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Publié le mercredi 1er décembre 1999 dans la rubrique :

Mon press-book

Ville en scène

Andrézieux-Bouthéon, l’exception

Zone franche et paradis culturel

Parmi les rubriques de mon magazine Culture Loire, l’une des plus importantes (en termes de volume et de travail de rédaction) était "Ville en scène". Dans chaque numéro, nous faisions le portrait culturel d’une commune de la Loire. Un travail de synthèse parfois délicat, en raison des tensions qui régnaient parfois entre les élus et les responsables culturels... Mais c’était généralement passionnant. Et je crois que l’un des plus jolis papiers que j’ai écrits fut ce "portrait culturel" d’Andrézieux-Bouthéon, petite ville pleine de paradoxes.

Exceptionnel, le nombre d’associations culturelles qui rayonnent hors des limites de la ville. Exceptionnel, le nombre de structures municipales dédiées à la culture. Exceptionnelle, la cohabitation, sur une même commune, de deux géants de la création artistique contemporaine, l’une musicale, l’autre théâtrale : exceptionnel, le paysage culturel à Andrézieux-Bouthéon.

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Le théâtre du Parc (photo service Communication d’Andrézieux-Bouthéon).

Une réputation détestable. Pour le passant, Andrézieux-Bouthéon, c’est avant tout le quartier de la Chapelle, avec ses HLM et une population constituée essentiellement d’immigrés issus d’une dizaine de pays... Le coupe-gorge où règne la délinquance. Voici pour ce qui est de la rumeur. Mais le maire Jean-Claude Schalk s’insurge : “Ceux qui dénigrent notre ville n’y ont jamais mis les pieds.”

La ville aux trois visages

Issue de la fusion, il y a environ 35 ans, des deux communes d’Andrézieux (l’industrieuse) et de Bouthéon (l’agricole), la ville possède deux passés dont les traces perdurent encore. Implantée peu après sur la ligne qui sépare les deux territoires, la Chapelle, conçue comme un ensemble urbain de standing, mais vite déshéritée, borde la route départementale qui mène à Montbrison : c’est le quartier le plus visible de la commune, celui que traversent les automobilistes.

Trois grands quartiers, trois histoires pour une seule ville née de l’essor industriel. Andrézieux-Bouthéon est une “ville neuve”, sans racines. Idéalement placée dans la plaine du Forez, elle accueille sur ses immenses zones industrielles de nombreuses entreprises, une véritable manne économique : c’est à l’industrie que la ville doit sa richesse culturelle, autant qu’à sa diversité. “Nous avons beaucoup de moyens”, explique le maire. “Nous les utilisons pour améliorer le cadre de vie des habitants, en embellissant la ville, et en la dotant d’équipements publics. Et les habitants apprécient.”

Equipements sportifs, de loisirs, culturels couvrent l’ensemble de la commune. Deux salles des fêtes, un théâtre municipal, un centre social, un réseau câblé et un palais des sports que la ville envisage d’aménager pour de grands spectacles : voici quelles ont été les dernières réalisations municipales, juste pour la culture, dans cette cité qui compte à peine 10 000 habitants. Et la liste peut s’allonger de bâtiments mis à la disposition des associations (comme les locaux de la Fabrique, des bibliothèques ou de l’école de musique).

Daniel et Daniel

Sur une quinzaine d’associations culturelles, nombreuses sont celles qui connaissent un rayonnement départemental, voire national... Nul besoin de présenter la Compagnie franche du Forez, dont les animations historiques sont réputées bien au-delà des limites du département. Le festival des Oreilles en pointe accueille, chaque année, des artistes de haut niveau, et un public nombreux qui vient de loin. L’ACT (association culturelle du théâtre) propose une programmation complémentaire de celle de la Comédie de Saint-Étienne, avec laquelle elle cohabite en toute amitié. La Fabrique, en passe de devenir un véritable lieu de création, compte parmi les “petits” théâtres qui bougent... et qui font parler d’eux. ab7, la télévision câblée locale, est un cas unique dans le département. Quant à l’EOC (Ensemble orchestral contemporain), il est, lui, le seul orchestre français de ce type en province. Rien que ça.

