et que ça ne se fume pas. Donc j’apporte des preuves. Je verse des pièces au dossier. Et là, c’est incontestable : les pieds d’Arthur ont été contaminés par les envahisseurs dont je sais qu’ils transforment notre planète pour la rendre habitable avant l’arrivée massive de tous leurs potes rouges à trous.

Je sais qu’ils se cachent. Je sais qu’ils sont là, je les ai déjà surpris, et je les surveille. Ils sont tapis quelque part, attendant que je baisse la garde. Mais je suis vigilante. J’ai l’œil. J’observe. Rien ne m’échappe. Et justement, je prends du recul pour mieux examiner Arthur. Il me semble discerner quelque chose derrière les troncs bourrés de kryptonite.

Je me rapproche, avec prudence. Je me baisse pour masquer ma présence. J’approche encore. Je le savais. Je le savais. J’avais raison. D’ailleurs, j’ai toujours raison.

Derrière Arthur, cachée, secrète, mystérieuse, inquiétante, une porte...

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Vos réactions

 
Arthur a les pieds violets
28 septembre 2008 23:28, par Umanimo

Taten-taten-taten (musique de films d’horreur au choix, moi j’entends « les dents de la mer », mais on peut intituler ça « les pieds d’ET »). Bref, là aussi le suspense est insoutenable, le spectateur haletant et le lecteur tremblant de peur et d’impatience.

QUE SE CACHE-T-IL DERRIERRE CETTE PORTE ? POURQUOI ARTHUR A-T-IL LES PIEDS VIOLET ? FAUT-IL PRENDRE DU T*H*I DOUCHE POUR SE GLISSER SOUS LES BANANIERS DANS L’INTENTION DE SE FAIRE MOUSSER ? D’OU VENONS NOUS ? OU ALLONS NOUS ? ET QUI VA FAIRE LA VAISSELLE CE SOIR ?

UMA

 

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Image extraite de l'article "Souvenirs de vacances"