En résidence à l’école de musique, l’EOC est dirigé par Daniel Kawka, un chef d’orchestre qui ne manque ni d’énergie, ni d’imagination. Assez culotté pour proposer, quatre fois par an, une création contemporaine au théâtre du Parc, assez pédagogue pour rendre cette musique accessible, et faire salle comble à chaque représentation. Dans le même lieu, c’est Daniel Benoin qui offre au public au moins deux créations théâtrales, qui tournent ensuite dans toute la France. Assez curieux pour aller visiter, lors de sa construction, le chantier de ce théâtre qui n’avait alors pas encore d’identité, assez respectueux pour obtenir d’y diriger la programmation, sans priver les Andréziens d’une structure qui leur appartient. Même si l’utilisation du théâtre par la Comédie est encore ressentie comme une annexion. Kawka ou Benoin : les deux Daniel propulsent la petite ville au niveau des grands centres de création. Et ça, personne ne songe à le leur reprocher.

L’affaire de tous

Derrière cette véritable vitrine qu’est le théâtre du Parc, vibre une vie culturelle intense. Le Centre social, installé dans les locaux tout neufs du Nélumbo, à l’architecture transparente, abrite, entre autres, un atelier de danse hip-hop qui ne manque pas une occasion de travailler avec des professionnels. Cette année, ils partageront le travail de la compagnie Käfig (programmation Comédie) et de la compagnie Pascoli (résidence La Fabrique). Entre les associations et les structures municipales, les liens se croisent en tous sens, pour créer en commun des manifestations impliquant la population.

“Nous allons organiser un spectacle de rue en collaboration avec le centre social et des associations culturelles de la Chapelle”, annonce La Fabrique. “Nos manifestations, qu’il s’agisse d’expositions, de concerts ou de spectacles de danse, font systématiquement l’objet d’un travail avec le public scolaire. En outre, nous impliquons les entreprises en installant des expositions dans leurs locaux”, déclare Michel Lachand, président de l’ACT. “Nous travaillons en collaboration avec le centre social pour amener au théâtre les jeunes d’Andrézieux-Bouthéon. Il est vrai qu’il est difficile de concilier les attentes de chacun. Mais nous avons connu des moments magiques, où les jeunes prétendus “difficiles” ont toujours fait preuve du plus grand respect à l’égard des artistes et du théâtre”, témoigne Nathalie Grange, chargée des relations publiques à la Comédie... et donc au théâtre du Parc. “Tout au long de l’année 2000, nous allons organiser, une fois par mois, une grande manifestation, avec la collaboration des associations de la ville. Ces “Fêtes de l’an 2000” permettront à tous de participer”, annonce Jean-Claude Schalk.

Rivalités ?

Tout le monde travaille avec tout le monde... Derrière les discours, réellement sincères, on trouve quand même les traces de tensions. La Comédie est trop présente au goût des associations locales, qui hésitent à l’associer à leurs projets, et renâclent à répondre à ses “avances”. La communication a du mal à s’établir entre les associations culturelles représentatives des communautés ethniques et celles qui proposent des programmes artistiques. “Nous programmons, dans le cadre des “Goûters du cinéma”, des films étrangers en version originale, en collaboration avec le cinéma stéphanois Le France”, explique Michel Lachand. “Mais nous avons du mal à informer les communautés. Ou alors, nous nous trompons dans nos choix, comme ce fut le cas avec ce film turc qui a choqué les ressortissants. Il est difficile de communiquer, de comprendre les besoins, et d’y répondre. Mais nous persévérons, parce que nous voulons ouvrir le théâtre du Parc à tous les publics.”

Cependant, chacun s’accorde à qualifier la vie culturelle d’“exceptionnelle”. De la Fabrique à la Comédie, en passant par l’EOC (créateurs, chacun à sa façon), de l’ACT à ab7 (nées de la volonté municipale), tous s’exclament : “On a de la chance. La municipalité nous fait confiance, nous donne les moyens de mener à bien nos projets, et nous laisse libres de nos choix artistiques.” Une municipalité encore fragile, mais qui, au fil des mandats, recueille comme un cadeau, et entoure des plus grandes attentions un tissu culturel... exceptionnel.

Et encore...

Et encore...

La ville d’Andrézieux-Bouthéon manquerait-elle d’équipements culturels ? En tout cas, elle estime qu’elle n’en a pas assez. Alors, au cours de l’an 2000, elle transformera le palais des sports afin de le transformer à volonté en grande salle de spectacle, pouvant accueillir 2 500 personnes.

Parallèlement, la municipalité termine l’aménagement du château de Bouthéon, pour en faire un lieu d’exposition, de création et de résidence, notamment pour les artisans d’art. Histoire de ne pas oublier le vieux bourg, dont le cadre médiéval donne quelques idées à Michel Lachand. Bouthéon n’échappera pas à la culture !

L’héritage de François Mazoyer

L’héritage de François Mazoyer

Le temps passe, depuis la mort accidentelle, il y a cinq ans, du maire d’Andrézieux-Bouthéon, François Mazoyer. Pourtant, son nom est encore cité dans toutes les conversations. C’est que la ville est telle qu’il l’a faite.

Le réseau câblé, puis la télévision locale ; le centre social “le Nélumbo” ; le théâtre municipal, avec une programmation répartie entre la Comédie de Saint-Étienne (pour l’image) et l’ACT (pour l’expression locale)... Dans le seul domaine culturel, toutes ces réalisations sont issues de la volonté de ce maire peut-être mégalomane, certainement ambitieux, incontestablement visionnaire. Car, lorsqu’il fut question de lui trouver un successeur, la population eut à choisir entre les listes qui se voulaient ses “héritières”. Ce fut sa femme, Annie Mazoyer, qui fut désignée. Mais l’héritage est lourd à porter. L’an dernier, elle a démissionné et cédé son mandat à Jean-Claude Schalk.

Avec ses propres convictions, celui-ci poursuit la réalisation des rêves du mentor. En menant à leur terme les dernières réalisations (comme la construction du palais des sports), et en poursuivant une politique culturelle particulièrement ouverte. Même s’il se défend de servir encore l’ombre de François Mazoyer : “Nos actions actuelles sont le fruit d’une volonté actuelle, et nous avons de nombreux grands projets. François Mazoyer a laissé sa trace, nous laisserons la nôtre.”

N’empêche. En éditorial du programme du théâtre du Parc, le maire actuel cite son prédécesseur. Comme tous ceux qui ont repris le flambeau. Car ce n’est pas une trace qu’il a laissée, mais un immense héritage.

La Fabrique des talents

La Fabrique des talents

Installée dans les bâtiments d’une ancienne usine, l’équipe de la Fabrique œuvre depuis 1987. D’abord café-théâtre, l’action menée dans ce lieu atypique s’oriente désormais vers un travail de fond avec les habitants. C’est ici que la culture joue pleinement son rôle social.

Au fond d’une impasse étroite, la Fabrique, au départ, c’était une toute petite salle de cinquante places, où les chanteurs ou les troupes du coin venaient donner leurs jeunes spectacles. De cette programmation, axée sur les talents locaux, est née la réputation de “café théâtre” du lieu. “Une image un peu réductrice”, estime Philippe Chappat, l’actuel président de l’association. “Nous travaillons dans de nombreuses autres directions, et tentons de privilégier les résidences d’artistes.”

Apprendre à créer

Cette année, le théâtre, qui s’est étendu aux étages supérieurs du bâtiment, avec des salles de danse et d’exposition, adopte résolument une ligne de conduite qui le mène très loin de ses premiers pas.

Ainsi, les enfants travaillent en “modules de sensibilisation à la démarche de création”. Pendant les vacances scolaires, ils abordent, sous la conduite d’un artiste en résidence, la création artistique proprement dite, et définissent dès le début du stage le but à atteindre : la représentation publique d’un spectacle. Avec le saxophoniste Cyril Darmedru, les comédiens du Barroco théâtre et la chorégraphe Anne-Marie Pascoli, les trois modules de cette saison, au travers de différentes techniques d’expression artistique, enseignent tous les aspects du spectacle vivant, dans une démarche globale.

Échanges et rencontres

L’animation de ces différents modules entre dans le cahier des charges des artistes en résidence à la Fabrique. Mais leur travail ne s’arrête pas là. L’exemple de la compagnie Pascoli est édifiant : la troupe grenobloise va rencontrer le groupe mixte de hip-hop du centre social, au cours d’un échauffement commun.

Le 4 décembre, le public assistera à la création du nouveau spectacle de la troupe, La Stratégie de la taupe, dont la mise en place aura été réalisée au cours de la résidence, et à la reprise de la pièce Aqua di Luna, duo entre la chorégraphe et le percussionniste Alain Lafuente. Le lendemain, Anne-Marie Pascoli découvrira, en dansant, les espaces du musée d’Art moderne de Saint-Étienne, lors d’une Déambulation que pourront suivre les visiteurs du musée. Enfin, le 6 décembre, la compagnie se produira devant les élèves d’écoles maternelles et primaires.

Produire une création parfaitement adaptée au lieu de résidence, partir à la découverte de la ville et de ses habitants, nouer des échanges constructifs avec un public qui n’a pas l’habitude de côtoyer les artistes : c’est ainsi que la Fabrique entend développer ses résidences. Au bout d’une impasse, à Andrézieux-Bouthéon, on invente tout simplement, au quotidien, “l’élaboration commune d’un projet, en partant du principe que la culture trouve toujours sa base dans la population.” Dit comme ça, cela paraît presque évident. Mais au-delà du discours, qui s’en souvient vraiment ?

ACTion culturelle

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Les percussionnistes de Defcon seront à l’affiche de l’ACT le 18 janvier (photo DR).

L’Association culturelle du théâtre (ACT) fut désignée par la municipalité, lors de la création du Théâtre du parc, pour animer le lieu. Sous la présidence de Michel Lachand, elle s’acquitte de sa tâche avec le plus bel enthousiasme. Expositions de peinture, généralement associées au spectacle théâtral du moment, et organisation de concerts et de spectacles de danse : l’association travaille en complémentarité avec la Comédie, afin d’offrir une programmation éclectique. À ceux qui déclarent que le théâtre est une “coquille vide”, Michel Lachand rétorque qu’il “connaît peu de théâtres municipaux qui soient aussi actifs.” En effet, jamais la salle de près de 380 places n’est vide, entre répétitions et représentations.

Cette année, outre l’organisation du festival de l’Été indien (qui a trouvé sa place dans l’univers francophone), l’ACT se lance dans la production de spectacles, avec un audacieux programme : le 2e Concerto de Chopin, produit grâce à l’établissement d’un partenariat original. “Nous avons demandé aux entreprises, de toutes tailles, un partenariat... de 300 F. Cela nous a permis d’impliquer l’ensemble du tissu économique.” Le président admet, l’œil gourmand, que ce programme est un “défi” ; mais tellement alléchant que le risque de programmer un concert classique à Andrézieux n’en est pas vraiment un.

ab7 : petit écran et grande ambition

Depuis cinq ans, les habitants d’Andrézieux-Bouthéon regardent régulièrement la télévision... De reportages en retransmissions, ils suivent la chaîne câblée qui parle de leur ville : ab7 télévision.

Dans le parc Martouret, tout près du Théâtre du parc, une maison ordinaire. Pas très jolie, plutôt défraîchie. C’est là que travaille l’équipe d’ab7, la télévision locale, la seule du département.

La culture pour chacun

“Je rejette le discours de ceux qui réclament une prétendue culture pour tous”, s’insurge Georges Riboulon, président et fondateur de l’association qui gère ab7. “Un tel discours tend vers une uniformisation de l’offre culturelle. Pour ma part, je milite pour la culture pour chacun, c’est-à-dire une multiplication de l’offre, relayée par des médias permettant la plus grande accessibilité à cette culture”. Ce média, c’est, naturellement, ab7.

Chez eux, les Andréziens peuvent suivre les retransmissions de pièces de théâtre, de concerts, de rencontres sportives... et du conseil municipal. La vie de la commune passe sur tous les écrans câblés. Il suffit d’appuyer sur le bouton... Et chacun fait son choix. L’utopie est devenue un véritable lien entre les habitants.

Grandir, absolument

Le drame d’ab7, c’est le câble, qui lui avait pourtant permis de naître. Aujourd’hui, la télévision se sent à l’étroit, et veut diffuser ses émissions sur les communes avoisinantes. Alors, Georges Riboulon se tourne désormais vers la diffusion hertzienne. Il ne s’agit plus d’un simple projet, mais d’un dossier en cours de réalisation, soutenu par la municipalité, et conduit en collaboration avec plusieurs communes des cantons de Saint-Galmier et Saint-Just-Saint-Rambert. ab7 deviendra alors “ab7 téléplaine”, et abandonnera son statut associatif pour prendre la forme d’une société d’économie mixte, condition exigée par le CSA pour l’attribution d’une fréquence hertzienne.

En attendant, la petite chaîne émet en continu des informations pratiques sous forme d’images vidéographiques, et un magazine d’information de 45 mn diffusé en fin de semaine.

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